Gozée se souvient du choc du 23 août 1914
Le dimanche 23 août 1914, Gozée a sombré dans l'enfer de la Première Guerre mondiale. Sortant des bois d'Aulne, les Allemands ont lancé une offensive dévastatrice, faisant d'immenses dégâts matériels sur le terrain. Le 48e régiment d'infanterie français a tenté d'audacieux assauts avant de battre en retraite vers Thuillies, devant la supériorité ennemie. La bataille a fait plus de 3 000 morts, blessés et disparus en seulement quelques heures. Pour ce régiment français, les pertes de cette seule journée dépassent d'ailleurs celles de tout le reste de la guerre. Les civils ont aussi payé un lourd tribut: cinq ont perdu la vie, dont Émile Farcy, fusillé dans son café car suspecté d'espionnage. Trente-six maisons furent brûlées, dont la maison communale, et des réquisitions de foin et de matériel ont suivi.
Un sanctuaire improvisé au cœur du village
Dans la nuit suivant les combats, l'église s'est transformée en hôpital. Pour accueillir les blessés, les chaises ont été retirées pour poser de la paille et des matelas, le dessus des prie-Dieu servant d'attelles. Les médecins ont opéré sans relâche avant d'évacuer les blessés vers Charleroi. Pierre Dejardin, passionné d'histoire locale, conserve près de deux mètres cubes d'archives poignantes. "Revenir chaque année dans cette église est un hommage indispensable à tous ces combattants. Cette commémoration honore tant les Français que les Allemands, qui reposèrent d'abord ensemble dans des fosses communes avant d'être transférés. Cet hommage solennel incarne aujourd'hui un message de paix durable", explique-t-il.
La ferveur d'une tradition laïque et vivante
Pour perpétuer ce souvenir, le 49e régiment des zouaves de Gozée a été créé en 2014, lors du centenaire de la tragédie. "Cette marche de l'Entre-Sambre-et-Meuse possède la particularité unique d'être purement laïque, s'écartant du cadre religieux habituel", ajoute l'historien local. Cette année, les 220 marcheurs de la compagnie accueillaient les zouaves de Thuin. Ensemble, ils ont défilé en parfaite harmonie, faisant résonner leurs pas dans les rues du village.
Le passage de témoin aux jeunes générations
Dans les rangs, la transmission familiale est au cœur de l'événement. Rudy Fromont, marcheur du défilé, progresse fièrement aux côtés de son fils Maël. Il se réjouit de voir la relève s'engager activement grâce à la création récente d'une jeune compagnie de marcheurs. Son fils Maël confie sa fierté de porter le costume: "Faire retentir les tromblons aujourd'hui est une façon joyeuse de célébrer la paix", souligne l'adolescent. Pour Pierre Dejardin, cette jeunesse enthousiaste garantit la pérennité de ce souvenir. "Voir ces armes historiques porter un message de fraternité demeure le plus beau symbole de réconciliation", conclut le Gozéen.
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