"J'ai toujours eu ce côté opaque en moi": Hafsia Herzi raconte les coulisses d'"Histoires de la nuit" de Léa Mysius

Une fois n'est pas coutume, c'est dans un thriller qu'on retrouve Hafsia Herzi. "Histoires de la nuit" de Léa Mysius, adapté du roman de Laurent Mauvignier, est à l'affiche depuis ce mercredi 16 septembre.

Il y a des histoires du jour et des histoires de la nuit. Celles qui se racontent et celles qui échappent, muettes, lourdes, trop noires. Hafsia Herzi, cascade de cheveux sombres et sourire timide sinon taciturne, visage (mystérieux) des drames français depuis une décennie, s'est pourtant rarement essayée aux thrillers.

Dans le nouveau film de Léa Mysius, en salles depuis ce mercredi 16 septembre, passé par la compétition cannoise, l'actrice joue une quadra bien sous tous rapports, employée fidèle et maman intransigeante, vivant à la campagne. Mais le soir de son anniversaire, trois figures de son passé (menées par Benoît Magimel) retrouvent sa trace et débarquent, flingue dans la ceinture, à la petite sauterie organisée par son gentil mari éleveur laitier (Bastien Bouillon). La voisine artiste (Monica Bellucci) est de la partie, elle aussi prise en otage. Histoires de la nuit est une adaptation du best–seller éponyme de Laurent Mauvignier.

Hafsia Herzi, passée derrière la caméra depuis notamment le très applaudi La Petite dernière sorti l'an passé, promène son flegme et ses yeux obscurs quand nous la rencontrons dans un hôtel chic du VIe arrondissement de Paris, en jean slim et baskets blanches, polo Lacoste simplissime sur le dos. Elle nous parle de son rôle, du jeu tendu, de sa carrière, des César.

Connaissiez-vous l'univers de la cinéaste Léa Mysius (Ava, Les Cinq diables) avant d'accepter le rôle?

Oui, tout à fait. Quand mon agent m'a appelée pour me dire que Léa souhaitait me rencontrer pour un projet, j'étais enchantée parce que je connaissais bien son cinéma. J'ai toujours trouvé que c'était une réalisatrice qui savait mettre en valeur ses personnages et qui avait son univers à elle, très particulier, très sensoriel, très organique. C'est ce qui m'a plu, d'essayer d'aller vers des auteurs différents, des styles différents. En l'occurrence, le thriller.

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C'est plutôt rare de vous voir dans ce genre de film…

C'est vrai, je n'ai pas eu beaucoup de propositions en ce sens. Mais c'est un univers qui me plaît beaucoup. C'était passionnant d'y entrer le temps d'un tournage.

Aimeriez-vous vous y essayer à nouveau?

Tout dépendra de qui sera derrière la caméra. Là, c'était un défi artistique, avec un huis clos et avec Léa, qui est très pro, très organisée, sachant exactement ce qu'elle veut.

Et le roman de Laurent Mauvignier, vous le connaissiez?

De nom, mais je ne l'avais pas lu. J'aurais bien aimé le lire avant le tournage, mais Léa ne voulait pas, peut-être pour que je ne sois pas trop influencée par le personnage de Laurent Mauvignier. Je n'ai donc découvert le roman qu'après. J'ai vraiment adoré. J'étais très impressionnée par l'écriture et par le travail que Léa en a fait. Je ne sais pas d'ailleurs comment elle a fait pour adapter de telles phrases.

Le personnage du roman vous a-t-il étonné par rapport à celui du scénario?

Oui, il est très différent. Mais un film reste toujours une adaptation. Le cinéaste fait ce qu'il veut des personnages, il peut en rajouter, en enlever...

Comment vous êtes-vous préparée à ce rôle?

On a fait beaucoup de répétitions, notamment avec Bastien Bouillon et Tawba El Gharchi, la petite fille qui se retrouvait pour la première fois sur un plateau. Benoît Magimel, je ne l'ai rencontré qu'une seule fois. C'était important de ne pas trop se parler en amont pour nos rôles. Nous avons aussi discuté avec Léa Mysius de la différence entre le personnage de Nora [son nom de couverture] et Leïla. Quand Nora devient Leïla et quand Leïla redevient Nora. C'était un peu le casse-tête, donc il nous fallait vraiment bloquer les deux facettes du personnage avant le tournage.

Quelles sont les différences entre ces deux facettes?

Elles sont petites, mais quand Nora devient Leïla, il fallait être un peu plus sans filtre. Pas vulgaire parce que je n’aime pas ce mot, mais plus dure, moins douce, moins dans sa carapace.

Quelles étaient les scènes les plus difficiles à jouer?

La tension, c'est dur à jouer. On essaie de la vivre sur le moment, alors que les autres comédiens sont très gentils, très drôles. Je suis donc restée un peu dans mon coin pendant le tournage pour ne pas trop me disperser. Parce que si je m'amuse trop, j'ai du mal ensuite à retrouver mon sérieux. C'était difficile aussi de tenir la chronologie des émotions d'un huis clos alors qu'on tourne les scènes dans le désordre et sur plusieurs semaines.

