« Je vous demande de vous arrêter ! » Balladur emporte avec lui la politique des années 1990

Edouard Balladur, ici en 2011.

Edouard Balladur, ici en 2011.

© JACQUES DEMARTHON / AFP

Florent Buisson 31/08/2026 à 22:29, Mis à jour le 31/08/2026 à 23:11

Comment une simple phrase de l’ancien Premier ministre mort à 97 ans ce 31 août 2026 rappelle tout une époque : la décennie 1990.

« Tout démontre que les Français l’ont décidé, c’est Monsieur Jospin et Monsieur Chirac qui seront présents au se…. »  « Bouh ! Bouh ! »

Visage grave, Édouard Balladur s’interrompit, ce 23 avril 1995, toisant la salle et ses supporters qui lui faisaient face, au moment de reconnaître son échec au premier tour de la présidentielle 1995, dont il était pourtant l’immense favori quelques mois plus tôt.

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Incapable de terminer son propos sous les huées visant ses adversaires, il lance ce soir-là à la foule des militants, « Je vous demande de vous arrêter ! Je vous demande de vous arrêter ! »

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L’art et les bonnes manières

La phrase, martelée, efface le sourire qui perçait sur ses lèvres quelques secondes plus tôt, au moment d’apparaître à l’image, sous les ‘’Édouard !! Édouard !!’’ de ses supporters.

« Je vous demande de vous arrêter », les six mots deviendront rapidement un gimmick, puis une phrase témoin de son époque. Les foisonnantes années 1990. Des humoristes s’en emparent rapidement, comme l’imitateur Laurent Gerra ; on l’entend aussi régulièrement dans l’émission satirique Les Guignols de l’info, qui avait déjà fait de Balladur une de ses cibles favorites, depuis plusieurs années. La marionnette de Jacques Chirac l’ayant rebaptisé… « Couille molle ». Autre temps…

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Dans les années 2010, la phrase sera même reprise sous une autre forme dans des jeux vidéos ! En 2015, enfin, soit vingt ans plus tard, France 4 lance une émission présentée par l’humoriste belge Charline Vanhoenacker et s’intitulant « Je vous demande de vous arrêter ». Le programme n’est pas resté, lui, dans les annales.

Mais comment s’achevait la phrase à jamais interrompue de l’ancien Premier ministre Édouard Balladur ? « Je remercie de tout cœur toutes celles et tous ceux qui m’ont apporté leur soutien ».

« Je m’en suis petit à petit éloigné… »

De son style inimitable, l’ancien ministre des Finances résuma 30 ans plus tard dans une interview fleuve pour l’INA comment il avait dû se faire violence pour répondre aux codes, agressifs, de la politique de l’époque. « François Mitterrand (dont il a été le dernier Premier ministre, NDLR) m’avait dit ‘’Une campagne électorale consiste à dire du bien de soi-même et du mal des autres. On m’avait pourtant appris que c’était du dernier mauvais goût que de faire son éloge et critiquer autrui… Allez faire une campagne électorale avec cette mentalité, ce n’est pas commode ! Je m’en suis petit à petit éloigné… » Est-ce le soin accordé aux « bonnes manières » qui conduisit le candidat Balladur à rabrouer ses sympathisants, ce soir d’avril 1995 ?

Un comble, presque, quand on se souvient de la violence de cette campagne présidentielle. Les deux camps, balladurien et chiraquien, se sont ensuite longtemps voué une haine tenace.