Guerre en Ukraine : la France demande de lever des santions contre un oligarque russe, « inacceptable » pour l’Ukraine
Mais mardi matin, rien ne semblait devoir fléchir la détermination d’un des trois pays baltes. «La Lettonie ne peut pas accepter une telle proposition», a écrit son Premier ministre Andris Kulbergs sur X.
Or, les décisions de l’UE en matière de sanctions se prennent à l’unanimité des 27 Etats membres.
Au grand dam de l’Ukraine
La France réclame le retrait de l’oligarque russo-ouzbek Alicher Ousmanov de cette liste de sanctions, au grand dam de nombreux autres pays de l’UE et de l’Ukraine, qui ont dénoncé un dangereux précédent et un mauvais signal envoyé à Moscou.
Le Kremlin a d’ailleurs réclamé mardi la levée des sanctions européennes à l’encontre de «tous les hommes d’affaires russes».
Dans le sillage de la France, le Luxembourg a de son côté réclamé le retrait de Mikhaïl Fridman de cette liste. L’homme d’affaires russe a initié une procédure d’arbitrage pour obtenir du Grand-Duché 15 milliards d’euros de réparations à la suite de ces sanctions de l’UE.
Celles-ci consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager sur le territoire des 27 pays membres.
«Mauvais signal»
La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a exhorté les 27 à maintenir la politique de sanctions, estimant que celle-ci devait rester «le coeur» de la politique européenne pour faire pression sur Moscou, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York.
«Certains Etats membres ont demandé que certaines personnes soient retirées de la liste, et c’est pour cela que ces discussions sont en cours en ce moment», a-t-elle souligné, espérant que celles-ci se termineraient bientôt.
Pour Kiev, le retrait des deux oligarques de la liste de sanctions de l’UE «est inacceptable et enverrait un mauvais signal à Moscou au moment où la pression doit s’intensifier», a protesté lundi le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriï Sybiga.
Concernant M. Ousmanov, Paris a invoqué des «raisons de sécurité nationale» devant ses partenaires, sans plus d’explication, selon plusieurs diplomates européens. Mais, «il ne semble pas que les gens comprennent le raisonnement de la France», dans son insistance à réclamer le retrait de ce nom de la liste noire de l’UE, selon l’un d’entre eux.
Selon un diplomate à Bruxelles, Paris fait pression dans le cadre d’un accord de libération de prisonniers impliquant des citoyens français détenus en Azerbaïdjan. «Cela envoie vraiment le signal que l’on peut obtenir un retrait de la liste en faisant du chantage», s’est insurgé un autre diplomate européen.
Alicher Ousmanov, homme d’affaires russe d’origine ouzbèke a fait fortune dans la métallurgie puis avec le groupe internet russe Mail.Ru. Il a été l’un des principaux actionnaires du club de football anglais d’Arsenal.
Mikhaïl Fridman est, lui, l’un des principaux actionnaires du conglomérat Alfa Group, qui comprend Alfa Bank, l’une des principales banques de Russie, elle-même ciblée par les sanctions européennes.
Ce régime de sanctions contre Moscou doit être renouvelé tous les six mois, et les 27 ont décidé lundi que ce délai soit étendu jusqu’à 36 mois, afin d’éviter de nouveaux psychodrames, selon une source diplomatique. Mais là aussi, il faudra attendre le résultat des discussions mardi, pour savoir si ce nouveau délai est accepté.