Haute-Garonne : six mois de prison ferme pour un père qui a menacé de mort une enseignante
Le tribunal correctionnel de Toulouse a condamné jeudi 10 septembre à six mois de prison ferme et incarcération immédiate un père de famille qui avait menacé de « couper la tête » d’une enseignante de l’école de son fils au Fauga, près de Toulouse.
Convoqué le 4 septembre pour un entretien par la direction de l’établissement où son fils de 9 ans est scolarisé, ce père de trois enfants a reconnu avoir pris ce jour-là à partie une enseignante sur le parking de l’établissement de cette ville d’environ 2 600 habitants.
Son enfant avait été déplacé dans une autre classe en raison de son comportement et l’enseignante le voyant sourire à l’issue des cours, lui avait dit d’éviter « de jouer au caïd », des propos que le père n’avait pas acceptés.
Au-delà de l’altercation sur le parking, le père de famille avait continué ses menaces après être rentré dans l’établissement, notamment devant la directrice.
Des propos d’une « grande violence »
À l’audience, d’une voix faible, il a présenté des excuses, affirmant n’avoir « pas mesuré la gravité » de ce qu’il disait. Se définissant comme « très, très protecteur de (s) es enfants », il a ajouté : « je ne suis pas quelqu’un de violent à la base, je ne sais pas ce qui m’est arrivé ce jour-là ».
Le président du tribunal, Fabrice Rives, a relevé des « propos extrêmement inquiétants », d’une « grande violence » et « qui ne peuvent renvoyer qu’à une actualité malheureusement restée dans la tête de tous les Français », le magistrat faisant référence à l’assassinat de Samuel Paty.
La procureure de la République, Marie Caumont, avait requis six mois sous bracelet électronique pour le prévenu ainsi que l’obligation « absolument indispensable » d’effectuer avant six mois un stage de citoyenneté, sous peine d’un emprisonnement de trois mois, assorti d’interdictions de trois ans d’entrer en contact avec la victime » ou de se présenter devant l’établissement.
Outre les six mois de prison ferme, le tribunal a également condamné le prévenu aux peines complémentaires demandées par la procureure. « Il s’excuse, il dit “je ne suis pas fier de moi”, c’est important, j’espère qu’il le dira aussi à son fils », a relevé la représentante du parquet. Pour autant, « on n’entend pas qu’il pense que ces propos, il ne fallait pas les prononcer », a-t-elle relevé, regrettant « un manque de prise de conscience » du père.
« Pas signé pour ça »
« Les professeurs doivent pouvoir exercer leur mission sans peur : la menace et l’intimidation ne peuvent en aucun cas être tolérées », a dénoncé dans un communiqué le recteur de Toulouse Karim Benmiloud, condamnant « avec la plus grande fermeté ces faits particulièrement graves ».
« Aucun professeur ne doit avoir peur d’exercer son métier. S’en prendre à l’un d’entre eux, c’est s’en prendre à l’institution tout entière », a martelé sur X le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, qui a apporté son soutien à l’équipe pédagogique et aux familles.
L’enseignante expérimentée, âgée de 58 ans, est actuellement en arrêt maladie et est « traumatisée », a plaidé l’avocat du rectorat, Me Jocelyn Momasso-Momasso. « Elle m’a dit : “je n’ai pas signé pour ça” et se demande si elle va poursuivre son activité », a-t-il ajouté. « La protection fonctionnelle lui a été accordée », a précisé le ministre.
« En parallèle de l’action judiciaire en cours, cette situation donnera lieu à l’une des premières applications du décret publié cet été pour protéger les personnels face aux menaces et aux violences de parents d’élèves », a encore indiqué Édouard Geffray.
Selon ce décret paru fin juillet, un élève de primaire, collège ou lycée dont un parent « compromet gravement » le « fonctionnement normal » de l’établissement peut être contraint d’en changer, afin de protéger les enseignants.
La mesure, contestée par les syndicats, s’applique aussi lorsque le comportement d’un « membre de la famille », en lien avec la scolarité de l’élève, « fait peser un risque caractérisé sur la sécurité ou la santé d’un membre de la communauté éducative ».