Ils devaient être généralisés dans toutes les écoles: que sont devenus les référents en santé mentale, lancés à la rentrée 2025?
Publié aujourd'hui à 08h08
Lire dans l'appBFMCéline Hussonnois-Alaya

Une école élémentaire à Labouheyre, dans les Landes, en octobre 2021 (photo d'illustration) - Philippe Lopez-AFP
Les référents en santé mentale devaient être mis en place dans toutes les écoles, collèges et lycée à la rentrée 2025. Un an après, ce n'est toujours pas le cas.
"C'est l'un des dossiers qui n'avance pas", constate auprès de BFM Olivier Beaufrère, proviseur et secrétaire national éducation et pédagogie du Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale (SNPDEN-Unsa). Il y a tout juste un an devaient être mis en place des référents en santé mentale dans tous les établissements scolaires, de l'école primaire au lycée.
Concrètement, il s'agissait de deux personnes "identifiées et formées" dans chaque circonscription (qui comprend plusieurs écoles du premier degré), collège et lycée, comme le précisait la circulaire de rentrée - à l'époque, c'était Élisabeth Borne la ministre de l'Éducation nationale. "La mobilisation de l'ensemble de la communauté scolaire sur la question de la santé mentale doit être amplifiée", écrivait-elle.
En 2026, la santé mentale a été reconduite comme grande cause nationale et au mois de juin dernier, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a promis "un coupe-file" et des rendez-vous sous 48 heures avec un psychiatre ou un psychologue aux élèves "repérés" par l'Éducation nationale.

Santé mentale: près d’un ado sur deux en difficulté, comment les aider à en parler?
31:23
Mais un an après le lancement des référents en santé mentale, force est de constater que le bilan est pour le moins mitigé. "L'annonce n'a pas été suivie d'une mise en place concrète", observe Aurélie Gagnier, porte-parole et co-secrétaire générale du FSU-Snuipp, le premier syndicat des enseignants du premier degré. "Et dans les écoles, on n'a pas du tout avancé sur le sujet."
À tel point que certains ignorent même s'ils en disposent. "Je ne sais pas si on a un référent sur la circonscription, peut-être", s'interroge pour BFM David Hermet, directeur d'une école élémentaire dans le Tarn-et-Garonne et membre du bureau et du conseil syndical du FSU-Snuipp 82. "On n'en a peut-être pas en fait. J'ai cru savoir que c'était dans les tuyaux mais je n'ai pas vu l'exécution du projet."
"Dans tous les cas, je n'en ai pas entendu parler."
Quatre enseignants formés en deux ans
Tous sont pourtant conscients de l'importance du sujet. "Mais on n'a pas toujours les moyens, le personnel et les formations pour le mettre en place", remarque le proviseur Olivier Beaufrère. Sur ce point, Marie Tamboura, principale à Montreuil (Seine-Saint-Denis) et membre de l'exécutif national du SNPDEN-Unsa concède que des formations de deux demi-journées ont bien été proposées à deux personnes de son établissement.
"Sur mes cinquante enseignants, quatre ont été formés en deux ans", dénombre-t-elle.
"Ce n'est pas suffisant si on se dit qu'un sujet comme la santé mentale est un enjeu national. Il faudrait que l'ensemble des personnels soit formé et que ce soit même inclus dans la formation initiale."
Mais son collège ne dispose toujours pas de référent en santé mentale. "Même si j'ai un pôle médico-social." Soit une assistante sociale, une infirmière et une psychologue. Elle ne compte en revanche pas de médecin scolaire - son département en est totalement dépourvu.
Marie Tamboura fait cependant partie des chanceuses: l'Éducation nationale est en effet un désert médical. On ne compte qu'un médecin, infirmier ou assistante sociale (désignés comme personnel médico-social) pour 1.000 élèves, selon l'édition 2026 de la Géographie de l'école. Pas mieux pour les psychologues: seulement 0,7 pour 1.000 élèves dans le premier degré, un pour 1.000 élèves dans le second.
"Il faut une vraie politique"
À défaut, cette principale de collège propose des temps de sensibilisation à ses élèves. Soit une intervention par an et par niveau animée par des partenaires extérieurs qui interviennent grâce aux subventions du conseil départemental. "Mais on a aussi les Evars (l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité, soit trois séances par an obligatoires depuis la rentrée 2025, NDLR)", pointe Marie Tamboura.
"On ne peut pas se faire succéder les interventions au risque de détricoter les cours."
Autre problème: développer un réel dispositif et un réel programme de prévention au-delà de la nomination d'une personne. "Certains établissements ont sans doute trouvé un référent en santé mentale. Un nom a été remonté, mais sans aucun dispositif derrière", note BFM Laurent Kaufmann, principal et secrétaire fédéral CFDT éducation.
"S'il s'agit simplement de remonter un nom pour dire qu'on a un référent, ce n'est pas satisfaisant et ce n'est pas l'objectif qui a été fixé au départ. Il faut une vraie politique, un vrai pilotage et surtout des moyens et des ressources humaines."
"Aucune enveloppe spécifique"
C'est bien là le nœud du problème. "Aucune enveloppe spécifique n'a été allouée pour rémunérer ces missions spécifiques qui représentent une charge de travail conséquente", déplore la principale Marie Tamboura. "Il devient difficile de demander aux personnels d'accepter une charge aussi lourde sans pouvoir proposer d'indemnité. Sans compter qu'on ne peut pas cumuler plusieurs casquettes de référent."
"Les référents s'empilent", abonde Laurent Kaufmann, principal et secrétaire fédéral CFDT éducation, qui compte plus d'une dizaine de référents par établissement. Référent Parcoursup, référent orientation, référent inclusion ou référent harcèlement.
"Tout s'empile sans prendre en compte la réalité des établissements."

Et cette réalité, c'est notamment la baisse des moyens. Laurent Kalfon cite l'Indemnité pour mission particulière (IMP) et les Heures supplémentaires effectives (HSE), deux indemnités versées en complément s'ils effectuaient des missions en plus de leurs cours, ou au-delà de leur service obligatoire sur la base du volontariat. "Mais tout cela se réduit".
Quant aux pactes - un dispositif créé à la rentrée 2023 - c'est le flou. "À l'heure actuelle, les collègues n'ont pas reçu leur dotation pacte (l'enveloppe financière allouée aux établissements scolaires pour rémunérer les missions complémentaires, NDLR). Dans de nombreuses académies, les collègues ont fait leur rentrée sans savoir ce qu'ils auraient."
Il cite le cas de chefs d'établissement qui ne pourront pas financer le dispositif "devoirs faits" (un dispositif proposé aux collégiens en dehors des heures de classe, dans leur établissement, uniquement obligatoire en 6e). "On a fait de la santé mentale une priorité. Mais celle-ci, comme les autres, ne sont plus financées."
Sur le même sujet
Contacté par BFM, le ministère de l'Éducation nationale n'a pas répondu à nos sollicitations.
Sujets liés :