« Je n’avais pas le droit de déconner »… Ancien défenseur des deux clubs, Nicolas Nkoulou replonge dans ses souvenirs avant Monaco-Marseille, ce dimanche soir au Louis-II

Nicolas Nkoulou est un jeune retraité. Il a mis le point final à sa carrière en février et il réfléchit désormais à la meilleure manière d’orienter sa vie. Entraîneur, dirigeant, l’ex-international camerounais, 36 ans, explore différentes pistes. Il se donne du temps et compte valider quelques diplômes en retournant sur les bancs de l’école. L’ex-défenseur, qui évoluait aussi au milieu sous les couleurs monégasques, se démène également pour l’éducation des enfants dans son pays, notamment à travers le sport. Il a créé sa fondation il y a quelques mois. Dans ce quotidien riche, qu’il partage entre Paris et Charleroi (Belgique), il a pris quelques minutes pour se livrer.

C’est toujours plaisant de voir deux grands clubs s’affronter. On va être scotchés devant l’écran. Les deux ont fait une belle entame de championnat. Au niveau capital confiance, ils ont pris les trois points qu’il fallait. Je suis excité de voir qui imposera son identité et son rythme à l’autre, de voir ces artistes exprimer leur talent. Je pense que ça se jouera sur la capacité à gérer la pression et ses émotions.

Les deux équipes ont besoin de vendre et baisser leur masse salariale. Cela vous inquiète ?

Ce n’est jamais évident, mais les joueurs qui sont là savent qu’on compte sur eux. Ils ont cette charge de représenter le club avec beaucoup de détermination. Ça reste des professionnels et je ne suis pas inquiet.

« Monaco a eu des errements mais je pense que ça va se resserrer »

Entre l’OM de Genesio et l’ASM de Luis, lequel des deux attise le plus votre curiosité ?

J’ai juste envie de les découvrir. Qu’est-ce que Genesio mettra en place ? Connaissant Bruno, je sais qu’il fait du très bon travail. Il n’est pas à Marseille par hasard. J’aime son efficacité et son calme. Les résultats parlent pour lui. C’est un homme de caractère. Il ne va pas crier sur tous les toits, mais il fait passer son message. C’est aussi ça le patron d’un vestiaire. À Monaco, si les dirigeants ont accordé leur confiance à Filipe Luis, c’est parce qu’ils savent ce qu’il est capable de faire. Monaco a pris des buts en préparation, mais il faudra le juger sur le championnat. Je retiens que son équipe est assez solide et bien équilibrée. Il y a eu des errements et des erreurs, mais je pense que ça va se resserrer. Je reste un fervent défenseur dans l’âme, mais je trouve que ça avance sur un bon rythme.

Les supporters, eux, sont soucieux…

Je ne le suis pas parce que ces clubs ont une identité forte et savent se gérer. De tels moments, c’est aussi ce qui fait les grands clubs. Vous verrez qu’on ne ressentira plus ce contexte au cours de la saison. Il suffira d’enchaîner quelques bons matchs et ça ira.

Balerdi est souvent critiqué à Marseille. Est-on trop dur avec lui ?

La critique fait partie du jeu. Balerdi, c’est un champion et il saura surmonter ça. J’ai toute confiance en lui. Les critiques nous permettent toujours de sortir de notre zone de confort, de nous développer et surtout de faire des choses qu’on ne pouvait même pas imaginer. J’espère qu’il fera une belle saison.

Nicolas Nkoulou a lancé sa fondation en juin dernier. Il milite pour l’éducation des enfants, notamment à travers le sport.
Nicolas Nkoulou a lancé sa fondation en juin dernier. Il milite pour l’éducation des enfants, notamment à travers le sport.
Photo Fondation Nicolas Nkoulou

Quand vous arrivez en 2007 à Monaco, un monde différent du vôtre au Cameroun, votre contrat pro met trois mois à être homologué… Comment avez-vous tenu le coup ?

J’étais le petit Poupi (son surnom*) qui arrivait avec son sac à dos et je crois que c’est lié à mon éducation. Je ne remercierai jamais assez mes parents. C’est grâce à eux que j’ai pu tenir. Je suis resté la tête sur les épaules. J’étais conscient de la difficulté de mon parcours. Arrivé là, je n’avais pas le droit de déconner. J’ai aussi eu la chance d’avoir de très bons encadrants qui savaient me canaliser. Quand j’allais me réfugier dans ma chambre parce que ça n’allait pas, ils me disaient : « On te comprend mais ça va aller. » Je reprenais courage.

