"J'ai compris que le rugby ne se résume pas qu'au week-end" : le Toulousain Kalvin Gourgues se livre sur son évolution personnelle

Frustré par sa fin de saison dernière durant laquelle il s'est senti moins bien physiquement, malgré la victoire toulousaine en finale du Top 14 à laquelle il a participé, le trois-quarts centre Kalvin Gourgues a choisi de peaufiner sa préparation durant la semaine pour se montrer encore plus performant. Son début de saison canon montre que cela porte ses fruits. Il revient aussi sur la concurrence au club, l'expérience sudiste avec le XV de France ou ses échanges réguliers avec Thomas Ramos.

La première victoire à l'extérieur de la saison, à Vannes, a-t-elle été vécue comme un soulagement au vu du scénario ?

Il y a eu une forme de relâchement lors de la première journée à La Rochelle, où on perd en fin du match sur une pénalité qui nous crucifie. Samedi, on a gagné mais le match n'a pas été parfait. Il y a beaucoup de choses qu'on doit bosser, sur lesquelles on n'a vraiment pas été en alerte. Les Bretons étaient en forme, nous ont super bien accueillis et ont joué à 150 %. On l'a ressenti d'entrée.

Mais, malgré une entame ratée, vous vous en êtes sortis...

Le Top 14 est très long et, pour faire partie des six premiers, il faut gagner beaucoup de matchs à l'extérieur, tout en assurant à domicile. Donc, ces quatre points à Vannes sont très bons à prendre, contre une belle équipe. On avait conscience qu'elle pouvait être redoutable, surtout chez elle. On s'attendait à un gros combat, on n'a pas bien abordé le match sur les trente premières minutes, mais on est content d'avoir redressé la barre et d'avoir pu nous maintenir à flot pour ensuite décrocher cette victoire. On va s'en contenter.

Quel enseignement en tirer ?

On va travailler pour ne plus avoir à vivre ce genre de fin de match un peu stressante où ça se joue à "50-50". Cela fait déjà deux fois à l'extérieur où ça finit comme ça. Il y a eu une victoire et une défaite... Maintenant, il faut qu'on le corrige si on veut des bonnes nouvelles quand on se déplace.

Vous basculez sur votre deuxième réception de la saison, contre Montpellier, après avoir battu l'Union Bordeaux-Bègles. Avez-vous insisté sur le fait d'engranger à domicile pour affirmer vos ambitions ?

Oui, c'est clair. On a pu le voir l'an dernier. Je pense aux joueurs de l'UBB parce qu'on en parle. S'ils ont fini huitièmes de la phase régulière, c'est sûrement parce qu'ils ont perdu quelques matchs chez eux. Cela montre à quel point c'est important de vraiment assurer à domicile, devant notre public. On cherche aussi à régaler nos supporters, nos familles, nos amis. Il ne faut pas se rater.

Peut-on dire que le début de saison est positif jusque-là ?

On a pris cinq points en deux déplacements. C'est bien mais on aurait pu en prendre huit... Ça, c'est un peu frustrant. On peut même se dire le bonus était possible à Vannes si on va chercher le dernier essai à la fin. Maintenant, ce sera à nous de continuer à engranger au maximum à l'extérieur et à assurer à la maison, à commencer par ce week-end contre Montpellier. Ce sera une très grosse réception.

Pour le petit clin d'œil, c'est la même affiche que la dernière finale de Top 14, donc un bon souvenir pour vous...

C'est assez étonnant parce que, sur les trois matchs qu'on a joués contre Montpellier l'an dernier, je n'en ai disputé qu'un. C'était la finale, en étant remplaçant et en ne rentrant pas longtemps. Ce n'est donc pas une équipe que j'ai l'habitude d'affronter et je ne connais pas trop les joueurs. Si j'en suis, ça va être un assez gros challenge de m'y confronter.

Qu'est-ce que cela change dans votre préparation ?

C'est plutôt sympa de découvrir un nouveau plan de jeu, de nouveaux mecs à affronter. J'espère qu'on va réussir à remettre la même envie et le même état d'esprit que contre Bordeaux pour essayer de faire plaisir à notre public et, nous aussi, prendre du plaisir sur le terrain.

Quand on reçoit Montpellier, on sait à quoi s'attendre. Même s'il ne faut pas la réduire à cela, c'est une équipe qui aime imposer un vrai défi physique à ses adversaires...

Oui, les Montpelliérains ont fini avec la meilleure défense l'an dernier. C'est une équipe très forte sur ses fondamentaux, à savoir la conquête ou le combat, mais qui développe de plus en plus de jeu derrière depuis l'an dernier. Elle est dangereuse un peu partout, et il va falloir s'en méfier. On va bien travailler cette semaine pour chercher ses failles ou ses faiblesses.

