Il y a 75 000 ans, un Néandertalien commettait un meurtre armé d'une lance en bois aiguisée : son mobile intrigue les anthropologues

Un Néandertalien est mort il y a 75 000 ans, une lance en bois plantée dans le thorax. Le trou laissé dans son omoplate pourrait être la trace du plus ancien meurtre de la préhistoire.

Alex M.

Rédacteur scientifique

Publié le 23/10/26 à 22:31

  • Emma Pomeroy et Graeme Barker ont découvert une omoplate percée d'un Néandertalien dans une grotte du Kurdistan irakien, datée de 75 000 ans.
  • L'analyse indique que la blessure a été causée par une lance en bois, mais il reste incertain si c'était un accident ou une agression.
  • Les recherches en taphonomie continuent pour éclaircir les circonstances de cette blessure préhistorique intrigante.

Ce résumé généré par IA a été validé par les journalistes de la rédaction.

Les archéologues Emma Pomeroy et Graeme Barker, de l’université de Cambridge, ont décrit le 15 octobre 2026 dans la revue Scientific Reports l’omoplate percée d’un Néandertalien mort il y a 75 000 ans dans une grotte du Kurdistan irakien. A cette période, les traces de violence restent rarissimes, car les armes de l’époque, taillées dans du bois, ont presque toutes pourri. Le trou laissé dans l’os oriente pourtant vers une lance en bois, sans trancher entre agression et accident.

Un trou presque parfaitement rond trahit l’usage d’une lance en bois

Le trou mesure environ 15 millimètres et perce le bas de l’omoplate gauche. Trois fissures au moins rayonnent depuis ses bords. Aucune trace de cicatrisation n’entoure la lésion, ce qui place le coup au moment de la mort. Les dépôts minéraux du pourtour sont, en revanche, identiques à ceux du reste de l’os.

Pour identifier l’arme, l’équipe a comparé cette ouverture à des blessures reproduites en laboratoire sur des os d’animaux. Une

pointe de pierre taillée laisse, en effet, une marque ovale ou en losange. Un épieu de bois à section ronde produit au contraire un trou circulaire. Au micro-scanner, quatre éclats d’os au moins dormaient sous l’omoplate, et l’un d’eux se remboîte exactement dans la perforation.

Le coup aurait traversé le thorax de part en part

Ces éclats pointent vers le dos. L’arme serait donc entrée par l’avant, sur le flanc gauche, alors que l’individu faisait face. Le biseau de la face dorsale confirme, en outre, ce sens de passage. La lance aurait percé le poumon, et la mort serait survenue en quelques minutes.

Sur les sites de chasse préhistoriques, ce type de perforation revient souvent sur les omoplates de gibier. Les spécialistes y voient un tir au coeur, destiné à abattre la bête sans poursuite. La préhistorienne de Cambridge y retrouve dès lors le même geste, dirigé cette fois contre un semblable.

Rien ne permet pourtant d’affirmer qu’il s’agit d’un meurtre. Un accident de chasse reste cependant plausible, car les Néandertaliens affrontaient le gros gibier à bout portant. Aucune arme n’accompagnait par ailleurs le squelette. Le bois demeure une déduction tirée de la seule forme du trou. Des essais de taphonomie, la science des traces laissées sur les os, se poursuivent sur les restes de Shanidar A.

Son groupe avait soigné le blessé pendant de longs mois

Ces restes comptent sept dents, dont une incisive fendue en deux dans la longueur. L’individu, âgé d’environ 45 ans, a donc survécu à un violent coup au visage. La moitié de dent restée en place s’est couverte de tartre, signe d’un long maintien en bouche après le choc.

Une telle épreuve supposait l’aide des autres, pour la nourriture comme pour la protection. Le sol de la grotte montre d’ailleurs que les plantes y trempaient avant cuisson. Les fouilleurs ont enfin dégagé l’omoplate sous près de huit mètres de roche, dans un creux où le groupe avait couché quatre autres corps.