Vous aviez joué votre premier match avec l’ASM le 13 septembre 2008, contre Lorient au Louis-II (2-0). Quels souvenirs en gardez-vous ?

J’étais émerveillé de faire mes premiers pas dans ce magnifique stade qu’est le Louis-II. Il sait encourager les jeunes. C’était très fort. Je sors à la 65e minute, parce qu’envahi de mes émotions, j’ai eu des crampes. Avant le match, Ricardo (le coach de l’époque) m’avait convoqué dans son bureau pour me dire : « Fais ce que tu sais faire ». Je sortais des JO de Pékin dont on avait été éliminés en quarts par le Brésil. Il m’a dit : « Si tu fais des matchs de ce niveau-là, je ne vois pas pourquoi tu ne jouerais pas chez nous. Respecte la tactique et je suis convaincu qu’on sera tous contents à la fin du match ».

Une semaine plus tard, vous jouez pour la première fois 90 minutes au Vélodrome (0-0)… À ce moment-là, avez-vous pensé à cette enfance difficile, traversée sans grands moyens ?

Naturellement, on repense à tout. Je me souviens encore de mes rêves d’enfant. C’était juste de voir mon nom floqué sur un maillot. Me retrouver dans le onze au Vélodrome, dans ce magnifique temple, le match pouvait s’arrêter. Le coup d’envoi donné, j’avais atteint mon rêve. Mais une fois dedans, on est obligés de se mouiller et de se lancer. Je ne pouvais pas me permettre de regarder tout ce qu’il y avait autour. Je n’ai pas senti de pression en affrontant ces joueurs déjà outillés et rodés. Je me suis simplement dit : « Nicolas, tu n’as rien à perdre. Oui, ils sont meilleurs que toi, mais ils ont aussi deux jambes. Montre-leur ce que tu sais faire et laisse la magie opérer. Tout ce que tu as à faire, c’est courir et faire ton job sans dépasser les frontières et les limites. »

À l’ASM, vous avez connu trois coachs, Ricardo, Guy Lacombe et Laurent Banide. Avec lequel étiez-vous le plus connecté ?

Chacun a semé une semence en moi, mais le plus important a été Laurent Banide. Quand je viens faire un essai à Monaco, il donne son accord et me recrute. Sans ça, rien n’aurait pu se réaliser. C’est lui qui m’a fait monter au milieu aussi. Ricardo a été un grand mentor pour me permettre d’exprimer ce que j’avais en moi. Il a été un très grand défenseur et ce fut un exemple. J’ai souvent eu des séances individualisées avec lui et il m’a permis de me structurer. Humainement, j’ai beaucoup appris avec Guy Lacombe, même si on a vécu des saisons moins marquantes avec lui. Quand on est sur le banc, il faut aller chercher plus loin et donner plus.

« La descente en 2011 ? C’est le plus grand regret de ma carrière »

Avec le recul, quelle analyse faites-vous de cette descente en L2 en 2011, malgré 44 points ?

On était dans quelque chose d’automatique qui nous menait depuis plusieurs saisons dans le ventre mou de L1. Des jeunes commençaient, des anciens étaient partis comme Bernardi (2009) ou Modesto (2010), l’un des patrons du vestiaire, et je pense qu’il nous a manqué de l’expérience. On s’est retrouvés dos au mur et on n’a pas su gérer.

Ce groupe n’était pas programmé pour lutter pour le maintien, la pression était trop forte ?

Je le pense. On ne m’enlèvera pas le mérite d’avoir tout donné, mais c’est le plus regret de ma carrière. Le plus difficile, pour moi, c’est le soir de la descente (défaite 2-0 contre Lyon au Louis-II). Je suis capitaine (Ruffier était blessé), j’ai la responsabilité de porter tout un club et on se retrouve en L2. J’étais au plus mal. C’est un souvenir qui n’a pas été facile à digérer. Même si on ne perd pas le maintien le dernier jour mais sur l’ensemble d’une saison.

Quand l’ASM descend en L2, vous rejoignez l’OM pour 3,5 millions d’euros. Rester était inconcevable ?

Je ne le dirais pas aussi sèchement parce que ce serait heurter Monaco, le club qui m’a ouvert les portes de ce magnifique parcours. Cela serait égoïste. Je partais à contrecœur. Dire que le club est en difficulté et que je claque la porte pour ma carrière, c’est dur. Je suis parti parce qu’il fallait continuer de vivifier mon rêve. Marseille avait été champion en 2010, il allait jouer la Ligue des champions. Il était acceptable de faire ce choix.

