"Je ne baisserai pas les bras", le témoignage de Jordi Di Domenico, éducateur sportif à l’US Colomiers, victime d’un incendie criminel sur son véhicule fin 2024, qui publie son histoire
l'essentiel Jordi di Domenico, éducateur sportif à l’US Colomiers, victime d’un incendie criminel sur son véhicule fin 2024, après la rétrogradation contestée d'un jeune joueur, publie un livre "Parents, éducateurs : Le match de la honte" (Éditions Maïa). Un ouvrage qui revient sur les violences de toutes sortes qui "gangrènent" le petit monde du football amateur où l'ambition des éducateurs et des parents de joueurs maintient une activité "en tension".
Depuis la parution de votre livre, le choc de l'agression dont vous avez été victime, fin 2024, est-il toujours présent ?
C'est la meilleure des thérapies. J'ai fait quelques séances chez une psychologue, mais je ne me suis pas senti mieux pour autant. Au fil des mois, c'est d'écrire qui m'a fait un immense bien. Ça m'a pris du temps, j'ai écrit pendant plusieurs semaines, c'était devenu un manque. Ce qui m'a motivé, ce n'est pas un sentiment d'injustice, mais avant tout l'envie de faire bouger les choses, d'élever les consciences. D'autres ont pris le relais, à un autre niveau que le mien. Je pense au reportage sur Laure Boulleau (footballeuse internationale française, ndlr) sur Canal Plus, la semaine dernière. J'essaie d'apporter modestement mes solutions.
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Considérez-vous, comme vous l'avez déjà indiqué précédemment, que le "football amateur est malade" ?
Plus que jamais. Mais, en revanche, j'ai quand même le sentiment que des gens réagissent à tous les niveaux : les instances, la ligue, le district de la Haute-Garonne, la FIFA en matière d'antijeu. J'ai l'impression d'une prise de conscience, même si j'observe chaque semaine, des phénomènes de violences. À des niveaux différents : ça peut être une simple insulte, un regard noir, une bousculade, récemment des éducateurs adverses qui s'en sont pris à un jeune arbitre de 14 ans dans un championnat très modeste. C'était pitoyable. Ça continue. Mais, j'ai aussi le sentiment que beaucoup de gens ont envie de s'investir pour changer les choses. Le président du district de football de la Haute-Garonne Jean-Marc Sentein a décidé de faire quelque chose. Il a adhéré à ce que j'ai écrit et m'a assuré que l'ouvrage était accessible à tout le monde.
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Vous dites vouloir témoigner "pour ceux qui n'osent pas parler", les violences sur les stades sont-elles toujours un tabou ?
Il y a malheureusement l'acceptable et l'inacceptable. Même dans l'acceptable, on voit des choses anormales qui sont passées sous silence. Il y a beaucoup d'éducateurs, sans avoir de statistiques précises, qui rencontrent des difficultés, des problématiques de comportement. Beaucoup de choses se passent dans le silence. Il faut attendre des affaires comme la mienne, avec des incendies de véhicules, pour qu'on réagisse.
À l'origine, entre autres, d'une banalisation de la violence, vous évoquez aussi "la pression sociale" vécue par nombre d'éducateurs et parents, "la peur de l’échec, ou encore du déséquilibre entre rêve et réalité" ?
C'est plus que jamais une certitude. Beaucoup de parents, ce n'est pas une majorité mais pas non plus une minorité, veulent que leur enfant réussisse là où eux n'ont pas réussi. La frustration est à l'origine de ces comportements. C'est le thème central de toute cette histoire : "pourquoi mon enfant n'est pas sélectionné en équipe première, pourquoi vous le faites jouer à droite alors que je veux qu'il joue dans l'axe, pourquoi vous le faites jouer en défense alors que je veux qu'il soit attaquant". L'éducateur peut alors être considéré comme un obstacle à l'avenir sportif de l'enfant.
Êtes-vous toujours éducateur ?
Je suis dirigeant depuis deux ans à Colomiers où j'ai été déjà éducateur pendant six ans. Toujours au côté de l'éducateur principal de l'US Colomiers (catégorie des 13). On essaie d'agir. Mais ce n'est pas seulement les parents le problème, la responsabilité doit venir aussi des éducateurs. J'en vois trop souvent qui sont irresponsables, qui propagent des mauvaises ondes et beaucoup de négatif. Il y a aussi beaucoup de positif dans ce livre : l'élan de solidarité après les incendies, des dessins des enfants du club de Saint-Jean-du-Falga, les exemples du monde professionnel qui fait face à ce que je dénonce.
Extrait du livre "Parents, éducateurs : Le match de la honte"
"Il est près de 23 heures lorsque je pousse la porte de cette salle d’audience, cherchant à m’extraire du tribunal correctionnel de Toulouse. En ce jeudi 6 novembre 2025, des journalistes ont patienté toute la soirée pour recueillir mes réactions, ainsi que celles de Kader, mon collègue, après le verdict rendu dans l’affaire des voitures incendiées des éducateurs de l’US Colomiers, survenue un an auparavant. Face aux projecteurs de France Télévisions, une phrase m’échappe, presque malgré moi : « Le football est malade ». Ma voiture a brûlé en pleine nuit. Celle de Kader, également. Une partie de sa maison a elle aussi été ravagée par les flammes, manquant d’emporter avec elles toute sa famille".