Interview. Sarah Arnold, réalisatrice de L'Espèce explosive : « N’enfermons pas la ruralité dans une case »
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Sarah Arnold, réalisatrice de L’Espèce explosive : « N’enfermons pas la ruralité dans …
D’un conflit entre chasseurs et agriculteurs, Sarah Arnold tire une drôle d’enquête policière, entre lutte des classes et comédie romantique sous acide. Rencontre avec la réalisatrice de L'Espèce explosive, un film libre en salles ce mercredi.
Propos recueillis par Thibault Liessi -
Aujourd’hui à 07:30
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Comment est née l’idée du film ?
Sarah Arnold : « C’est en lisant la presse que j’ai découvert un article autour d’un conflit entre chasseurs et agriculteurs sur des lâchers de sangliers qui ravageaient les cultures. De ce fait local, j’ai voulu en tirer une comédie aux thèmes plus globaux, qui parle de rapport de force. Je n’ai pas voulu faire un film contre la chasse, mais l’utiliser comme décorum d’une lutte des classes. Car L’Espèce explosive parle aussi d’un monde où on est tous à fleur de peau et de l’explosivité des sentiments. »
Cette sensibilité est représentée par le personnage de Fulda Orsini, joué par Alexis Manenti, à l’inverse du rôle de Vincent Dedienne…
« C’était très drôle d’avoir ces deux personnages qui sont à l’opposé de la masculinité, incarnés par deux acteurs très différents. Alexis qui est quelqu’un de très physique, incarne ainsi Fulda, ce gendarme extrêmement émotif, qui a besoin de se libérer ; tandis que Vincent, qui n’a pas peur de sa propre sensibilité, joue son opposé, Chaton, un beauf qui ne se remet jamais en question. »
Julie Arnold. Photo Ensav Toulouse
« Il était important d’avoir des personnages queer »
Outre le conflit autour des sangliers, une part importante de film se joue autour de la psychologie des protagonistes, notamment celle de Stéphane (Ella Rumpf)…
« Les personnages moteurs de l’intrigue, Stéphane et Fulda, refusent d’être enfermés dans une case, mentale, physique ou même amoureuse. Si le titre, L’Espèce explosive, se réfère aux sangliers en tant que symboles de liberté et de puissance, il se réfère aussi à ces êtres humains qui vont aller au-delà des limites imposées pour se trouver eux-mêmes, parfois avec fracas. Avec un titre pareil, il faut bien que ça pète quelque part ! » (rires)
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Comment avez-vous construit la ruralité de votre film ?
« Elle est nourrie de mes expériences. Mes parents ont déménagé à Épernay (Marne) quand j’avais neuf ans. J’ai grandi dans des paysages austères, et mettre des personnages vivants, par opposition, c’est ce qui m’a donné envie de faire du cinéma. De montrer la vie. Quand Fulda se retrouve avec des paillettes à danser sur une table d’un bar, c’est parce que j’ai connu ce genre de soirée. Même si ce n’est qu’un aspect secondaire, il était important d’avoir des personnages queer. N’enfermons pas la ruralité dans une case, dans un film ou dans la réalité. Quand on a tourné en Argonne, qui est à la limite de la Marne, de la Meuse et des Ardennes, on a pu autant compter sur le tissu associatif et culturel local, qui est vivace, que sur des chasseurs, que ce soit pour le scénario ou les têtes de sangliers empaillées dans les décors. C’est ce tout que j’ai voulu filmer. »
Ce qu'on a pensé du film
En conflit avec des chasseurs, un paysan disparaît. Un an après, Fulda, un gendarme à fleur de peau (Alexis Manenti) et sa psychologue Stéphane (Ella Rumpf) relancent les investigations sous l’œil pas très vivace de Chaton (Vincent Dedienne). Une enquête qui, à l’image du film, ne va pas apporter les réponses qu’on attendait, mais celles dont on avait besoin.
Partant du genre de la comédie, L’Espèce explosive va évoluer en toute liberté entre film social, romantique ou policier, pour offrir une séance ébouriffante. L’exemple le plus marquant est le dernier tiers de la pellicule, où l’arrivée d’un élément stupéfiant va entraîner un enchaînement jubilatoire de scènes marquantes, notamment un interrogatoire bordélique à souhait. Présenté à la Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes, L’Espèce explosive provoque beaucoup de choses, le rire en premier lieu.
L’Espèce explosive de Sarah Arnold, en salles dès ce mercredi 7 octobre. Durée : 1 h 35.