"J’ai cru que ma dernière heure était arrivée" : sur l’A62 en Tarn-et-Garonne, un jeune conducteur jure avoir évité un lapin, après avoir percuté un véhicule et fini sur le toit, à 400 mètres de là

l'essentiel Le 11 mars 2025, sur l'A62 à Castelmayran, dans le Tarn-et-Garonne, un automobiliste de 20 ans percute violemment un véhicule avant de terminer sa course sur le toit, 400 mètres plus loin, roues arrachées. Rayan, originaire de Villeneuve-sur-Lot, en Lot-et-Garonne, explique sa manœuvre par la traversée soudaine d'un animal. Une version que contestent son passager et un témoin, tandis qu'une bonbonne de protoxyde d'azote est retrouvée sur place. Jugé devant le tribunal correctionnel de Montauban pour blessures involontaires, le jeune homme est condamné à 10 mois de prison avec sursis et à l'annulation de son permis.

"C’était un vrai projectile." La phrase résume à elle seule la scène qui s’est jouée sur l’A62, à hauteur de Castelmayran, quand une voiture lancée à pleine vitesse a soudain quitté sa file pour foncer sur la bande d’arrêt d’urgence.

À la barre du tribunal judiciaire de Montauban ce mardi 8 septembre 2026, Rayan S. a le visage encore juvénile. Chemise noire, cheveux courts, petit bouc et moustache naissante, le jeune homme de 20 ans, originaire de Villeneuve-sur-Lot, reste arc-bouté sur sa version, celle d’un animal surgi de nulle part.

La présidente Emmanuelle Yvert n’a pas besoin de forcer le trait pour rappeler la violence du choc. « Lorsque vous avez doublé le second véhicule sur la droite, vous avez arraché tout le côté droit de ce véhicule et votre BMW a terminé à 400 mètres de là sur le toit, les roues arrachées », résume-t-elle. Sur les lieux, les gendarmes retrouvent une bonbonne de protoxyde d’azote.

"Une forme de lapin"

« Tout s’est passé très vite, un animal a traversé, j’ai dû me rabattre sur la bande d’arrêt d’urgence », certifie le jeune homme. Le problème, c’est que son récit ne colle ni à celui d’un autre automobiliste témoin de la scène, ni à celui de son propre passager. « Pourquoi votre ami dit que vous rouliez vite tout à droite et que vous auriez pris du protoxyde d’azote ? », l’interroge la présidente. « Il a toujours eu un souci de jalousie avec moi », se défend Rayan, qui roulait ce soir-là vers Toulouse, au volant de la voiture de son père, avec deux amis à bord.

La juge insiste : « Et cet animal que personne n’a vu… C’était quoi ? » « C’était une forme de lapin », lâche finalement le prévenu. Dans la salle, des sourires et des haussements d’épaules accueillent la réponse.

"Pleins phares sur ma droite"

Vient alors le tour de la victime, une restauratrice de 40 ans qui circulait ce jour-là avec son mari. Sa voix se fait plus hésitante à mesure qu’elle raconte. « La seule chose dont je me rappelle, c’est les pleins phares qui sont arrivés sur ma droite. J’ai à peine eu le temps de tourner la tête que mon véhicule est parti en tête-à-queue », témoigne-t-elle. « J’ai paniqué, j’ai hurlé, car je ne maîtrisais plus rien, je voyais les rails de l’autoroute défiler : j’ai cru que ma dernière heure était arrivée. »

Sa colère grandit encore quand elle rapporte les mots lâchés par Rayan devant les secours : « C’est la deuxième voiture que je plie en un mois. » Depuis l’accident, elle ne conduit plus. « J’ai 40 ans, j’ai arrêté de conduire, je suis bloquée. Je ne peux même pas amener mes enfants à l’école », déplore-t-elle.

"Et le protoxyde d’azote ?"

La présidente revient alors sur cette étrange confidence faite aux pompiers. « Le premier accident, c’était quoi ? » Rayan fait d’abord non de la tête, puis finit par lâcher, dans un souffle : « Euh, oui, j’allais à l’école, j’ai glissé sur du verglas. »

Me Stéphanie Nauges, pour l’assurance, revient à la charge sur le protoxyde d’azote. « Je n’ai jamais pris », jure le jeune homme. « Il vous reste combien de points sur votre permis ? » demande la présidente. « 3 sur 9 », répond-il, avant de devoir admettre avoir été contrôlé positif à l’alcool au volant depuis les faits.

Marine Monteil, pour le ministère public, pousse plus loin : « Vous n’avez jamais eu d’autres soucis ? » « J’ai conduit une voiture sans avoir le permis de conduire quand j’étais plus jeune. J’ai fait un stage pour ça », finit par avouer Rayan.

« Il faut bien qu’il comprenne que c’est un miracle que les cinq impliqués dans cet accident s’en soient sortis ! » tonne Me Albane Ruan, avocate bordelaise de la partie civile. Elle rappelle que le jeune homme, titulaire d’un permis probatoire limité à 110 km/h, « faisait des pointes de vitesse » sur l’autoroute. Elle réclame 6 000 € de préjudice pour sa cliente.

Peu convaincue par des explications qu’elle juge « confuses », Marine Monteil requiert 10 mois de prison avec sursis et l’annulation du permis de conduire.

"Ce n’est pas un chauffard"

Face à ce tableau, Me Marion Delpy tente de rétablir l’équilibre. « Il est inséré avec un contrat d’apprentissage », plaide-t-elle pour la défense, avant de battre en brèche le portrait de chauffard récidiviste : la conduite sous alcool n’a été sanctionnée que d’une amende de 90 €, et pour la conduite sans permis, « il était alors mineur et n’a pas été condamné ».

Le tribunal suit finalement les réquisitions du ministère public. Rayan est condamné à 10 mois de prison avec sursis, à l’annulation de son permis de conduire et à l’interdiction de le repasser avant six mois. Sur le plan civil, il devra régler 1 400 €, tous préjudices confondus.