"Il aurait dû me laisser mon fils" : quand les hommes tuent leurs enfants pour s'en prendre à leur ex-compagne

Tuer les enfants pour atteindre leur mère, on parle de "meurtre vicariant". Ces violences conjugales par procuration représentent 15% des infanticides en 2024, selon le collectif Enfantiste. Avocats et associations réclament un sursaut, et l'inscription de cette notion dans la loi.

Par Robin Schmidt Publié le lundi 7 septembre 2026 à 07:16

Dans une petite maison blanche en banlieue de Rouen (Normandie), le visage d'Enguerrand et ses yeux malicieux tapissent les murs du salon. Le garçon a été assassiné par son père à huit ans, en 2019. "C'est une photo de famille, ce jour-là il n'arrêtait pas d'embêter sa cousine", glisse sa mère, Jennifer Fouque, en prenant l'un des cadres dans ses mains. Le drame est survenu sur fond de conflit de séparation au sein du couple de parents.

"Je ne le pardonnerai jamais"

En 2015, Jennifer Fouque décide de quitter le père d'Enguerrand. S'ensuivent quatre années de bataille pour la garde de l'enfant, jusqu'au 24 juin 2019, où on l'informe que son fils a été assassiné par son père. "J'étais sur mon lieu de travail, tout m'a semblé vide. Je me suis dit que je ne le pardonnerai jamais à son père. Il aurait dû me laisser mon fils. Il est mort de deux couteaux dans le coeur, à quelques jours de ses neuf ans", s'émeut la maman. Son ex-conjoint s'est donné la mort, après avoir tué le petit-garçon.

La grand-mère d'Enguerrand, Margarette, est assise à côté de sa fille dans leur cuisine. Elle est persuadée que son beau-fils voulait se venger de sa fille. "Ce n'est pas autre chose. Il ne pensait pas qu'elle le quitterait, il croyait qu'elle allait revenir. Elle lui a dit qu'il pouvait prendre la maison, tout ce qu'il voulait : elle ne tenait qu'à son fils. Alors il lui a pris son fils. Ce n'est pas pensable", soupire-t-elle.

L'enfant "comme moyen indirect pour porter atteinte à la mère"

"L'enfant est à la fois la victime directe des violences, mais aussi le moyen indirect de pouvoir porter atteinte à la mère", complète l'avocate Pauline Rongier, qui a défendu plusieurs victimes dans le cas de Jennifer Fouque. Ce que l'avocate appelle les "violences vicariantes", autrement dit des violences sur l'enfant pour atteindre psychologiquement la mère, n'existent pas encore dans le code pénal français.

"La justice l'analyse encore aujourd'hui comme des conflits de garde. On a l'image encore ancrée de la mère qui veut exclure le père de la relation. Les magistrats et les policiers passent à côté, et ils se posent en complices des violences effectuées ensuite par le père", poursuit l'avocate parisienne, qui demande à ce que cette notion soit inscrite dans la loi.

15% des infanticides selon le collectif Enfantiste

Dans le sillon de l'affaire Lyhanna, les associations de protection de l'enfance réclament des mesures très précises pour prévenir ces infanticides. Claire Bourdille, fondatrice du collectif Enfantiste souhaite notamment que l'enfant soit éloigné du père dès que sa mère dépose plainte pour violences. "Ce qui est demandé, c'est que les magistrats saisissent le juge aux affaires familiales pour mettre en place une ordonnance de sûreté pour les enfants. Il n'y aurait donc plus de risque de droit de visite du père." Selon un décompte des articles de presse réalisé par le collectif, ces crimes représentent 15% des infanticides en 2024.

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Le collectif demande aussi une augmentation des moyens de la justice, débordée par les affaires de violences intrafamiliales. "La justice ne s'est pas adaptée à l'augmentation de ces dossiers. Si la justice n'a pas la capacité d'agir, elle donne du pouvoir à l'agresseur. S'il se sent tout-puissant, il va mettre fin à la vie de ses enfants", assure-t-elle. En France, environ 22 000 enfants vivent dans un foyer concerné par les violences conjugales en 2024, selon l'Observatoire national de la protection de l'enfanceOuverture dans un nouvel onglet. C'est autant d'enfants menacés, selon le collectif Enfantiste.