« Il n’y a pas eu cinq épisodes de canicule ici, mais trois mois ! » : à Menton, près de 150 personnes ont marché pour le climat (et le vivant)
Mises en pause pendant quelques années, les marches citoyennes pour le climat ont repris partout en France le 26 septembre 2026. Légitimées, il faut le dire, par un été record en termes de chaleur et d’incendies dévastateurs.
À Menton, environ 150 personnes se sont ainsi réunies sur le parvis de la gare, ce samedi matin, conscientes d’une même réalité crue : l’été prochain sera plus chaud que celui dont on sort à peine. Soucieuses, également, de défendre plus largement le vivant, la paix et la justice sociale.
Avant de lancer le mouvement, Laurent Lanquar-Castiel – coordinateur de ces marches dans les Alpes-Maritimes – rappelle un fait : « Il n’y a pas eu cinq épisodes de canicule ici, mais trois mois ! » Glaçant quand on sait que le bilan provisoire faisait déjà état, au mois d’août, de 7.300 morts en France liées aux trop fortes chaleurs.
Parmi les victimes, un exemple local. Un soutien de la première heure des marches mentonnaises qui n’a pas survécu à la fournaise.
Aussi le mot d’ordre de la mobilisation est-il évoqué en toutes lettres sur la banderole ouvrant le convoi : « On veut vivre ».
Direction : la mairie, en passant par les jardins Biovès et le bord de mer. Membres de partis de gauche et d’associations de défense de l’environnement et des droits humains, familles et simples citoyens marchent au milieu des voitures – encadrés par la police – pour faire entendre leur voix… non représentée au sein du conseil municipal.
Devant les regards souvent médusés des passants, parfois hargneux, le petit convoi enchaîne les slogans. « Il faut agir maintenant, et pas dans 50 ans. » « On est plus chauds, plus chauds que le climat. » « Et un, et deux, et trois degrés ; c’est un crime contre l’humanité. » « Assez de détruire la planète pour faire des pépètes. »
Quelques pancartes aux couleurs enfantines viennent compléter le message : « Aux arbres citoyens ». « Viens on sème ». « La planète est jolie, laissez-la tranquille ».
Trois plans réclamés
Jean François Ottonello / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP
Devant la mairie aux portes closes, les participants lisent la lettre ouverte adressée au président de la République.
« Le 31 décembre 2022, vous demandiez dans vos vœux : “qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires ?” […] Qui aurait pu prédire que ceux qui mourraient d’abord seraient les habitants des quartiers populaires, les familles précaires, les personnes âgées ou en situation de handicap restées seules, ceux qui travaillent dehors et ceux qui dorment dans la rue ? Qui aurait pu prédire que les paysans perdraient entre 15 % et un tiers de leurs récoltes ? Que des millions d’animaux d’élevage mourraient de chaud en quelques jours ? Qui aurait pu prédire que les coupes dans les services publics laisseraient les enfants dans des écoles surchauffées, les pompiers sans moyens et les hôpitaux à découvert au moment précis où nous en avions le plus besoin ? »
Tout était pourtant écrit, clament les « marcheurs ». Tout avait déjà été prédit par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dès les années 1990.
« Nous nous sommes mobilisés à maintes reprises, mais vous ne nous avez pas écoutés. Vous avez dit que nous exagérions, puis que nous étions des radicaux, puis des écoterroristes… »
Au regard de l’actualité, ceux qui ont répondu à l’appel du 26 septembre réclament trois plans. Un plan d’urgence : des lieux frais accessibles, en commençant par les quartiers populaires et les communes rurales. La protection des travailleurs face à la chaleur. Un toit pour chacun. Des moyens réels pour les secours. Un fonds pour les paysans sinistrés, et le sauvetage de la faune inscrit dans les plans de catastrophe.
Un plan d’adaptation : la rénovation des logements et passoires thermiques. Des forêts protégées, des sols restaurés, des haies replantées, des rivières et des nappes « traitées comme des communs et non comme des stocks à privatiser ».
Un plan d’atténuation, enfin : l’interdiction pour toute entreprise française d’ouvrir de nouveaux projets fossiles. Des transports publics accessibles partout.
« À Menton, on nous fait vivre dans une carte postale »
Porte-parole du Front populaire mentonnais – un tout nouveau collectif de gauche – Louise exprime l’urgence d’agir.
« Les 1 % des plus riches polluent plus que cinq milliards d’êtres humains. Et ils se pavanent en yacht au large de nos côtes. À Menton, on nous fait vivre dans une carte postale. On voit plus de citrons de Menton en savonnette que sur les étals des supermarchés ! Les bateaux de croisière font escale mais n’apportent rien à la richesse de la ville ; le surtourisme vide la ville de sa vie », liste-t-elle. Poussant à rêver mieux que d’être un faubourg de Monaco.
Aux yeux de l’Aspona, les précédentes marches pour le climat n’ont pas été inopérantes. Et pour cause : la Loi Climat et Résilience en a découlé, avec son concept de Zéro artificialisation nette – « qui a marqué un coup de frein au grignotage des zones naturelles et agricoles dans des plans locaux d’urbanisme à Beausoleil, Menton et Gorbio, et l’obligation de respecter la Trame verte et bleue (bande inconstructible le long des cours d’eau, préservation des barmes) ».
L’association appelle malgré tout de ses vœux d’autres actions à échelle locale : lutter contre les îlots de chaleur en ville, désimperméabiliser et arborer les cours d’école. Lancer des opérations massives d’isolation des bâtiments publics – « mais aussi des immeubles-biscottes de logements des années 1960-70 particulièrement nombreux à Beausoleil, Carnolès et Menton ».
Économiser l’eau potable, également, établir des plans de mobilité pour favoriser les modes de transport propres, se préparer collectivement à faire face à des situations de crise…
Au terme du rassemblement, Laurent Lanquar-Castiel annonce qu’il ira rencontrer le préfet de Région sous peu pour porter les revendications de Menton et des Alpes-Maritimes. « Quoi qu’il arrive on sera là demain, après-demain, dans dix ans… Il faut continuer à se mobiliser pour changer le système. »