Installer des paysans et créer un tiers lieu nourricier, le projet de la ferme du Cambon à Mialet mobilise tout un collectif

Acheter une grande maison cévenole et les 14 ha qui l’entourent, à Mialet, dans les Cévennes gardoises, c’est le projet d’un collectif qui veut faciliter l’installation d’agriculteurs. Un premier geste dans ce qui deviendrait une foncière agricole.

Le Gardon s’étire encore paresseusement dans ses méandres au fond de la vallée de Mialet, mais le niveau de l’eau est de plus en plus bas en cette fin d’été. Juste derrière deux gros campings, la ferme du Cambon, une vieille bâtisse cévenole dans son jus, adossée à la montagne, fait rêver une poignée de bénévoles réunis en collectif. Et pourquoi pas, ici, contribuer à l’autonomie alimentaire du territoire avec un tiers lieu nourricier ? Un endroit où pourraient vivre de leur travail deux agriculteurs, mais où l’on pourrait aussi organiser des stages, apprendre à cuisiner, à conserver les légumes, à jardiner… Et qui ne serait que le premier projet d’une foncière agricole visant à favoriser l’installation de paysans, dépourvus de foncier et de moyens pour s’installer.

Hervé Parain et Jocelyn Michard sont membres du collectif qui porte l’ambitieux projet de foncière agricole.
Hervé Parain et Jocelyn Michard sont membres du collectif qui porte l’ambitieux projet de foncière agricole. Alexis Béthune

"L’envie de passer à l’action"

Sur 14 hectares, quatre sont plats (avec prairie, fruitiers et arbres divers) et 10 sur la colline. Une source permet l’irrigation et quelques terrasses pourraient être remises en état. Si un maraîcher exploite déjà en fermage 2 500 m2, le potentiel est plus important, sans compter la bâtisse. Elle fut habitée, est toujours meublée, mais sa propriétaire est décédée. Cette dernière avait de son vivant choisi de léguer son bien à la fondation Longo Maï. Basée à Bâle en Suisse, cette fondation recueille en effet des dons et des legs pour acheter des fermes ou des terres abandonnées. "La fondation ne souhaite pas conserver ce bien mais a envie de voir éclore ici un projet collectif", explique Jocelyn Michard de Terres vivantes en Cévennes. L’épicerie-restaurant du village, Chez Mialet, est approchée par la fondation suisse, mais le projet est trop grand. "Nous étions trois structures, Terres Vivantes en Cévennes, Fruits oubliés et biodiversité et Cévennes 2050. On s’est mobilisé en un collectif hyper dynamique et ça fait 18 mois qu’on bosse sur le projet", ajoute Hervé Parain, ex-apiculteur et co-fondateur il y a 35 ans de la boutique des producteurs de Thoiras, l’une des premières de la région.

La maison cévenole de 300 m2 nécessite d’être réhabilitée.
La maison cévenole de 300 m2 nécessite d’être réhabilitée. Alexis Béthune

Pour certains bénévoles, l’échec de la mobilisation pour empêcher l’achat par l’Armée d’une ferme de Saint-Jean-du-Gard a servi de moteur… "Et puis on a aussi des gens comme moi qui militent depuis longtemps, et qui étaient un peu las d’être dans le constat. On a tous assisté à des conférences, à des projections de films, on connaît les problèmes. Il y avait l’envie de passer à l’action ! I", sourit Hervé qui reconnaît que le projet "est ambitieux, mais notre collectif rassemble des gens avec tous profils et de tous âges, on a une bonne dynamique."


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Dans l’idée de ses concepteurs, la future ferme du Cambon sera un lieu ressource ouvert, où les particuliers comme les professionnels pourront venir se former, avec une attention particulière aux jeunes et aux personnes touchées par la précarité alimentaire et énergétique. "On pense que notre territoire a besoin d’un lieu comme celui-là et que, par ailleurs, les enjeux d’accès au foncier, et au logement, sont majeurs."

La ferme du Cambon de Mialet n’est pas dépourvue d’eau, c’est un atout pour sa renaissance.
La ferme du Cambon de Mialet n’est pas dépourvue d’eau, c’est un atout pour sa renaissance. Alexis Béthune

Reste la question financière : "Nous avons déjà le soutien du département du Gard, dans son programme Gard en commun, mais cette aide financière (NDLR 10 000 € espérés) servira à l’ingénierie du projet, explique Jocelyn Michard. Sur 180 000 € de vente à terme, on a besoin de 70 000 € assez rapidement, le reste sera versé sous forme de mensualités pendant 15 ans. Nous avons lancé un appel aux dons (1). Mais notre objectif est aussi de réhabiliter la maison de 300 m2, qui permettra de créer des logements pour les paysans et les animateurs du lieu. Une partie de la bâtisse et des dépendances seront louées au Tiers lieu nourricier."

Le Gardon, à l’étiage en cette période, borde la ferme du Cambon et sa bâtisse, à flanc de colline.
Le Gardon, à l’étiage en cette période, borde la ferme du Cambon et sa bâtisse, à flanc de colline. Alexis Béthune

Le coût de la réhabilitation est évalué à 200 000 €, l’association Cerise, structure support pour porter le projet du collectif, envisage de récolter de l’épargne citoyenne, emprunter à des organismes "solidaires" mais aussi des banques, et trouver des partenaires. Pour que la ferme du Cambon devienne "un nouveau commun", il faudra en effet de nombreux bienfaiteurs.