Journée mondiale d’Alzheimer : un simple test sanguin mis au point à Montpellier bouleverse le dépistage mais la France refuse toujours le nouveau traitement

Le Dr Karim Bennys neurogériatre, coordonne le centre expert sur la mémoire de CHU de Montpellier. À l’occasion de la journée mondiale d’Alzheimer, ce lundi 21 septembre, il donne un message d’espoir : les facteurs de risques de la maladie sont mieux connus, elle est détectée plus tôt, on vit mieux avec. Mais le médecin regrette que les autorités de santé privent les patients français de l’accès à des immunothérapies prometteuses qui ralentissent l’évolution d’Alzheimer.

La maladie d’alzheimer touche environ 1,2 million de personnes en France, et par ricochet 3 500 000 aidants. 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, un chiffre stable malgré le vieillissement de la population. La maladie touche une personne sur 4 après 85 ans, précise la Fondation Vaincre Alzheimer. À l’échelle mondiale, "on a un cas toutes les trois minutes", précise le Dr Karim Bennys neurogériatre, coordonnateur du CM2R, Centre mémoire de ressource et de recherche du CHU de Montpellier.

Les mécanismes de la maladie sont maintenant connus : elle est liée à deux types de lésions, l’accumulation de peptides amyloïdes et de protéine Tau dans le cerveau. Des recherches se poursuivent sur les mécanismes inflammatoires potentiellement impliqués dans l’affection, de même que les infections "virales, bactériennes ou parasitaires qui pourraient déclencher ou aggraver Alzheimer", indique la Fondation pour la recherche médicale. Le virus de l’herpès ou encore les bactéries impliquées dans les parodontites sont évoqués. Ces pistes infectieuses sont étudiées au Gérontopôle de Toulouse.

La Fondation pour la recherche médicale (FRM) évoque aussi d’autres pistes : "Les dysfonctionnements des centrales énergétiques des cellules, les mitochondries", ainsi que les facteurs génétiques et épigénétiques.

"Ces dix dernières années, les avancées ont été spectaculaires, révolutionnaires", salue le Dr Bennys. Avec une obsession : "Il faut agir tôt".

Le Dr Karim Bennys coordonne le centre expert du CHU de Montpellier.
Le Dr Karim Bennys coordonne le centre expert du CHU de Montpellier. DR

Imagerie, tests sanguins… on détecte de plus tôt et plus précisément

"Aujourd’hui, on peut faire un diagnostic très précoce d’Alzheimer", indique le Dr Bennys, qui salue l’apport des scientifiques montpelliérains au diagnostic de la maladie.

Sous la responsabilité de Sylvain Lehmann, responsable du laboratoire de biochimie et de protéomique clinique au CHU de Montpellier, un test sanguin utilisant le biomarqueur p-tau217 permet de détecter les lésions cérébrales causées par Alzheimer. Et "si on connaît mieux les lésions, on peut espérer les réparer. Ce test ouvre des perspectives thérapeutiques", assure le Dr Bennys. Le test est utilisé uniquement dans des centres spécialisés, qu’il s’agisse du CM2R ou de la quinzaine de consultations spécialisées implantées sous sa responsabilité en ex-Languedoc-Roussillon.

La ponction lombaire reste la première voie de diagnostic, avec l’imagerie, sur la base d’une "évaluation clinique" qui reste essentielle en France.

Quels espoirs de traitement ?

Il n’y a toujours pas de traitement curatif de la maladie, "pour l’instant, on ne peut pas guérir", insiste Karim Bennys. En France, "on reste sur les mêmes thérapies depuis une vingtaine d’années". Elles ont "un impact modeste".

Reste qu'"en 2025, plus de 180 essais cliniques ont été menés, avec 138 médicaments expérimentaux", précise la Fondation pour la recherche médicale.

Que dire des "deux immunothérapies récemment mises sur le marché dans de nombreux pays, le lécanémab et le donanémab" ? Elles "ciblent les plaques amyloïdes présentes dans le cerveau". "En moyenne, chez les patients traités à un stade précoce, ces thérapies ralentiraient le déclin cognitif d’environ 30 %", souligne le Pr Gaël Nicolas, neurogénéticien au CHU de Rouen, membre du conseil scientifique de la FRM. L’effet serait limité dans le temps : 18 mois de traitement.

Malgré le feu vert de l’Union européenne en 2025, "elles n’ont pas obtenu d’autorisation d’accès précoce ou de mise sur le marché en France, la Haute Autorité de santé ayant estimé leur bénéfice clinique limité par rapport aux effets indésirables parfois importants", rappelle la FRM. Il s’agit de l’apparition d'"Aria", des œdèmes cérébraux.

Une perte de chances pour les patients français, ou une décision sage ? "Les deux", répond le Dr Bennys, qui regrette la prudence de l’HAS : "On se tire une balle dans le pied". Sachant que ces traitements s’adressent à "moins de 8 % des malades", avec une forme légère d’Alzheimer : "Si on l’avait autorisé, on aurait eu des données en vie réelle pour réfléchir à un remboursement. 2000 patients l’ont testé aux États-Unis depuis 2023, les Aria sont moins fréquents qu’on ne le pensait, chez 6 % à 7 % de la cohorte contre 10 % à 12 % dans l''essai clinique".

Du coup, des patients n’hésitent pas à partir se soigner à l’étranger, "en Allemagne, en Autriche, en Belgique"… L’injection mensuelle coûte en moyenne un millier d’euros.

D’autres voies de recherche (oligonucléotides antisens, héparanes sulfates, traitement de l’inflammation, étude du microbiote intestinal…) sont jugées prometteuses.

Prévention : les recommandations

L’Organisation mondiale de la santé a publié de nouvelles recommandations relatives à Alzheimer le 15 juillet 2026. "Jusqu’à 45 % du risque de maladies neurocognitives pourrait être évité ou retardé", estime l’OMS, en agissant sur des facteurs de risques dits "modifiables" : tabagisme, alcool, isolement social, activité physique, pollution de l’air, hypertension, diabète.

"On travaille beaucoup sur la prévention non médicamenteuse, autour d’une quinzaine de facteurs de risques", précise le Dr Bennys.