Interdisez les lunettes connectées de Meta, Amazon vous vendra toujours un réveil espion
Par Egle Markeviciute, EU Tech Loop via Euronews
Publié le 21/08/2026 - 7:33 UTC+2
L’organisation allemande à but non lucratif HateAid a déposé une plainte pénale contre Meta, Ray-Ban, Oakley et plusieurs détaillants de lunettes auprès du parquet central pour la lutte contre la criminalité sur Internet en Allemagne, afin d’obtenir l’interdiction de la vente des lunettes à intelligence artificielle de Meta, les Ray-Ban Meta Wayfarer.
Selon le groupe, ces lunettes enfreignent la loi allemande sur les télécommunications, les services numériques et la protection des données.
HateAid affirme que les lunettes Ray-Ban Meta à IA sont "indiscernables" de lunettes ordinaires et que, avec 41 millions de personnes portant des lunettes rien qu’en Allemagne, cela peut créer une "violence numérique fondée sur l’image" et "dissimuler une technologie de surveillance particulièrement peu visible sous l’apparence d’un objet du quotidien".
Approche fragmentée de la photographie dans l’espace public au sein de l’UE
La législation allemande encadrant la prise de vues dans l’espace public est plus stricte que celle de nombreux autres pays de l’UE.
Il est autorisé de prendre des photos et des vidéos de panoramas et d’événements publics, mais il est interdit de photographier ou de filmer des personnes individuellement sans leur consentement préalable.
À l’inverse, nombre d’autres pays européens autorisent la prise de photos et de vidéos de passants dans l’espace public, à condition que ces contenus ne soient pas utilisés à des fins malveillantes, commerciales ou de vigilantisme.
L’UE est depuis longtemps critiquée pour son approche fragmentée de la mise en œuvre de ses lois sur la protection des données, et la photographie et la captation d’images en public semblent promises à devenir un nouveau sujet de discorde.
Pétition associée
Dans sa pétition, le groupe demande avant tout l’interdiction totale de la vente des lunettes Ray-Ban Meta à IA en Allemagne, qui pourrait, en théorie, découler d’une évaluation juridique de leur conformité au droit allemand.
La deuxième demande paraît plutôt raisonnable : garantir la sécurité dès la conception, en veillant à ce que les lunettes soient "clairement identifiables".
Le groupe propose de différencier les caméras par un code couleur. Les lunettes sont déjà dotées d’un voyant LED blanc intégré qui clignote en continu lorsque l’utilisateur prend une photo ou filme.
La troisième demande – ne pas laisser les personnes concernées se débrouiller seules – est tout aussi difficile à contester et met en lumière des problèmes plus profonds et structurels en matière d’application de la loi et de protection de ses droits, que ce soit hors ligne ou en ligne.
Violences contre les femmes
Le groupe estime que les lunettes intelligentes devraient être purement et simplement interdites, en invoquant la montée des violences numériques, qui visent souvent les femmes.
Les cas de violences physiques et psychologiques à l’encontre des femmes en Europe sont effectivement en hausse, et l’IA ainsi que les deepfakes ajoutent de nouvelles couches de menaces pour la vie privée et la sécurité.
Toutefois, les données des années précédentes montrent que les moyens des forces de l’ordre, les cadres juridiques et même la sensibilisation du public à la manière de défendre ses droits restent insuffisants pour protéger les femmes – une lacune qui est antérieure à l’apparition des objets connectés portables.
En 2024, l’Allemagne, la France et la Suède ont signalé les plus fortes augmentations d’infractions enregistrées pour violences sexuelles et viols.
En outre, 30 % des femmes en Allemagne déclarent avoir subi des violences psychologiques de la part d’un partenaire, 32 % rapportent un harcèlement sexuel au travail et 14 % disent avoir été victimes de harcèlement obsessionnel.
Peu de femmes signalent les violences en ligne ou connaissent leurs droits, là aussi.
Selon un rapport 2025 de l’Economist Intelligence Unit, seule une femme sur quatre déclare des abus en ligne, à peine 14 % en informent les forces de l’ordre, et 78 % ignorent les recours dont elles disposent pour se défendre contre le harcèlement en ligne, le doxing et l’usurpation d’identité.
Cette histoire a été publiée à l’origine sur EU Tech Loop (source en anglais) et a été reprise sur Euronews dans le cadre d’un accord de syndication.