Conflit: L'Europe doit-elle durcir sa réponse face à la Russie?

Publié2. septembre 2026, 19:59

Conflit«Il faut terroriser» la Russie: l'Europe est-elle trop gentille?

Face aux attaques russes de plus en plus dangereuses, les différentes ripostes européennes ne semblent jusqu’ici pas dissuader Moscou. Que faut-il faire?

Agence France-Presse

Jusqu’à présent, les services russes «ont été agiles dans la conduite de ces attaques et se sont adaptés aux réactions européennes».

Jusqu’à présent, les services russes «ont été agiles dans la conduite de ces attaques et se sont adaptés aux réactions européennes».AFP

L’Europe dénonce des attaques hybrides russes de plus en plus nombreuses et dangereuses, mais ses différentes ripostes, mêlant sanctions et mesures diplomatiques, ne semblent jusqu’ici pas dissuader Moscou. Mardi, l’Allemagne a accusé la Russie d’être derrière une tentative d’attentat avec des drones chargés d'explosifs à l’aéroport de Leipzig, où transite de l’aide européenne pour soutenir l’Ukraine contre l’armée de Moscou. C’est le dernier épisode en date d’opérations sous le seuil de la guerre ouverte que les capitales européennes attribuent à Moscou. Berlin a en conséquence fermé un consulat, un centre culturel et demandé plus de sanctions économiques, appuyé par les autres capitales.

«La France est pleinement solidaire de l’Allemagne», a réagi sur le réseau X le président français, Emmanuel Macron, dont le gouvernement a convoqué le chargé d’affaires russe à Paris. «Le gouvernement allemand a pris des mesures fermes. Et le message est clair: les attaques hybrides ne resteront pas sans réponse», a quant à elle affirmé la cheffe de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Mais dénoncer publiquement, expulser des diplomates, fermer des consulats, adopter des sanctions, saisir des pétroliers de la flotte fantôme russe… les Européens le font déjà, sans que diminuent pour autant les attaques attribuées à la Russie, qui récuse systématiquement son implication.

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Difficile contre-attaque

Jusqu’à présent, les services russes «ont été agiles dans la conduite de ces attaques et se sont adaptés aux réactions européennes (…) et ils mènent désormais des opérations plus agressives», relevait en août un rapport du Congrès américain. Tout ce qui a été fait jusqu’ici par les Européens «ne peut constituer qu’une partie de la réponse», estime pour l’AFP un spécialiste des services russes, Andrei Soldatov, basé à Londres. «Ce qu’il faut, c’est un effort soutenu et systématique pour améliorer le partage de renseignements entre les agences européennes, conjugué à un travail de renseignement minutieux. Tout cela sera très complexe et très coûteux», selon lui.

Quant aux sanctions, elles pèsent certes sur l’économie russe, les finances publiques, la vie quotidienne, les approvisionnements militaires en Ukraine, et peuvent potentiellement contraindre Moscou sur le long terme. Mais leur pouvoir dissuasif est limité. D’autant que certains secteurs y échappent pour l’instant, se désolent les partisans d’un durcissement européen, notamment dans le secteur du gaz où l’Europe est particulièrement dépendante.

«Les attaques hybrides ne resteront pas sans réponse», a affirmé la cheffe de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

«Les attaques hybrides ne resteront pas sans réponse», a affirmé la cheffe de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.Virginia Mayo/AP/dpa

«Mettre fin immédiatement à tout commerce avec la Russie»

«Si l’on veut s’imposer dans cette guerre hybride, il faut accepter de vouloir terroriser le Kremlin, comme lui-même cherche à nous terroriser. Les autorités russes craignent que l’étau économique se resserre autour d’elles. Notre politique de sanctions devrait donc mettre fin immédiatement à tout commerce avec la Russie», estimait en août l’historien français Antoine Arjakovsky, dans une tribune publiée par le journal «Le Monde».

«Or, selon Eurostat, au cours des cinq premiers mois de l’année, les pays de l’UE lui ont versé 10 milliards d’euros, en continuant à importer du pétrole, du gaz, de l’acier et de l’aluminium. Après 21 paquets de sanctions, certaines sociétés comme Rusal (aluminium) ou Rosatom (uranium) ne sont toujours pas interdites en Europe», selon lui. «Les attaques russes vont augmenter en fréquence et en ambition jusqu’à ce que l’Europe contre-attaque avec la seule chose que la Russie comprenne: la force», souligne pour sa part l’opposant russe Garry Kasparov.

Gestion de l’escalade

Mais les Européens, qui ont vécu des décennies dans une parenthèse pacifique, protégés militairement par les États-Unis, «sont considérés comme vulnérables et réticents à la confrontation», malgré le retour de la guerre aux portes de l’Europe depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, estime l’analyste Rym Momtaz du centre de réflexion Carnegie. Quels autres moyens peuvent déployer des démocraties occidentales respectueuses de l'État de droit face à ces attaques, souvent menées par des supplétifs de nationalité tierce, parfois recrutés dans les réseaux criminels pour maquiller les traces?

«On se pose ces questions», admet une source sécuritaire d’un pays européen, «mais c’est tout le problème de l’hybridité: la réponse est complexe». «Les principales ripostes consisteront probablement en des actions européennes secrètes», anticipe Alexander Gabuev, directeur du centre Russie du Carnegie, «sur lesquelles les responsables s’exprimeront peu publiquement et dont ils n’assumeront aucune responsabilité. De telles actions enverraient un message à Moscou: l’Occident a aussi des moyens d’action et peut frapper la Russie, et pas seulement en soutenant l’Ukraine.

Le problème viendra alors de «l’absence d’un langage commun pour discuter de l’escalade», selon lui. Dans cette zone grise sans cadre de dialogue augmentera alors «le risque d’événements faisant de nombreuses victimes».

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(les/nc)

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