Les 2 Alpes : 218 jours de ski, un glacier qui recule

Les 2 Alpes, à 1 650 mètres, au pied d’un domaine qui culmine à 3 600 mètres. ©Les 2 Alpes / Pyrène Duffau
La station annonce 218 jours de glisse et neuf mois d'activité pour l'hiver 2026-2027. Un rythme présenté comme une réponse au réchauffement. Reste à savoir sur quoi il repose, et ce qu'il engage.
À l'issue de cette nouvelle saison, le 30 mai 2027, les vacanciers des 2 Alpes rangeront leurs skis. Le glacier restera ouvert cinq semaines de plus, jusqu'au 4 juillet, mais pour les seuls groupes professionnels. Il y a cinquante ans, on skiait ici jusqu'à la fin du mois d'août.
Le glacier a perdu son été
L'office de tourisme met en avant un rythme inédit pour l'hiver 2026-2027 : « 218 jours de glisse garantis », neuf mois d'activité sur douze, sept mois de ski. L'argument tient à l'altitude. En effet, 75% du domaine culmine au-dessus de 2 100 mètres, et le point haut atteint 3 600 mètres.

Le ski d'été a démarré sur le glacier de Mont-de-Lans en 1974. Il s'est longtemps prolongé jusqu'à la fin août. Depuis, les fermetures anticipées s'enchaînent : une première interruption au mois d'août, inédite depuis la création de la station en 1946, puis un 15 août, puis un 10 juillet en 2022. En 2026, la fenêtre estivale s'est réduite au 31 mai-5 juillet, et uniquement le matin.
Le mouvement dépasse la station. Dans les Écrins, la superficie glaciaire a été divisée par deux depuis 1973, tandis que plus de soixante glaciers ont disparu depuis 1980, selon le suivi du Parc national et de l'Institut des géosciences de l'environnement de Grenoble.
Le calendrier se recompose donc par le haut : la glisse tient là où l'altitude la protège, et recule partout ailleurs.
Dix-sept minutes jusqu'à 3 200 mètres
Pour tenir ce calendrier, il fallait monter plus haut, plus vite. Le 30 novembre 2024, la station a mis en service le Jandri 3S. Ce téléphérique relie le front de neige, à 1 650 mètres, au domaine d'altitude, à 3 200 mètres, en dix-sept minutes et à raison de 3 000 personnes par heure. Il remplace une télécabine vieillissante qui mettait une quarantaine de minutes. L'exploitant en fait la colonne vertébrale de son modèle : piétons et familles accèdent désormais aux sommets sans chausser de skis. Le chantier a coûté 135 millions d'euros selon la direction du groupe, contre 63 millions estimés au départ.

Cette facture pèse sur SATA Group. Cette société d'économie mixte, titulaire depuis 2020 de la délégation de service public confiée par les communes des Deux Alpes et de Saint-Christophe-en-Oisans, a vu ses dettes financières passer de 70,8 millions d'euros en 2021 à 134 millions fin 2024, selon ses comptes déposés. Son chiffre d'affaires a progressé dans le même temps jusqu'à 126,3 millions, pour un résultat net de 2,97 millions. La direction indique avoir levé le financement auprès de banques et d'acteurs locaux, avec un amortissement sur trente ans.
L'association Mountain Wilderness, qui juge le projet démesuré, affirme de son côté que le montage engage les deux communes délégantes, garantes de l'emprunt. Elle pointe surtout le paradoxe d'un chantier lourd, mené par terrassements successifs en haute montagne, au nom de l'adaptation au climat. L'exploitant met en avant l'étude d'impact conduite avant les travaux et des mesures de compensation portant sur la biodiversité, l'eau et les sols.
L'altitude protège, jusqu'à un certain point
Les 2 Alpes ne figurent pas parmi les stations menacées. Dans son rapport du 6 février 2024, la Cour des comptes place au contraire le domaine parmi les mieux armés après 2050, aux côtés de Val d'Isère, Tignes et Chamonix. Les stations de haute altitude captent par ailleurs une clientèle que les domaines plus bas ne retiennent plus.
Le même rapport juge toutefois que « le modèle économique du ski français s'essouffle ». Il décrit en outre la neige de culture comme une protection relative et transitoire, dont l'efficacité décroît avec la hausse des températures.
Une autre limite tient au bâti. Sur 32 746 lits touristiques, la station en recense 11 905 non commercialisés, soit plus d'un tiers. Ces volets restent clos une grande partie de l'année. Autrement dit, ils n'achètent ni forfaits, ni repas, ni cours de ski. Le modèle des neuf mois repose donc sur les deux tiers restants, tandis que l'amortissement du téléphérique court sur trente ans.
Pour élargir cette base, la station mise sur la diversification. Le printemps 2026 a enregistré 12 956 passages de piétons, en hausse de 17%, et 11 500 passages de VTT. Ces volumes restent néanmoins loin des 77 374 passages skieurs de la même période. L'événementiel élargit par ailleurs la clientèle : le trail nocturne des Lumières de la Muzelle rassemble près de 2 000 coureurs chaque mois de janvier, selon l'office de tourisme.

Les glaciers dont la zone d'accumulation se situe sous 3 500 mètres devraient disparaître avant la fin du siècle. La délégation de service public court, elle, jusqu'en 2050.
Ce pari sur l'équipement dépasse largement l'Oisans. En Haute-Savoie, Saint-Gervais a raccordé sa gare à ses pistes par deux télécabines exploitées toute l'année. En Savoie, Tignes a repris le 1er juin 2026 l'exploitation de son domaine via une société publique locale, avec une levée de fonds estimée à 300 millions d'euros. Partout, les stations investissent pour exister hors de l'hiver. La Cour des comptes prévient néanmoins que cette conversion, et le démantèlement des remontées obsolètes, exigeront des montants que les domaines les plus exposés ne financeront pas seuls. À 3 600 mètres, Les 2 Alpes disposent surtout d'un délai que les autres n'ont pas.
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