Ils étaient 2 500 à Arles : le serment du peuple de Camargue de lutter contre "la balafre" de la ligne à très haute tension

Le collectif THT 13/30 organisait, ce samedi soir à Arles, un rendez-vous "démocratique et citoyen" pour réclamer une solution alternative au projet de ligne à très haute tension porté par RTE. Un appel solennel aussi signé par une centaine d’élus.

Une démonstration de force. À l’appel du collectif THT 13/30, plus de 2 500 personnes venues de toute la Camargue se sont réunies dans le théâtre antique d’Arles, ce samedi, pour interpeller le plus haut sommet de l’État et redire, d’une même voix, leur opposition au projet de ligne aérienne à très haute tension qui doit "balafrer" le territoire, entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer. "C’est un moment grave mais plein d’espoir", ont dit en introduction les deux porte-parole Jean-Luc Moya et Jean-Laurent Lucchesi, face à une assemblée hétéroclite, composée d’agriculteurs, d’écologistes, de professionnels du tourisme, d’acteurs du monde culturels, de simples citoyens et, surtout, d’une centaine d’élus de tous bords, assis côte à côte sur les pierres millénaires.

En fin de rassemblement, six d’entre eux, maires des principales communes concernées par le tracé de la future ligne, dont Patrick de Carolis (Arles) et Nelson Chaudon (Beaucaire), se sont d’ailleurs levés dans un même élan pour lire et signer un serment en faveur d’une solution alternative à la ligne aérienne, texte qui sera maintenant envoyé au Président Macron. "Nous appelons l’État à ouvrir un dialogue territorial exigeant, constructif et durable avec l’ensemble des acteurs concernés, afin de rechercher les solutions permettant de concilier décarbonation, réindustrialisation, souveraineté énergétique, développement économique, agriculture, préservation de l’environnement et protection des patrimoines de nos territoires", ont-ils notamment gravé dans le marbre.

Après l’avoir lu, les élus ont signé le serment appelant à étudier une alternative à la ligne aérienne, texte qui sera envoyé à Emmanuel Macron.
Après l’avoir lu, les élus ont signé le serment appelant à étudier une alternative à la ligne aérienne, texte qui sera envoyé à Emmanuel Macron. L.T.

Le paradoxe de l’État

Auparavant, plusieurs discours ont illustré les éventuels impacts du projet. "Ils sont d’abord paysagers, avec ces 180 pylônes (145 selon RTE, NDLR) de 60 à 80 mètres de haut, qui vont traverser des zones naturelles. Ils sont aussi agricoles, menaçant la perte des sept labels ou AOC du territoire, économiques, environnementaux…", ont résumé les porte-parole.

Jean Jalbert, directeur général de la Tour du Valat, a lui soulevé un paradoxe : "En 1972, Georges Pompidou reçoit des mains de Luc Hoffmann une donation de la WWF afin de contribuer à l’acquisition par l’État de 13 000 ha de la réserve naturelle de Camargue. Le Président de la République déclare alors que grâce à cela la Camargue serait tenue à l’écart des dangers que pourraient lui faire encourir les futures installations industrielles du complexe de Fos. L’engagement était clairement posé et, depuis, le territoire entre Alpilles, Crau et Camargue est devenu le triangle d’or de la biodiversité qui connaît la concentration la plus élevée de France en outils de protection. L’État aurait-il perdu la mémoire ?", a-t-il demandé sous les applaudissements.

Mauvaises stratégies ?

Michel Peronnet, qui a fait toute sa carrière dans l’industrie, et notamment sur le port de Marseille, a lui fait la démonstration technique de l’erreur de stratégie de l’État et de son maître d’ouvrage. "Ce projet renforce le recours au seul poste de Tavel, à partir duquel RTE a déjà trois lignes THT aériennes 400 kV. Les industriels de Fos et 12 % de la population française dépendront alors d’un seul poste électrique 400 kV", a-t-il décrit. Autrement dit, une panne sur ce réseau, et le risque sera toujours plus important avec le changement climatique, pourrait avoir de lourdes conséquences. C’est lui qui a travaillé pour le collectif à différentes solutions alternatives, dont l’enfouissement de la ligne, "avec des solutions maîtrisées par RTE".

Patrick de Carolis a même laissé entendre que le premier gagnant d’un revirement serait… RTE."Car les recours que nous mènerons contre le projet actuel le retarderont de plusieurs années, ce qui pourrait pousser les industriels, qui ont besoin de certitude, à s’implanter ailleurs. Nous aurions alors, les pylônes et les câbles, mais plus les industries. Or, ce n’est pas qu’une ligne sur une carte, ce sont des paysages qu’on défigure, qu’on balafre", a lancé le maire d’Arles.

Des agriculteurs menottés symboliquement. Ils seront lundi au tribunal, assignés par RTE.
Des agriculteurs menottés symboliquement. Ils seront lundi au tribunal, assignés par RTE. L.T.

Agriculteurs menottés

La stratégie actuelle de l’État d’imposer sa ligne THT sans l’aval des acteurs du territoire a aussi été illustrée par l’arrivée, sur scène, de trois agriculteurs, menottés, afin de symboliser leur passage au tribunal, lundi avec quatre autres collègues, pour avoir refusé aux agents de RTE l’accès à leurs propriétés. "Cette persécution dure depuis de longs mois mais ça n’a pas encore vraiment commencé. Ce chantier, des pylônes… Le monstre n’a pas encore totalement envahi nos vies, même si elles sont déjà fragilisées. Si l’État et RTE s’entêtent, nous finirons morts ou en prison, nous n’aurons plus rien à perdre", a exprimé, émue, l’agricultrice Carole Guintoli au nom des siens. Et ça, malgré le lieu, ce n’était pas du théâtre, les élus ont en aussi fait le serment.