INFOGRAPHIES. Ce n'était plus arrivé depuis 2023: la France est redevenue cette année la championne d'Europe de la dépense publique, devant la Finlande
INFOGRAPHIES. Ce n'était plus arrivé depuis 2023: la France est redevenue cette année la championne d'Europe de la dépense publique, devant la Finlande
Publié aujourd'hui à 06h59
Lire dans l'appSelon les dernières données d'Eurostat, la dépense publique de l'Hexagone représentait 57,3% de son PIB début 2026. Un niveau près de deux points supérieur au plus bas enregistré fin 2019.
Les multiples mises en garde finiront-elles par être entendues? En dépit des alertes à répétition de la Cour des comptes, du FMI, de la Commission européenne et des agences de notation, la situation budgétaire de la France ne s'améliore guère. Au point que Sébastien Lecornu lui-même s'est dit cette semaine "pas très optimiste" sur le respect de l'objectif de déficit public à 5% du PIB en 2026.
De plus en plus inquiets, nos voisins s'en émeuvent à leur tour. Récemment, c'est le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine qui, dans un article intitulé "La poudrière de la dette française", a appelé l'Hexagone à "réduire ses dépenses" alors que les rendements obligataires du pays à 10 ans "ont atteint leur plus haut niveau depuis 17 ans" en approchant la barre symbolique des 4%.
Il faut dire que les derniers chiffres n'ont pas vraiment de quoi rassurer les observateurs comme les investisseurs. Car la France est redevenue au premier trimestre 2026 championne d'Europe de la dépense, avec un niveau de dépense publique équivalent à 57,3% de son PIB, selon Eurostat. Une légère hausse de 0,2 point par rapport au trimestre précédent suffisante pour repasser pour la première fois depuis le 3e trimestre 2023 devant la Finlande qui, elle, a vu sa dépense publique diminuer (56,8% au 1er trimestre 2026, après 57,5%). La moyenne de l'UE se situe pour sa part à 49,8%.
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La dépense publique n'a jamais retrouvé son niveau d'avant-Covid
Après avoir atteint un plus bas à 55,1% début 2019, le ratio dépense publique/PIB de la France a bondi temporairement à 67,9% au cœur de la crise du Covid-19. Avant de redescendre à 56,4% fin 2023 sans toutefois retrouver son niveau de 2019 puisqu'elle est remontée à des seuils proches de ceux de 2017, au moment de l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir (57,4%).
Bref, aucune décrue réelle n'a été enclenchée. Au contraire, à 1.714 milliards d'euros, la dépense publique a progressé de 2,5% en 2025, après +4% en 2024. Soit une croissance supérieure à celle du PIB en valeur. Selon l'Insee, les prestations sociales en hausse de 23,6 milliards d'euros et qui représentent plus de 40% de la dépense publique ont contribué "à près de 60%" de son augmentation en 2025, "comme l'année précédente".
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De leur côté, les recettes publiques représentaient 52,1% du PIB début 2026, classant cette fois la France à la deuxième place européenne derrière la Finlande (53,5%). Depuis 2017, leur poids dans le PIB a baissé d'environ 2 points mais reste là encore largement supérieur à celui de la moyenne européenne (46,6%).
Troisième dette la plus élevée d'Europe
Des dépenses qui augmentent régulièrement plus vite que le PIB, contrairement aux recettes... Et c'est le déficit qui se creuse mécaniquement. À 5,1% de la richesse nationale début 2026, il était le quatrième plus élevé de l'Union européenne après la Bulgarie (-7,6%), la Hongrie (-6,6%) et la Pologne (-5,9%) et très loin de la moyenne de l'UE (3,1%).

L’Edito de Raphaël Legendre : Bricolage budgétaire, suite et fin - 17/07
3:15
Résultat, la France continue de s'endetter sur les marchés pour financer son train de vie. La dette publique tricolore représentait ainsi 117,6% du PIB début 2026. Seules l'Italie (138,9%) et la Grèce font pire (143,5%) sur ce critère, tandis que la moyenne de l'UE se situe à 82,9%.
Mais ce qui compte, c'est avant tout la trajectoire. Or pour l'Hexagone, elle semble de plus en plus incontrôlable. Alors que le ratio dette/PIB de la Grèce a chuté de 9,4 points sur un an et que celui de l'Italie a progressé de 1,7 point, la dette française a quant à elle bondi de 4 points, enregistrant ainsi la 4e plus forte augmentation de l'UE.
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125 milliards d'euros d'économies nécessaires
Et l'avenir ne semble pas plus radieux. Missionnés par le gouvernement, quatre économistes ont rendu mi-juillet un rapport dans lequel ils s'attendent à voir la dette publique grimper à 130% du PIB en 2030, si aucun effort n'est entrepris.
Pour les auteurs, la première raison de cette "dérive" tiendrait à la hausse de la charge d'intérêts, c'est-à-dire des dépenses consacrées au seul paiement des intérêts de la dette. Ce poste augmenterait en effet d'environ 10 milliards d'euros par an d'ici 2030. En raison du vieillissement de la population, les dépenses de retraite progresseraient par ailleurs de 47 milliards d'euros à ce même horizon et les dépenses de santé de 40 milliards d'euros.
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Si bien qu'au total, 125 milliards d'euros d'efforts budgétaires seraient nécessaires pour ne serait-ce que stabiliser les finances publiques en cinq ans. Pour y parvenir, tout le monde devra être mis à contribution car "l'ampleur de l'ajustement est telle que les efforts devront être partagés" et "il est illusoire de penser qu’une partie minoritaire de la population (les ultra-riches, les fonctionnaires, les retraités, les étrangers, etc.) puisse subir tout l’ajustement", préviennent les économistes. Ils estiment toutefois que la priorité sera de s'attaquer à la dépense publique avec comme première piste, la remise en cause de "l'indexation automatique des dépenses sur l'inflation".