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  • 2026-08-11 05:30:13 +0000 UTC

    Aug 11, 2026

    Ingérences dans la présidentielle française : l’inquiétante offensive de la Russie poutinienne

    Tir groupé sur les réseaux sociaux. En pleine trêve estivale, d’improbables publications – fausses unes de journaux, vidéos bidon… – postées par d’obscurs réseaux prorusses ont essayé de nous faire avaler que la journaliste Léa Salamé aurait tenté de rallier son confrère Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, à la candidature présidentielle de son compagnon Raphaël Glucksmann, qu’Edouard Philippe serait atteint d’une démence fronto-temporale et que Gabriel Attal aurait hérité de son père un empire de la drogue. Abracadabrantesque.

    De telles galéjades feraient sourire si elles ne s’inscrivaient pas dans une inquiétante offensive de la Russie poutinienne. Il s’agit de s’immiscer par tous les moyens dans la campagne présidentielle française, de déstabiliser l’opinion et de favoriser l’avènement d’un pouvoir bien disposé à l’égard de ses intérêts géostratégiques. Venant d’un ancien du KGB comme Vladimir Poutine, cette stratégie d’agit-prop ne surprend guère. En France dès 2017, les mails piratés des « Macron Leaks » ont été diffusés à l’instigation de Moscou à la veille du second tour opposant le candidat En Marche ! à Marine Le Pen. Et les européennes comme les législatives de 2024 ont vu proliférer les faux médias en ligne générés par des officines russes.

    A l’ère de l’intelligence artificielle, plus un scrutin n’est à l’abri des trucages. Les prétendants à l’Elysée récemment ciblés l’ont bien compris. En désignant la main de Moscou, Glucksmann, Philippe et Attal ont choisi de mettre en garde leurs concitoyens : les calomnies ne font que commencer. Partisans résolus de la cause ukrainienne, ils ont aussi voulu souligner une faiblesse de leur adversaire Marine Le Pen : ses liens passés avec Poutine qui l’a financée et reçue au Kremlin. Une idylle officiellement interrompue depuis le début de l’agression russe en Ukraine. Mais Le Pen s’est bien gardée de protester contre les récentes tentatives de déstabilisation de ses rivaux. De son côté, Jean-Luc Mélenchon, qui a par ailleurs été la cible de manipulations israéliennes, a appelé à « un front commun des candidats contre les ingérences déstabilisant la présidentielle ». Jusqu’alors complaisant à l’égard de l’agresseur russe par crainte d’une « guerre généralisée », l’insoumis a trouvé là une opportunité de se dédouaner.

    Il ne fait jamais bon appartenir au « parti de l’étranger ». En prenant un arrêté d’expulsion contre la propagandiste prorusse Xenia Fedorova, le gouvernement a mis sur la sellette l’homme d’affaires réactionnaire Vincent Bolloré, qui avait offert à son égérie poutinienne un premier rôle dans son écosystème médiatique. D’où un dilemme pour le Rassemblement national (RN) : comment se désolidariser de Fedorova sans déplaire au tout-puissant propriétaire de CNews, d’Europe 1 et du « JDD » ?

    Pour ne rien arranger, Marine Le Pen doit aussi se justifier de l’embarrassant soutien du multimilliardaire réactionnaire Elon Musk qui voit en elle « le dernier espoir de la France ». Une ingérence dénoncée par la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier qui réclame l’interdiction de X en période électorale. En avril 2025, sur son réseau social, Donald Trump lui-même avait déjà défendu la patronne du RN alors condamnée à une peine d’inéligibilité exécutoire dans l’affaire des attachés parlementaires européens.

    Redevenue éligible et lancée dans sa quatrième tentative présidentielle, Marine Le Pen apparaît donc à la fois comme le choix de Moscou… et celui de Washington. Deux puissances qui poursuivent chacune l’objectif d’affaiblir l’Union européenne. Si elle ne préconise plus la sortie de l’euro et le Frexit, la candidate souverainiste prétend en effet rétablir les frontières de la France, renégocier sa participation financière au budget de l’Union et torpiller tout effort de défense commune. Exit « l’Europe puissance », place à « l’Europe des nations » et ses divisions. Une décomposition qui ne déplairait pas non plus à Pékin. Où Xi Jinping verrait lui aussi bien des avantages à l’élection de Marine Le Pen. L’obsession anti-immigration du RN et le repli hexagonal qui en résulterait faciliteraient les menées des empires. Persécuter les faibles et se soumettre aux forts. Où serait le patriotisme ?

    Par  Sylvain Courage

    2026-08-11 05:30:13 +0000 UTC