Jean Quatremer chez Marianne: une annonce qui provoque déjà la colère en interne
L'arrivée de Jean Quatremer à Marianne suscite visiblement une vive opposition au sein de la rédaction. Dans un communiqué au vitriol diffusé ce vendredi sur X, la société des rédacteurs critique sa nomination comme éditorialiste et estime que cette décision serait de nature à tordre l'ADN du magazine et à "brusquer les lecteurs".
Selon les journalistes signataires, l'arrivée de l'ancien correspondant européen de Libération, en remplacement de l'éditorial jusqu'ici signé par Natacha Polony (qui avait quitté la direction du magazine en 2024 mais était restée éditorialiste), constitue "un tournant dans l'identité éditoriale du titre".
Le communiqué revient notamment sur plusieurs prises de position controversées de Jean Quatremer. Il lui reproche sa "morgue envers les simples citoyens" qui participaient au mouvement des gilets jaunes et rappelle que Marianne avait, de son côté, couvert cette mobilisation "sans condescendance". La société des rédacteurs évoque également ses attaques contre des militants de la cause palestinienne, qu'il aurait "assimilés au nazisme dans une image publiée sur les réseaux sociaux".
Pluralité oui, place démesurée, non
"Notre rédaction ne s'oppose pas à ce que son courant de pensée s'exprime dans nos colonnes : au contraire, la pluralité des voix a toujours fait notre force", écrivent-ils. Mais ils jugent que ce nouvel éditorial lui donnerait "une place démesurée, au regard de la vocation historique de Marianne et des attentes de nos lecteurs".
Jean Quatremer claque la porte de Libération après des mois de tensions : "Je reprends ma liberté"À leurs yeux, le magazine ferait ainsi "un grand pas vers la tonalité médiatique dominante", alors qu'il aurait "plus que jamais besoin de cultiver sa singularité". La rédaction dit également "peiner à comprendre cette orientation", rappelant que Denis Olivennes avait assuré ne pas vouloir transformer le titre en "Franc-tireur bis".
Un départ de Libé après plus de 40 ans de carrière
Cette contestation intervient quelques jours après le départ annoncé de Jean Quatremer de Libération, qu'il avait rejoint en 1984. Dans une longue lettre adressée à ses collègues, le journaliste de 68 ans expliquait vouloir "reprendre sa liberté", dénonçant une "police de la pensée" et un climat idéologique devenu, selon lui, irrespirable.
La direction de Marianne avait vanté son arrivée mercredi. "Jean Quatremer est l'une de ces rares plumes qui ne cherchent jamais à flatter leur époque", avait alors déclaré Ève Szeftel, directrice de la rédaction.
Jean Quatremer au cœur des tensions chez LibéLa société des rédacteurs conclut en citant Charles Péguy, selon qui "une revue n'est vivante que si elle mécontente chaque fois un bon cinquième de ses abonnés". Mais elle affirme qu'avec cette nomination, ce sont désormais "trois cinquièmes de nos lecteurs, sinon davantage", qui risquent d'être mécontents.
Le communiqué a quant à lui été adopté par 78 % des suffrages exprimés, avec une participation de 84 % parmi les 45 inscrits, indique-t-il.
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