On vous a déjà un peu vu dans ce genre de rôle de taularde ou d'ex-taularde, dans La Prisonnière de Bordeaux de Patricia Mazuy ou Borgo de Stéphane Demoustier…

Ce sont des personnages différents, mais oui, ils sont à chaque fois un peu mystérieux. Mais je ne sais pas si c'est vraiment lié aux personnages, je pense que j'ai ce côté opaque en moi. C'est ainsi. J'ai toujours été comme cela, même dans la vie.

Êtes-vous spontanément attirée par ce genre de rôle ou les cinéastes vous y restreignent-ils parfois?

Ces personnages complexes, qu'on n'arrive pas trop à comprendre m'attirent, c'est sûr. Je ressens de l'empathie pour eux. Est-ce qu'on se comprend vraiment les uns les autres? C'est une question. On ne peut pas se mettre dans la tête des gens, savoir ce qu'il s'y passe, on ne le saura jamais. Mais c'est vrai qu'on me contacte aussi davantage pour ce genre de personnage.

Comment ne pas jouer le cliché de la femme mystérieuse, trouble?

J'essaie de la jouer différemment à chaque fois. Mais tout dépend du cinéaste et du regard qui est posé sur nous. Et avec le temps, on grandit aussi, on évolue, on prend de la maturité, on change. On comprend différemment les personnages. Par exemple, si on m'avait proposé le scénario d'Histoire de la nuit il y a dix ans, je n'aurais peut-être pas tout compris ou je serais partie sur un terrain tout autre.

Monica Bellucci "Histoires de la nuit" de Léa Mysius
Monica Bellucci "Histoires de la nuit" de Léa Mysius © Le Pacte

Qu'avez-vous compris de ce personnage que vous n'auriez pas senti avant?

Peut-être que je n'aurais pas compris pourquoi elle est partie, pourquoi elle a quitté son précédent compagnon. J'aurai eu de l'empathie pour Nora bien sûr, mais là, je me suis dit qu'elle avait bien fait de partir.

Aimeriez-vous jouer des partitions plus comiques?

J'ai tourné dans le film Quelques mots d'amour de Rudi Rosenberg, qui sort le 28 octobre et qui est assez léger. Tout dépend, comme pour le thriller, de qui est derrière la caméra, si je suis à l'aise. Mais pourquoi pas essayer?

Comment appréhendez-vous les succès fous de l'an passé, à la fois devant la caméra, avec le César de la meilleure actrice pour Borgo en février 2025, et derrière, avec l'heureux parcours de La Petite dernière à Cannes, en mai 2025?

Je suis contente. Et je suis heureuse de pouvoir à la fois être actrice et réalisatrice, même si c'est sport de passer d'un poste à l'autre. Mais dans les deux, j'y trouve beaucoup de plaisir.

Quels sont vos nouveaux projets en tant qu'actrice et réalisatrice?

J'ai terminé mi-juillet le tournage du dernier film des frères Larrieu, La Foudre, où je joue une bergère. C'était une belle expérience. Sinon, en tant que réalisatrice, je suis en pleine réécriture d'une adaptation du premier roman de Leïla Slimani, Dans le jardin de l'ogre. C'est un projet qu'on m'a proposé quand mon deuxième long-métrage est sorti. Je prends aujourd'hui le temps de tout réécrire. Il racontera l'histoire d'une femme qui a une vie de famille, un travail, et qui est accro au sexe, mais elle le cache, et en souffre. Trop peu, voire aucun film ne parle de ce sujet. J'espère ne pas décevoir le public qui a suivi La Petite dernière.

Avez-vous été déçue, en février, de ne pas remporter de César avec La Petite dernière - hormis celui, indirect, de la Meilleure révélation féminine pour Nadia Melliti?

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Un peu, mais c'était le temps d'une soirée. J'aime gagner, mais j'ai très vite compris que ce ne serait pas pour nous cette année. Il ne faut pas être trop gourmand, on a déjà eu une belle reconnaissance à Cannes [le Prix d'interprétation féminine pour l'actrice Nadia Melliti et la Queer Palm] et plus de 400.000 entrées en salles. Ce qui est amusant, c'est que j'avais pris avec moi une grande valise vide avant de partir de chez moi. Je m'étais dit "au cas où"... Parce qu'il faut les ramener les César après… L'année d'avant, j'avais remporté celui de la Meilleure actrice, mais je n'avais évidemment rien prévu pour le ramener. Donc cette année, j'ai anticipé (rires). Je m'étais même renseignée pour savoir comment on faisait pour le César du meilleur film. Est-ce la prod' qui part avec le trophée ou le cinéaste? On m'a répondu "les deux". J'étais donc susceptible d'en avoir trois. Mais je suis repartie bredouille.

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