“I Want Your Sex”, que vaut le thriller érotique de Gregg Araki ? | Les Inrocks
La plasticienne Erika Tracy embauche le jeune Elliot comme assistant pour en faire sa muse sexuelle, et tout ne se passe pas comme prévu. Comédie érotico-mélancolique, le nouveau film de Gregg Araki s’intéresse à la jeunesse, mais pas tout à fait comme dans ses précédents films…
Si on avait demandé à une intelligence artificielle de générer un titre pour le prochain film de Gregg Araki, il y a fort à parier qu’elle aurait été capable de pondre ce I Want Your Sex, tant cette proclamation, qu’il partage avec George Michael certes, est du Araki pur jus. Façon peut-être pour l’auteur de 66 ans de surligner un retour en forme inespéré, après douze années d’absence et le sous-évalué White Bird. Si Gregg Araki semble ici d’emblée vouloir nous rassurer sur le fait qu’il est le même Gregg Araki adoré de Mysterious Skin et de Totally Fucked Up, c’est peut-être parce l’impermanence de la jeunesse, chair à canon et à combustion de son cinéma nihiliste, le préoccupe en revanche.
Autrement dit, si Gregg Araki est toujours Gregg Araki, prophète de la jeunesse nihiliste et émoustillée, il fait le constat que celle qu’il a représenté dans tous ses films a déserté le temple. C’est sur cette absence qu’il enquête dans I Want Your Sex.
Le film suit Elliot (Cooper Hoffman, découvert dans Licorice Pizza de PTA et parfait dans son rôle de faux ingénu), jeune assistant engagé par l’artiste plasticienne Erika Tracy (Olivia Wilde, en sex goddess glaciale et vorace), qui fait bientôt de lui sa muse sexuelle. On songe évidemment aux muses sacrificielles déjà vues chez Araki : James Duval dans The Doom Generation, les adolescent·es de Nowhere, ces corps jetés en offrande à un monde qui les broie. Sauf qu’ici, la fresque hallucinée cède la place à un huis clos feutré et retord, un quasi thriller érotique, tout en velours et penchant BDSM, comme si le carnaval punk des années 1990 s’était mué en une performance d’art contemporain — plus chic, plus cruel, plus méta, plus aigre aussi.
Comprendre la Gen Z
Car le risque qui pend au nez du film est bien d’être un argumentaire de boomer qui renvoie la jeunesse contemporaine à son absence supposée de désir. Sauf qu’Araki s’égratigne aussi au passage. Car cette artiste has been cherchant à redevenir à la mode en dévorant la chair fraîche d’un stagiaire, est un autoportrait à peine voilé de son auteur. Araki filme sa propre angoisse de créateur vieillissant confronté à une génération qu’il décrit comme biberonnée à l’asexualité algorithmique et aux vertus supposées d’une pudeur numérique.
Sous ses airs de satire pop et comique, I Want Your Sex est un drame, celui d’un cinéaste confronté au deuil impossible du sujet de son cinéma, la jeunesse punk et fantasmée des années 1990. Si Araki ne cherche plus vraiment à comprendre la Gen Z de l’extérieur, c’est un peu la limite du film ; il se glisse, provocateur mais toujours tendre, dans cette fracture générationnelle et en fait une comédie érotique aussi drôle que mélancolique.
I Want Your Sex de Gregg Araki avec Olivia Wilde, Cooper Hoffman, Charli xcx – En salle le 29 juillet