Jusqu’à six ans de prison pour une fusillade sur fond de trafic de stupéfiants dans cette cité de Toulon
Tirs, deal, clans, représailles, vengeance… C’est dans ce contexte sanglant que le tribunal correctionnel de Toulon s’est plongé, ce mercredi. Le 29 mai 2023, une fusillade éclate dans la cage d’escalier d’un immeuble de la cité Guynemer, au nord-ouest de Toulon, réputée pour être un haut lieu du trafic de stupéfiants.
Deux hommes sont touchés par balles. Malgré leurs blessures, ils parviennent à mettre en fuite le tireur, cagoulé.
Présenté par l’accusation comme celui qui a ouvert le feu, Salih B., 25 ans, comparaît détenu. À ses côtés, Yanis M., 20 ans, est jugé pour trafic de stupéfiants depuis la maison d’arrêt de La Farlède, où il est incarcéré dans le cadre d’une autre affaire. Les deux individus ont déjà de nombreuses condamnations à leur actif.
Sur le banc des parties civiles, l’un des deux hommes blessés a trouvé le courage de se déplacer. Casier vierge, aucun lien avec le trafic de stupéfiants : il fréquentait simplement des amis « très défavorablement connus des services de police », qui auraient été la cible des tireurs.
Une guerre entre deux clans
« Un renseignement anonyme parvenait aux services de police, indiquant qu’une bagarre avait eu lieu la veille des faits », rappelle la présidente, Marie-Laure Arnouil.
La fusillade s’inscrirait dans un contexte de représailles. La veille, Yanis M. aurait été passé à tabac sur ce point de deal, où s’affrontent depuis longtemps deux clans rivaux, « Aro » et « Poisson ».
« Vous avez été salement amoché, à coups de casque et de barres en métal », rappelle la présidente au prévenu, qui acquiesce en visioconférence. À l’époque, Yanis M. « travaillait » pour « Aro ».
« On allait voler le point de deal. J’étais chargé de placer des charbonneurs. Je savais que ça allait déclencher une guerre », reconnaît-il.
Après avoir été « fracassé », Yanis M. assure avoir refusé de riposter. « Je n’ai pas commandité ni participé à la fusillade. On m’a demandé, j’ai dit non. Je peux vous dire que si ça avait été le cas, il n’y aurait pas eu de blessés, uniquement des morts. Et je serais devant les assises ! »
Le jeune homme assure aujourd’hui avoir changé. « À l’époque, je voulais construire une vie de bandit. Mais c’était avant. Si je pouvais revenir en arrière, je le ferais cent fois. »
« Un pion »
Yanis M. dit savoir qui a tiré ce soir-là, met en cause son co-prévenu et affirme que Salih B. faisait partie du commando de Guynemer. Il affirme également qu’une somme d’argent aurait été réclamée à son père pour avoir « vengé l’honneur » de son fils. Le père aurait ensuite subi plusieurs tentatives d’intimidation pour pousser Yanis M. à « mettre hors de cause » Salih B.
« Les écoutes téléphoniques tendent à accréditer cette version selon laquelle Yanis M. a dû payer pour avoir refusé de commettre lui-même l’assaut à Guynemer », souligne la présidente.
Une version réfutée par Salih B. « Je reconnais avoir été un trafiquant de drogue, mais je n’ai jamais tiré sur personne », jure-t-il. Celui qui a lui-même été victime d’une tentative d’assassinat par le passé assure être victime d’accusations infondées.
« On vous retrouve à la croisée de nombreux règlements de comptes », lui rappelle la procureure, évoquant également un « mode de vie plutôt particulier ». « Les gens sont jaloux de ma réussite », répond le prévenu.
« Des balles perdues »
Pour la partie civile, Me Didier Hollet rappelle que son client n’a « aucun lien avec le trafic de stupéfiants ». « Il s’agit de balles perdues. » Des tirs qui ont pourtant bouleversé sa vie : « Il a passé de nombreux mois alité, a fini par déménager. »
L’avocat déplore une jeunesse fascinée par la violence et les armes. « Je suis convaincu que certains films et certaines séries influencent le comportement de ces délinquants, prêts à tout pour marquer les esprits. »
Me Louis-Marie La Balme, qui défend Yanis M., plaide la « sincérité » de son client. « Il a toujours reconnu le trafic de stupéfiants, mais jamais cette double tentative de meurtre. Il a été utilisé comme un pion pour que la bande adverse puisse aller tirer et répliquer. »
Pour Me Michel Mas, avocat de Salih B., le dossier repose sur des éléments à charge « ni précis, ni concordants ». « On désigne mon client comme le tireur parce qu’on se base sur sa vie, qui fait dire que, s’il n’est pas coupable, il est capable. Mais il n’y a aucun indice grave ni concordant. »
Le tribunal condamne finalement Yanis M. à deux ans et demi de prison et Salih B. à six ans d’emprisonnement. Les deux peines sont assorties d’une interdiction de paraître à Toulon pendant trois ans.