Interview. Brendan Fraser à l'affiche du film historique Pressure : « J'ai voulu tout savoir sur Eisenhower »
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Brendan Fraser à l’affiche du film historique Pressure : « J’ai voulu tout savoir sur …
Pressure, en salles ce mercredi, est adapté d’une pièce de théâtre de David Haig, une plongée dans le QG allié en Angleterre, en 1944, trois jours avant le débarquement de Normandie prévu pour le 5 juin. Où une tempête a bousculé le calendrier. Un huis clos tendu, avec Brendan Fraser dans le rôle imposant du général américain Eisenhower. Entretien avec l’acteur oscarisé.
Propos recueillis par Nathalie Chifflet -
Aujourd’hui à 07:30
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Connaissiez-vous cette histoire avant de tourner ce film ?
Brendan Fraser : « J’ignorais que les Alliés avaient dû composer avec la tempête, que le débarquement, prévu le 5 juin, avait été reporté aux 6, avec un repli possible au 18 juin 1944, si les conditions de marée et de lune ne le permettaient pas. J’ignorais aussi qu’Eisenhower n’avait jamais tiré un coup de feu au combat. C’était un stratège et un diplomate, une figure paternelle préoccupée par le sort de ses hommes, à quelques heures du plus grand assaut amphibie jamais organisé. J’ai voulu tout savoir sur cet homme entré dans l’histoire : j’ai lu l’historien Howard Zinn, écouté des podcasts, revu Il faut sauver le soldat Ryan. Le reste, je l’ai trouvé dans le scénario. »
Le film s’ouvre sur l’opération Tigre, cet exercice qui a tourné au drame quelques semaines avant le débarquement. Pourquoi ce choix de prologue ?
« Il fallait montrer la culpabilité d’Eisenhower face à ces erreurs. Le poids du D-Day ne tenait pas seulement à la météo : nous devions montrer son empathie sincère, son conflit intérieur, une forme de dégoût de soi face aux erreurs inévitables de la guerre, et sa recherche d’un moyen de se pardonner. »
Eisenhower était surnommé « Monsieur Bang », pour son tempérament. Comment avez-vous construit ce mélange de calme et d’intensité ?
« Il pouvait être volcanique, mais il avait aussi la réputation d’un homme chaleureux, brillant en société, où il glanait sans doute des renseignements précieux. Il n’acceptait pas la médiocrité et exigeait l’excellence. Militaire de carrière dans l’âme, il vivait l’organisation comme un devoir. Il possédait un charisme naturel qui poussait les gens à l’écouter, et lui-même écoutait vraiment, cherchait l’avis des autres. Il assumait pleinement ses décisions, y compris en cas d’échec : il avait rédigé deux lettres, une pour la victoire, une pour la défaite. Cette dernière n’a jamais été vue ; selon la biographie que j’ai lue, elle a fini oubliée dans une poche de manteau avant de refaire surface dans les archives. Dans cette lettre d’échec, il exonérait entièrement ses soldats et endossait seul la responsabilité. Ce type de leadership manque aujourd’hui chez ceux qui détiennent le pouvoir. »
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« J’ai abordé ce projet avec le sentiment d’un devoir »
Pressure dépasse le simple film de guerre. Quel message vouliez-vous transmettre ?
« En tant qu’acteur, j’espère que ce film raconte ce qui arrive lorsqu’on ignore les forces de la science et de la nature, un risque que nous prenons à nos dépens. C’est une mise en garde et une leçon d’humilité : il existe quelque chose de plus grand que nous, et notre survie dépend de notre capacité à écouter les experts sans perdre la raison. J’ai abordé ce projet avec le sentiment d’un devoir : le réussir, mais aussi traiter le sujet comme si la survie de notre humanité en dépendait. »
Comment avez-vous travaillé l’apparence physique d’Eisenhower ?
« Je me suis rasé la tête. Je suis plus grand que lui, et j’ai essayé de me faire plus petit, mais la représentation physique n’est pas l’essentiel. J’ai surtout dû reconnaître qui était Eisenhower pour imposer le respect plutôt que l’exiger, en laissant place à son caractère. Il avait ce don d’exploser sans que ce soit arbitraire : un homme franc, direct, resté un garçon du Wisconsin toute sa vie. L’uniforme y était pour beaucoup. Mais l’essentiel venait des acteurs qui m’entouraient sur le plateau de Pressure. Shakespeare l’avait compris : ce n’est pas l’acteur qui joue le roi, ce sont ceux qui l’entourent, par leur réaction à son pouvoir, qui le construisent. La mise en scène d’Anthony Maras était soignée, portée par une troupe d’acteurs britanniques remarquable. Une suite logique, puisque David Haig avait écrit cette histoire pour le théâtre, avec cet esprit de troupe que l’adaptation a su conserver à l’écran. »
« Ce film nous rappelle notre faillibilité »
Quelle place Eisenhower occupe-t-il aujourd’hui dans la mémoire américaine, notamment pour la jeune génération ?
« Sa popularité et sa place dans la culture générale se sont surtout construites après sa présidence, dans les années 1950, marquées par la guerre froide, la prolifération nucléaire et des relations tendues avec la France. C’est aussi l’époque du slogan "I Like Ike", de la naissance de l’Otan, des vaccins et de nombreux programmes sociaux. Les jeunes générations connaissent plus rarement le rôle d’Eisenhower pendant la guerre. Une fois commandant suprême des forces alliées, tout reposait sur lui, le pouvoir de décider, d’anticiper les conséquences, de supporter la pression pour prendre la décision la plus juste possible. C’est sans doute pour cela qu’il s’en remettait tant à ses troupes. Je crois qu’il se souciait même de l’ennemi qu’il cherchait à vaincre plutôt qu’à anéantir, avec la volonté de rebâtir plutôt que de simplement mettre fin au conflit. »
Vous avez dans votre carrière incarné des personnages à travers de nombreuses époques. Dans laquelle vous sentez-vous le plus à l’aise ?
« En tant qu’acteur, je suis simplement heureux d’avoir du travail. L’époque importe peu, tant que l’histoire reste pertinente, et je crois que celle-ci l’est encore aujourd’hui. Anthony Maras a retravaillé les images d’archives du film pour leur donner une dimension cinématographique plutôt que documentaire : cela confère une authenticité immédiate, une audace rare pour un film historique de ce genre. Un chef décorateur n’a pas eu besoin de recréer ces navires : les archives de la Seconde Guerre mondiale suffisaient, présentées de façon à sembler tournées la semaine dernière. Ce film nous rappelle notre faillibilité et la nécessité d’évoluer avec prudence et empathie, c’est le genre d’histoire que je veux raconter. »
Pressure d'Anthony Maras, en salles dès ce mercredi 9 septembre. Durée : 1 h 40.