« Ils ont déraciné nos résidents et ils nous foutent à la rue ! » : ils ont défilé contre la fermeture de leur Ehpad
Salariés, habitants et élus se sont rassemblés devant l’Ehpad Marie-Blaise ce samedi matin, avant de défiler dans les rues de Signy-le-Petit. Afin que personne n’oublie leur situation, eux, qui perdront leur boulot d’ici fin novembre.
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Journaliste à Fumay
Publié: 27 septembre 2026 à 07h39Temps de lecture: 1 min
Le retrait, presque en catimini, des objets et idoles qui ornaient la chapelle de l’établissement constitue un signe de plus, pas tout à fait divin. Celui d’une fin qui se rapproche inexorablement et qui, depuis deux semaines, a une date inscrite sur le calendrier.
L’Ehpad de Signy-le-Petit ne survivra pas à 2026. « Treize salariés partiront le 31 octobre, le reste (une trentaine) le 30 novembre. La mission de l’administrateur s’achèvera le 16 décembre », a annoncé Ilona Giglio, représentante des salariés, à l’issue du rassemblement organisé samedi 26 septembre 2026, en matinée.

Une petite cinquantaine de personnes se sont réunies devant les grilles du majestueux bâtiment de briques, à 10h30. « Je suis un peu déçue du peu de monde qui s’est mobilisé, regrette Emmanuelle qui compte 32 ans d’activité à Marie-Blaise. Je suis un peu amère que le village ne se bouge pas. Pourtant, c’est leur avenir aussi. »
« Une hypocrisie, ça fait deux ans que c’est dans les tuyaux »
À Signy, l’Ehpad, situé à quelques pas de la place de l’Église, constitue un des poumons économique et social. Principal employeur de la commune, accueillant avant la mortifère annonce 53 résidents, l’Ehpad a vu sa mort décidée par l’Agence régionale de santé du Grand Est et le conseil départemental des Ardennes le 3 juillet. « Une hypocrisie, ça fait deux ans que c’est dans les tuyaux », balaye Emmanuelle, en défilant dans les rues du village. Un avis partagé dans les rangs des manifestants ce samedi matin. Un avis loin d’être démenti par les décideurs publics puisque « personne n’est venu nous voir ».

« Pourquoi tant d’énergie pour fermer et si peu pour essayer ! », lit-on sur l’un des nombreux messages vissés sur les grilles de l’établissement. La colère est là, l’émotion aussi, et chez certaines filles, quelques larmes ne peuvent être retenues. « On est écœurés. On est jetés comme… », lâche Marielle, incapable de finir sa phrase. « On veut se défendre pour nos indemnités. On n’est pas responsables de leurs erreurs », martèle une soignante dans la foule.

Voilà l’objet de leur rassemblement, celui de revendiquer leurs droits, d’avertir sur leur futur plus qu’incertain et de rappeler la détresse de leurs résidents, contraints de quitter leur lieu de vie. « Nicole et moi, on n’est pas bien du tout. On a quitté Marie-Blaise mais il sera toujours dans nos cœurs », dit Françoise dans un message audio diffusé après la marche. « On est abandonnées dans notre nouvel Ehpad. Ce n’est plus une famille comme à Signy. On nous a arrachés à nos racines », pleure aussi Nicole, ancienne pensionnaire.
Les résidents qui restent sont éteints. Ils ressentent notre souffrance
« Nos aînés méritaient une fin de vie sereine, pas des cartons ! » fait encore valoir un des messages accrochés. Oui, les cartons s’enchaînent et les résidents partent au fur et à mesure. La semaine prochaine, quatre autres partiront, déménagés par les salariés eux-mêmes. « Ce n’est pas notre boulot mais on préfère les emmener nous-mêmes plutôt qu’ils partent tout seuls dans un taxi », raconte Marie. « Et ceux qui restent sont éteints. Ils ressentent notre souffrance », ajoute Ilona Giglio.

Hélène et Michel se sont ajoutés au cortège. Le couple du village voisin de La Neuville-aux-Joûtes n’est pas directement concerné par ce qu’il se passe derrière les grilles mais voit en cette fermeture un mauvais signe pour le village. « Plus ça va, plus Signy se déserte. Bientôt, ce sera le collège… », prédisent-ils. « C’est un bâtiment qu’on connaît, un endroit où les gens avaient l’air de bien se sentir. On ne comprend pas pourquoi ça ferme », regrette Hélène. « C’est fait de façon obscure. C’est en tout cas un gros gâchis », souligne son époux.
Indécent
Stéphanie ne veut pas baisser les bras. Elle fait partie de ces salariées qui ne veulent pas abandonner Marie-Blaise. « Il est encore possible de refaire l’association et un conseil d’administration. Oui, la commission de sécurité a donné un avis défavorable mais il y a le rez-de-chaussée, l’aile des kinés et le premier étage qui peuvent encore être remplis. Ça fait quand même une vingtaine de chambres », pointe la soignante.

Est-ce cette solution qui est évoquée quand des visites sont organisées dans l’établissement ? Pas sûr. « Il y a des gens qui viennent pour savoir ce qu’on va faire des murs alors que les résidents sont encore là. C’est complètement indécent, s’offusque la représentante du personnel. On ne sait même pas qui sont ces gens. On nous dit que ce n’est pas l’ARS ni le conseil départemental… »
« Mais oui, on est des pions ! » enrage une femme. « Ils ont déjà déraciné nos résidents et nous, en quelque sorte, ils nous foutent aussi à la rue ! »

La rue, ils comptent encore l’occuper dans les prochaines semaines en organisant un nouveau rassemblement. Pour faire entendre parler d’eux de leur situation, de leurs souffrances. « Les chiffres ne racontent pas les collègues qui pleurent, celles qui sont sous traitements anxiolytiques, dénonce Ilona Giglio. Pendant le Covid, on applaudissait les soignants. Aujourd’hui, on ne demande pas qu’on nous applaudisse mais plutôt qu’on se souvienne de ce que ces applaudissements voulaient dire. »
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