Ce sera un beau défi pour vous aussi au centre, car le MHR possède de la densité à ce poste...

On ne se focalise pas trop sur l'individu en général. On regarde surtout le côté collectif de chaque équipe. Après, sur le plan personnel, on surveille forcément son vis-à-vis. J'ai eu le plaisir de faire la tournée cet été avec Auguste (Cadot) et de découvrir la personne, de voir comment il joue. Je l'avais déjà observé mais partager des séances d'entraînement, c'est toujours différent sur l'analyse. Il s'est malheureusement blessé. Il y a aussi Justo Piccardo, qui est un peu le même que "Santi Choco" (Santiago Chocobares, NDLR) chez nous. Ce sont deux taureaux (sourire), très forts physiquement. Ils arrivent à jouer derrière eux, à créer des brèches. Puis, je pense à Lennox Anyanwu. Il a fait un très bon match contre Perpignan, c'est un sacré client. Bref, ils ont quelques bombes au centre, mais c'est toujours un plaisir de se confronter à ce genre d'adversité. Cela permet d'engendrer de l'expérience. Je ne sais pas quelles seront les compositions mais il y aura un beau défi au centre du terrain.

Depuis l'entame de la saison, vous semblez en forme physiquement, impressionnant dans l'intensité et la vitesse. Est-ce aussi votre sensation ?

Oui, sur ce début de saison, je me sens franchement très bien physiquement par rapport à la fin de saison dernière qui a été un peu plus compliquée.

C'est-à-dire ?

C'était plus difficile à gérer. La saison a été longue et je l'ai payé physiquement. Je n'avais pas fait les efforts nécessaires pour pouvoir enchaîner et ressentir toujours de la fraîcheur. Je l'ai appris à mes dépens. Je me suis clairement dit, durant l'été, qu'il fallait que ça change.

Pourquoi ?

Je me suis dit aussi : "Pour faire une bonne saison, que j'espère aussi remplie que la dernière, il va falloir bosser dur parce que les mecs vont te connaître en face et ils savoir comment défendre sur toi." Ils vont défendre plus dur, c'est normal. Il va falloir que je sois plus frais physiquement et meilleur rugbystiquement. J'ai fait un gros boulot là-dessus avant d'attaquer la présaison.

Vous êtes pourtant parti avec le XV de France dans l'hémisphère sud en juillet. On suppose que vous avez eu peu de repos, du coup...

J'ai été très bien accompagné. Ma copine m'a poussé à aller m'entraîner. Quand tu as un mois de vacances, et seulement deux semaines pour couper, tu n'as pas trop la tête à ça et tu n'as pas toujours envie... Mais elle m'a accompagné dans ma préparation. Je l'en remercie vraiment. En tout cas, ça a payé. Depuis le début de la saison, je me sens vraiment en forme. La présaison s'est bien passée avec les nouveaux préparateurs physiques. On s'entend très bien, ils me font bosser sur des points spécifiques parce qu'ils font beaucoup d'individuel sur l'aspect physique, en fonction de nos profils, pour être le plus efficace possible sur le terrain le week-end. Pour l'instant, ça marche.

En quoi cela consiste-t-il aussi hors du terrain ?

Je dois continuer à faire le travail de l'ombre durant la semaine sur la nutrition, les soins, la capacité à rapidement récupérer pour pouvoir enchaîner les matchs parce que tout va très vite. On va enchaîner un quatrième match ce week-end et il faut être prêt pour se montrer toujours performant. C'est ce qui m'a un peu manqué sur la fin de saison dernière et je le regrette.

Vous êtes encore un jeune joueur (21 ans). N'est-ce pas ce que l'on appelle l'expérience ?

Oui, c'est exactement ça. C'est en vivant des choses qu'on apprend, parfois par des issues un peu négatives, à mieux se connaître et à voir ce qu'on peut améliorer. Comme je l'ai dit, en fin de saison dernière, c'était plus compliqué physiquement, et cela se ressentait sur mes prestations. Elles étaient moins abouties, j'étais moins fier de moi. Mais c'est comme ça. Je suis jeune et il faut le temps aussi de découvrir. J'ai cette chance d'avoir un environnement, dans mon cadre hors rugby, qui m'aide vachement là-dessus. Puis, le staff est très bienveillant à mon égard. Il m'aide à ne pas relâcher mes efforts, à rester lucide et concentré. Avec mes coéquipiers, c'est pareil.

Justement, vous évoluez avec des garçons qui ont déjà une immense carrière. Sont-ils des exemples pour vous ?

