midmed-news.com
  • 2026-08-09 06:11:04 +0000 UTC

    Aug 09, 2026

    “Invendable”: pourquoi certains vignerons français ne récolteront pas après les feux de forêt

    Les pompiers à l’œuvre dans un vignoble près de Bordeaux. Dans l’encadré: Kris Lismont, président de la Guilde des sommeliers belges et négociant en vins. © AP Photo/Emma Da Silva, Inzet: RV

    Les feux de forêt dévastateurs qui ravagent le sud de la France pourraient bien laisser des traces dans votre verre de vin, la fumée pouvant s’imprégner dans la peau des raisins. Notre rosé risque-t-il bientôt d’avoir un goût de feu de camp? Les vins de Bordeaux de 2026 sont-ils à mettre à la poubelle? Kris Lismont, président de la Guilde des sommeliers de Belgique, fait le point.

    Sven Ponsaerts

    Source: HLN

    9 août 2026, 08:11

    Ajoutez-nous à vos favoris Google

    Grégory Guibergia sait qu’il a échappé de justesse au pire. Les feux de forêt qui ont ravagé le Var, dans le sud de la France, ont brûlé la lisière de son vignoble. Pourtant, la majeure partie de ses vignes est restée intacte et les raisins sont suffisamment mûrs pour être récoltés la semaine prochaine.

    Dans cette région spécialisée dans la production de rosé, des centaines d’hectares parmi les 30.000 que compte le vignoble ont été réduits en cendres par cette mer de flammes. Autre problème: les vignobles sur lesquels des avions bombardiers d’eau ont largué des produits chimiques retardateurs de feu ont été immédiatement déclarés impropres à la culture.

    Un vignoble détruit par un incendie à Cotignac, en France. © AP Photo/Philippe Magoni

    Pire: pour Grégory Guibergia, le danger n’est pas encore écarté. “La grande question est de savoir si nous allons détecter un goût de brûlé lors de la vinification”, a-t-il déclaré à l’agence de presse AFP. “Nous ne le savons pas encore.”

    “C’est un peu comme passer une soirée au coin du feu ou profiter d’un barbecue convivial dans le jardin. Après, vos vêtements sentent fortement la fumée. Il se passe exactement la même chose avec la peau du raisin. Les vapeurs de fumée pénètrent jusque dans les sucres et les acides du raisin”, explique Kris Lismont, le président de la Guilde des sommeliers de Belgique et gérant de Mondevino. Si le vent souffle dans la mauvaise direction, une exposition d’une heure ou deux peut suffire à altérer le goût. Et la fumée n’est pas une saveur recherchée dans les vins.

    Néfaste

    “Certains cépages, comme le Monastrell espagnol par exemple, apportent naturellement une petite note fumée très agréable. Mais dans le cas d’un merlot fruité, que l’on apprécie plutôt pour sa souplesse, cela est néfaste.”

    Un incendie de forêt dans la région de Bordeaux. © AFP

    Ce qui est insidieux, c’est que cela ne se ressent pas immédiatement au goût du raisin. Ce n’est qu’après la fermentation — lorsque les sucres sont transformés en alcool — que ce goût âcre de brûlé et de fumée se fait sentir.

    La viticultrice Lucie Demirdjian attend donc les résultats des analyses de laboratoire qui devront déterminer si ses vignes restantes sont restées intactes. Elle a vu 11 de ses 18 hectares de vignoble partir en fumée à cause des incendies et refuse de dépenser le moindre euro avant d’en avoir le cœur net. “En cas de gel ou de grêle, nous savons quoi faire, mais pas en cas d’incendies de forêt.”

    “Le risque de se retrouver avec un produit invendable est trop élevé”

    Il ne fait aucun doute que l’impact sur la viticulture française se fera sentir. Outre le fait que certains vignobles ont été entièrement détruits par les flammes, de nombreux viticulteurs choisissent délibérément de ne pas vendanger, comme l’a appris Kris Lismont grâce à ses contacts avec des domaines français.

    “La consommation de vin français a baissé de 20 à 30% ces dernières années. Dans de nombreuses régions, on a même constaté des excédents ces dernières années. Avec les problèmes de qualité qui pourraient désormais survenir, le risque de se retrouver avec un produit invendable est tout simplement trop grand. Au moins un des producteurs de la région de Bordeaux avec lequel nous travaillons a déjà décidé qu’il ne pouvait ou ne voulait rien produire cette année.”

    Des vignes brûlées. © REUTERS

    Pourtant, Kris Lismont affirme qu’il ne faut pas céder à la panique et imaginer des rayons vides dans les magasins ou une forte hausse des prix. Bien que la célèbre région bordelaise ait elle aussi été secouée cet été par des incendies de forêt — notamment à la périphérie de la ville et dans la région de Pessac-Léognan —, il sait que les dégâts subis par les grands “châteaux” sont limités.

    Pas une année catastrophique

    “Il ne faut pas généraliser la situation et penser que l’ensemble du millésime 2026 à Bordeaux sera ‘mauvais’ ou ‘brûlé’. Le vignoble bordelais s’étend sur environ 120 000 hectares. Tout au plus un dixième de cette superficie a peut-être réellement souffert de la fumée. Les grands châteaux de renommée mondiale du Médoc — comme ces noms prestigieux de Pauillac ou de Saint-Estèphe — ont heureusement été totalement épargnés. Pour les viticulteurs touchés sur place, c’est un véritable drame, mais pour le Bordelais dans son ensemble, cela reste un événement très local. La région produira encore cette année des vins d’exception.”

    LIRE AUSSI

    Aussi dans l'actualité

    2026-08-09 06:11:04 +0000 UTC