L’incendie en Gironde, un « boxeur qui a mis un genou à terre »
A Saint-Jean-d’Illac, en Gironde
Des kilomètres de forêt brûlée. Des villages entiers déserts - après avoir été évacués. Et une fumée toujours persistante dans l’air. Ce lundi, la Gironde a des airs de champ de bataille.
« La baisse des températures et l’augmentation du taux d’humidité, dans la nuit et ce lundi, ont permis au feu de baisser en intensité », explique le commandant Matthieu Jomain, officier communication du Sdis (Service départemental d’incendie et de secours) de la Gironde. Mais si la situation est « stabilisée », le feu « n’est pas fixé, encore moins éteint », insiste-t-il, pesant chacun de ses mots avec prudence.
« Et on ne veut pas que les riverains évacués reviennent, prévient le capitaine Wilfried Schneider. Nous sommes en train de stabiliser la situation, mais si des gens reviennent chercher des affaires, ou veulent voir où en est le feu, cela va nous compliquer la tâche. »
Une énorme sirène retentit, le Dash est en approche
« La vigilance est de mise car la situation reste précaire » poursuit Matthieu Jomain. « Le feu est toujours là, et nous avons ici et là des éclosions sur des parcelles, qui font l’objet de traitement au sol et avec des moyens aériens ». Quatre avions Air Tractor et Dash sont engagés ce lundi pour lutter précisément contre ces points de reprise, « qui nécessitent une intervention massive et rapide pour éviter de donner à nouveau au feu des capacités de reprendre de la vigueur. Nous sommes face à un boxeur qui a un genou à terre, et nous devons faire en sorte qu’il mette le deuxième ».
L’officier nous emmène justement sur une reprise de feu que l’on vient de lui signaler à Saint-Jean-d’Illac, au sud-ouest de Bordeaux. Après le vol de reconnaissance au-dessus de l’incendie de l’hélicoptère de la Sécurité civile Dragon 33, une énorme sirène retentit, signe que le Dash est en approche. L’avion de lutte contre le feu et son réservoir de 10.000 litres d’eau - ou de produit retardant - effectue un premier passage, puis déverse tout son produit lors d’un second tour, avant d’aller recharger.
La précision des largages est accentuée grâce à « la particularité du massif forestier des Landes de Gascogne, un massif entretenu, avec des pistes forestières qui garantissent un quadrillage de la végétation et constituent des points de repère pour les pilotes ».
« Un enjeu économique »
« Le feu a repris en début d'après-midi au milieu de la forêt à Claouey », a aussi déclaré à l'AFP Matthieu Jomain. Des moyens aériens ont été déployés, dont deux hélicoptères Blackhawks tchécoslovaque, trois hélicoptères bombardiers d'eau et Air Tractor. Un avion A400M a effectué plusieurs largages de produit retardant sur le secteur.
Environ 42.000 hectares ont été parcourus à ce jour par le gigantesque incendie, mais « cela ne veut pas dire que 42.000 hectares ont brûlé » explique à 20 Minutes Matthieu Jomain. « Vous pouvez voir ici et là des parcelles de pins chauffées mais pas brûlées, ce sont celles que nous allons tenter de préserver. Car derrière l’enjeu environnemental, il y a un enjeu économique. Par la suite, nous effectuerons des relevés, avec la DFCI, l’ONF, pour déterminer la superficie réelle qui a brûlé ».
« Les températures vont repartir à la hausse »
Quelque 2.750 sapeurs-pompiers restent mobilisés ce lundi contre l’incendie, avec le renfort de nouveaux moyens européens, de même que 18 moyens aériens, 1.500 militaires et 1.440 forces de sécurité intérieure. « Il ne faut pas baisser la garde, d’autant plus que les températures vont repartir à la hausse et que l’hygrométrie va baisser. Les conditions peuvent donc permettre à ce boxeur de se relever ».
Les habitants évacués, eux, « devraient pouvoir regagner leur domicile dès lors que l’on considérera la situation comme stabilisée », ce qui n’est donc pas encore le cas. En revanche, et même si le feu était orienté vers la métropole ce lundi en début d’après-midi, « évacuer Bordeaux n’est pas à l’ordre du jour », tient à rassurer l’officier.