En 2013, vous auriez pu revenir à Monaco. Votre ami Stéphane Mbia l’avait évoqué à l’époque, mais vous auriez eu peur de la concurrence alors que l’ASM venait de remonter dans l’élite. Est-ce vrai ?

C’est difficile pour moi de confirmer. J’ai entendu les rumeurs, Stéphane l’a dit, mais Stéphane ce n’est pas moi. Je n’avais pas échangé avec les dirigeants de Monaco.

« Avec Bielsa, on se sentait plus que forts »

Parlez-nous de votre échange avec l’entraîneur marseillais Didier Deschamps, quelques mois avant votre signature…

Il a été assez bref. On sortait d’un Monaco-Marseille au Louis-II. C’était la saison avant que je parte. Il me tape sur l’épaule et me dit : « Ça va minot ? ». Je le regarde et je lui réponds : « Je vais bien monsieur. » Deschamps, je l’avais souvent regardé à la télé. C’est l’une des premières fois que je le voyais en face-à-face et j’étais émerveillé. Et la seule question qu’il m’a posée était « T’aimerais jouer à Marseille ? » Je lui ai dit « oui » mais sans y croire. Je suis sur un nuage sans imaginer que c’est réel. Je le comprends plus tard quand il m’appelle pendant mes vacances et que je renouvelle mon oui.

En avril 2012, avec le Marseille de Didier Deschamps, Nkoulou a disputé les quarts de finale de la Ligue des champions face au Bayern Munich de Franck Ribéry. Il avait été éliminé (2-0, 2-0).
En avril 2012, avec le Marseille de Didier Deschamps, Nkoulou a disputé les quarts de finale de la Ligue des champions face au Bayern Munich de Franck Ribéry. Il avait été éliminé (2-0, 2-0).
Photo AFP

Vous avez dit être plus proche de Deschamps que de Bielsa, un autre coach mythique que vous avez connu à l’OM. Pourquoi ?

Deschamps sait gérer un groupe et tirer le meilleur de chaque joueur. Je me souviens d’un lendemain de victoire. J’avais prévu de m’entraîner avec tout le monde, mais il m’avait appelé pour me dire : « Nico, aujourd’hui, je ne veux pas te voir sur le terrain, tu mets tes baskets et tu te reposes. » Avec lui, je me suis découvert. Il a fait de moi un homme.

Que retenez-vous de Bielsa, un personnage que vous qualifiez de « mystérieux » ?

Je ne dirais pas que l’homme était bizarre, mais il était difficile à cerner. Il a sa vision et il sait où il va, mais au départ je découvre une nouvelle façon de bosser.

Et vous pensiez que ça ne marcherait pas…

Oui. Lorsqu’on commence, il nous met des coupelles et nous fait frapper des ballons sur trente mètres à mi-hauteur pendant trente minutes. On se dit : « À notre niveau, on ne va quand même pas passer une demi-journée à faire ça. Mais lui, sachant ce qu’il cherchait, il savait que les défenseurs centraux auraient besoin de ces passes entre les lignes et que les milieux auraient besoin de cette position de trois quarts entre les lignes. Il nous habituait à son système et à sa philosophie. À la fin, c’était un régal.

Vous vous sentiez forts avec lui malgré l’absence de titre ?

Plus que forts. On était peut-être épuisés pendant les séances, mais tout le monde prenait du plaisir en match. Même quand on était blessés, on regrettait de ne pas être dans le groupe. Malgré tout ce qui peut se dire sur lui aujourd’hui, s’ils pouvaient le faire venir, 90 % des clubs diraient oui.

Vous avez été connu pour ne pas être qu’un défenseur physique. Vous étiez aussi technique, comme votre idole Laurent Blanc…

C’était très important pour moi parce que je n’étais pas un colosse. Pour compenser, j’ai dû parfaire ma technique, être habile avec le ballon, il fallait être en place tactiquement aussi. J’ai dû allier technique et physique pour m’en sortir.

*Il doit son surnom à des amis de sa mère et à une marque de poupons commercialisés au Cameroun dans sa jeunesse.

Bio express

Naissance : 27 mars 1990 à Yaoundé (Cameroun, 36 ans)

Carrière en club : Monaco (2008-11), Marseille (2011-16), Lyon (2016-18), Torino (ITA, prêt 2017-18), Watford (ANG, 2021-22), Aris (GRE, 2022-23), Gaziantep (TUR, 2023-24), Amed (TUR, 2024-25), Sakaryaspor (TUR, 2025).

Carrière en sélection : 83 capes (2 buts) entre 2008 et 2023.

Palmarès : Coupe de la Ligue 2012, Coupe d’Afrique 2017