Interview. Face aux vagues de chaleur, « il faut un autre modèle que l’isolation thermique massive et indifférenciée »
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Face aux vagues de chaleur, « il faut un autre modèle que l’isolation thermique …
Face à la multiplication des épisodes caniculaires, adapter l’espace urbain au réchauffement climatique apparaît de plus en plus comme une nécessité. Entretien avec Clément Gaillard, docteur en urbanisme et spécialiste en conception bioclimatique.
Propos recueillis par Mondo Guest -
Aujourd’hui à 07:30
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Les canicules récentes mettent en lumière l’inadéquation de nos modèles urbains face au changement climatique, notamment aux grandes chaleurs. Quel bilan faites-vous de cet été ?
« Les canicules, comme les inondations d’ailleurs, viennent mettre un projecteur sur notre travail. Mais un projet urbain prend environ dix ans à se mettre en place, et pourtant on ne fait le bilan que lorsqu’on se retrouve face au mur. Le constat sur les îlots de chaleur date de 2003, ça fait 23 ans maintenant. Il faut repenser notre manière d’organiser la ville ».
Face à la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui, comment nous adapter ?
« La priorité est d’abord de limiter au maximum la montée de température à l’intérieur du logement. Si l’on climatise, ce doit être pour réellement abaisser la température d’une pièce, pas pour compenser une puissance d’ensoleillement que l’on a laissé entrer. Cela passe par exemple par des protections solaires extérieures qui vont avoir une efficacité supérieure en termes de coût ou de dépense énergétique à l’isolation thermique intégrale d’un bâtiment ».
On a pu voir que la question de l’isolation thermique est à double tranchant. Les logements isolés, lors d’une canicule prolongée, finissent par se laisser pénétrer par la chaleur. Une chaleur qui est par la suite difficile à évacuer. Quelle solution avons-nous face à cela ?
« On a poussé vers une stratégie d’isolation thermique massive de façon indifférenciée. Il faut réfléchir à un autre modèle que celui que nous avons fixé dans les murs. Nous testons depuis six mois un procédé de “mobisolation”, c’est-à-dire un kit déployable qui permet d’améliorer le confort thermique de son logement en toute autonomie à moindre coût avec une facilité à installer et à retirer avant et après l’hiver. L’efficacité n’est pas certifiée pour le moment sur le bâti moderne, mais il fonctionne bien sur le bâtiment ancien ».
« Les brasseurs d’air font baisser d’environ 4°C la température ressentie »
Donc pour le moment, en dépassant un certain niveau de chaleur, nous n’avons pas d’autre option que la climatisation pour nous rafraîchir ?
« Il ne faut pas se voiler la face, la climatisation se développe et on en installe de plus en plus. Les installateurs ont déjà du travail planifié pour toute l’année. Là où nous pouvons développer un palliatif c’est sur les brasseurs d’air : des grands ventilateurs de plafond. Ils ont l’avantage de créer une fraîcheur artificielle jusqu’à 30 à 35°C en fonction du niveau de tolérance, et ils font baisser d’environ 4°C la température ressentie. L’intérêt des brasseurs d’air est de servir de relais entre le moment où la canicule débute et le moment où la chaleur devient trop intense et nécessite la climatisation. Quand vous cumulez climatisation et brasseur d’air, vous faites des économies d’énergie de l’ordre de 30 % ».
Face au changement climatique, vous considérez que climatiser est inéluctable, quelles conséquences cela va avoir sur la chaleur dans nos villes ?
« L’air chaud monte, mais dans des rues trop étroites, il peut y avoir des frictions avec les façades de bâtiments qui vont bloquer la circulation de l’air. Quand vous avez un vent léger qui passe au-dessus et une voie descendante, la rue va concentrer la chaleur et la pollution de façon intense. Il y a donc un effet de rétention de la chaleur qui peut aller jusqu’à augmenter la température de 8°C. À l‘échelle d’une copropriété par exemple, il est nécessaire que les climatisations ne soient pas installées sur les façades, mais bien sur les toitures ».
« Il faut privilégier les expositions nord-sud par rapport à est-ouest »
Sur certains bâtis, notamment des bâtiments protégés par la conservation du patrimoine, les modifications que vous préconisez sont impossibles. Comment ne pas rester dans cette impasse ?
« Ce sujet est un cas de force majeure. Dans certaines situations, il faudrait pouvoir passer outre un certain nombre de recommandations. Lorsque des particuliers commandent des volets ils les veulent pour l’été prochain. Dans certaines villes, sur des bâtiments patrimoniaux, il a fallu trois ans d’étude pour développer un prototype de protection solaire. C’est bien trop long. Mais il existe d’autres solutions, des volets textiles, ou des solutions bien plus anciennes dans l’espace public, comme les voiles d’ombrage ».
À grande échelle, comment sortir par le haut de cette crise caniculaire ?
« Il faut qu’à partir de maintenant, que ce soit sous le prisme politique ou celui de l’urbanisme, chaque nouveau plan prenne en compte ces enjeux avant d’être validés. Par exemple, il faut privilégier les expositions nord-sud par rapport à est-ouest. Au sud, le soleil est bas en hiver et haut en été, c’est facilement maîtrisable avec des balcons ou des bords de toiture. Les expositions est-ouest font frapper le soleil perpendiculairement sur le logement, notamment sur les pires horaires d’exposition. Sans cette vigilance, nous continuerons à enfermer des personnes vulnérables, comme nos personnes âgées, dans des barres d’immeubles orientées plein ouest. Ce sont de véritables pièges à chaleur. Il nous faut penser des villes plus adaptées au changement climatique. »