Oui, il y a plein de joueurs qui sont de bons conseils dans le groupe. Je pense à Thomas (Ramos) qui m'en donne beaucoup et avec qui je parle souvent. Lui, c'est un exemple de longévité, de performance sur le long terme sans vraiment flancher. Thomas incarne parfaitement le rugbyman de haut niveau, le mec qui est là dans les grands moments. Il faut se servir de ce genre de coéquipiers et d'amis pour grandir. J'ai compris que le rugby ne se résume pas qu'au week-end, même si c'est ce que regardent les gens. Si tu n'es pas performant et si tu ne fais pas le travail nécessaire la semaine, ça ne marche pas en match ensuite.

Après avoir connu vos premières sélections la saison passée, vous êtes donc parti en Australie avec le XV de France en juillet pour le premier volet du championnat des nations, et avez joué un vrai rôle, notamment par votre polyvalence. Que vous a apporté cette aventure ?

C'était une très belle expérience. Malgré la fatigue après la finale et l'accumulation des matchs, on a été bien pris en charge en arrivant là-bas. Nous, les finalistes, avons eu le temps de couper quelques jours quand les autres sont partis en Nouvelle-Zélande pour y jouer. Sur le coup, c'était un peu dur physiquement, mais on a eu le temps de récupérer. C'était génial de pouvoir voyager aussi loin pour jouer au rugby.

En quel sens ?

On oublie parfois que ce n'est qu'un jeu, mais on a vraiment de la chance de pouvoir vivre de notre passion, de voyager dans le monde entier pour justement jouer et prendre du plaisir. C'est exceptionnel. De ce point de vue, j'ai aussi été très content d'avoir l'opportunité d'être sur la feuille de match contre l'Australie et le Japon. Sur les quarante-deux joueurs présents, neuf n'ont pas joué une minute. On sait que les places sont chères et je suis heureux d'avoir participé. Ça m'a vraiment permis d'engranger de l'expérience, de découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures, de nouvelles personnes.

Les places sont chères aussi en club. En plus de la présence de Santiago Chocobares ou de Pierre-Louis Barassi, Tommaso Menoncello est arrivé au Stade toulousain cet été. Comment vivez-vous cette concurrence ? Vous en nourrissez-vous ?

On se nourrit toujours des personnes avec lesquelles on joue, surtout à notre poste quand on a une concurrence de ce niveau-là. Il faut s'en servir. Cela permet de pouvoir se remettre en question tout le temps. Et j'ai quand même de la chance de m'entraîner chaque semaine avec des mecs aussi forts... Mine de rien, "Choco" (Chocobares) et Tommy (Menoncello), ce sont les numéros un à leur poste dans leur pays. Puis, "Baras'" (Barassi) est international français depuis un moment. Moi, j'ai eu la chance d'aller en équipe de France depuis l'an dernier. Voilà, on est quatre centres internationaux pour deux ou trois places sur la feuille. On se nourrit chacun les uns des autres pour se surpasser et donner le maximum.

Cela impose-t-il une rigueur et un investissement encore plus forts dans la semaine ?

Oui, mais la concurrence est vraiment saine. On n'essaie pas de se mettre des couteaux dans le dos. Il n'y a pas de jalousie. On reste bienveillants les uns envers les autres et, quand certains sont sur le terrain, les autres les encouragent. Actuellement, "Baras'" et "Tommy" sont blessés mais ils sont derrière nous avec "Choco". Cela aide à tout donner, à créer de l'émulation et à ne pas relâcher les efforts. Ici, pour être sur la feuille de match, il faut bosser dur.

Quand on aime dévorer les espaces comme vous, on se dit aussi qu'il y a pire que Chocobares, Menoncello ou Barassi pour vous les créer à côté...

Ah, c'est certain ! En perce-muraille, il n'y a pas mieux. En tout cas, je me régale de jouer à côté de ces mecs-là et, dès que j'ai l'opportunité d'être à leur soutien pour créer des "breaks", j'essaie de le faire. Il faut se mettre à leur diapason tout simplement, se tenir prêt à intervenir. Souvent, ils arrivent à créer des situations par leur talent et leur physique. Je veux d'ailleurs travailler un peu plus cet aspect-là de mon jeu, ce côté perforateur. C'est une voie de progrès à titre individuel.

Cela promet-il de belles associations au centre pour cette saison ?

Tous les quatre, je pense qu'on est bien complémentaires. Maintenant, quand on sera tous à 100 % physiquement, bon courage au staff pour faire sa composition (sourire). Non, je sais qu'il gérera ça du mieux possible, comme il l'a fait depuis déjà beaucoup d'années. Cela a toujours marché jusque-là, donc on lui fait confiance là-dessus.