Interview. Sportifs reconvertis dans le monde des affaires : « certains se sont plantés », selon cet expert

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Vincent Chaudel, fondateur de l’Observatoire du Sport Business, identifie pour nous les écueils auxquels peuvent être confrontées les stars du sport lors de leur reconversion.

Propos recueillis par Théo Meunier -

Aujourd’hui à 20:30

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Pour Vincent Chaudel, les champions doivent construire une image de marque qui survit à leur fin de carrière. Photo DR

Pour Vincent Chaudel, les champions doivent construire une image de marque qui survit à leur fin de carrière. Photo DR

À l'occasion de la sortie de notre dossier sur Tony Parker, la star du basket-ball qui poursuit désormais une carrière d'entrepreneur, nous avons interrogé Vincent Chaudel sur ces ex-champions qui choisissent le monde des affaires à l'issue de leur carrière sportive. Entretien.

Quelle place la reconversion doit-elle prendre dans la carrière d’un sportif ?

« Cela dépend des profils. Pour certains, penser à l’après-carrière nuit à la performance : ils ont besoin de rester pleinement concentrés sur leur sport. Pour d’autres, au contraire, anticiper leur reconversion les libère et peut même leur permettre de prolonger leur carrière. Il n’y a donc pas de règle d’or, même si ceux qui l’anticipent connaissent généralement une transition plus douce. Le problème des stars du sport, c’est qu’elles sont habituées à une vie extrêmement intense et programmée. Pendant 15, 20 ou 25 ans, leur quotidien est dicté par la performance. Et du jour au lendemain, tout s’arrête : c’est une forme de “petite mort”. Cette rupture peut provoquer un sentiment de vide, voire des dépressions ou des addictions. C’est aussi pour cela que certains cherchent à rester dans leur univers, comme entraîneurs ou consultants. » 

À quoi ces stars du sport doivent-elles se réadapter après leur carrière ?

« Il y a le piège du niveau de vie. Quand vous êtes une superstar, vous avez des habitudes de consommation qui correspondent à des revenus très élevés. Un jet privé ou une villa de 500 m² ne posent pas forcément de problème avec plusieurs millions d’euros de revenus. Mais lorsque ces revenus disparaissent, les habitudes de consommation ne changent pas du jour au lendemain. Il faut donc apprendre à adapter son niveau de vie à sa nouvelle situation financière. »

« Il faut savoir s’entourer »

Le fait d’avoir beaucoup d’argent suscite des sollicitations : comment faire le tri ?

« C’est compliqué. Une star du sport a souvent passé l’essentiel de sa vie dans le sport et ne maîtrise pas nécessairement la fiscalité, l’immobilier ou la finance. Elle peut donc être mal conseillée, manipulée ou faire de mauvais investissements. L’histoire est malheureusement pleine de sportifs millionnaires qui ont ensuite connu des difficultés financières. Il faut donc être bien conseillé et savoir s’entourer. Il y a des stars qui investissent directement dans leur sport. Tony Parker a racheté l’Asvel, Kylian Mbappé le club de foot du SM Caen, et le footballeur espagnol Cesc Fàbregas le Como 1907, à Côme en Italie. C’est une manière de prolonger leur existence dans leur univers. Mais là encore, il faut faire attention : il y a une vraie différence entre venir une fois par mois et être impliqué chaque jour. »

Comment ces personnalités du sport peuvent-elles transformer leur notoriété en capital économique ?

« De nombreuses stars utilisent ce qu’on appelle le "media for equity", c’est-à-dire qu’elles transforment leur image de marque en parts dans une entreprise. Elles deviennent les ambassadeurs d’une marque. Federer, par exemple, détient une part du capital d’On Running. C’est un cercle vertueux : la marque prend de la valeur et son patrimoine aussi. Sa présence facilite également l’implantation de la marque dans le tennis, notamment auprès de joueurs comme Swiatek ou Shelton auxquels la marque n’aurait pas forcément eu accès.

L’idée, pour ces sportifs, est donc de construire leur image au fil du temps. Un champion ne peut plus se contenter d’être seulement champion sur le terrain : la plupart gagnent autant, voire davantage, en dehors des terrains. Certains ont très bien réussi à négocier ça et à capitaliser dessus. Zidane, qui continue d’être ambassadeur d’Adidas vingt ans après sa carrière, Federer, qui a signé un contrat de plus de dix ans avec Uniqlo alors qu’il lui restait seulement quelques années de carrière, ou encore Michael Jordan, dont Nike a créé une marque qui lui rapporte chaque année des revenus considérables, en sont de bons exemples. »

« Il y a évidemment une part de "storytelling" »

Les qualités qui permettent de réussir dans le sport sont-elles réellement transposables dans le monde des affaires ?

« Il y a évidemment une part de "storytelling". Il y a une vingtaine d’années lorsque Danone avait fait entrer Zidane dans son conseil d’administration, j’avais expliqué que c’était une chance pour lui. Quand vous êtes champion, vous êtes une référence dans votre domaine que vous connaissez très bien. Mais quand vous basculez dans le monde des affaires, vous êtes un candide. Dans un conseil d’administration d’un grand groupe vous ne prenez pas vraiment de décision mais vous pouvez voir comment les dirigeants fonctionnent. Certains sportifs se sont plantés parce qu’ils ne connaissaient pas les codes. »

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