Gourou : critique ni oui Niney
Par Alexandre Janowiak
18 septembre 2026
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Seulement six mois après le très mauvais Dalloway qui s’attardait sur le danger de l’intelligence artificielle, Yann Gozlan revient déjà au cinéma avec Gourou. Au programme, la question des coachs de vie, des chantres du développement personnel et de ses figures de proue (notamment sur les réseaux sociaux) avec Pierre Niney dans le rôle principal. Est-il enfin venu le temps de retrouver le Gozlan de Boite Noire dans un thriller palpitant ? En salles dès ce 28 janvier 2026.
NB : Gourou a été remis en avant pour sa diffusion sur Canal+ ce 18 septembre
© StudioCanal
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« Je sais pourquoi vous êtes là ! », affirme Mathieu Vasseur, le personnage de Pierre Niney, à ses fidèles dans les premières minutes de Gourou. Cette petite phrase, il la prononce régulièrement à son auditoire car ce coach en développement personnel connaît tout de leur vie. Du moins, c’est ce qu’il leur fait croire (comme tout bon gourou qui se respecte), usant de son équipe en coulisses et de bonnes oreillettes pour singer sa proximité avec ses adeptes.
Après tout, ses séminaires sont censés permettre aux membres de son programme de retrouver un sens à leur vie – eux qui ont évidemment cher payé leur place pour en être. En quelques bons mots et belles diatribes, coach Matt électrise ainsi la foule et Pierre Niney y est pour beaucoup. Si l’acteur ne disparaît pas totalement sous les traits de son personnage dans l’introduction, laissant craindre un one man show de 2h, il parvient, au fil des minutes, à pleinement s’effacer pour ne laisser place qu’à son anti-héros.
Ce n’était pas chose aisée pour le Français de jouer une telle performance qui aurait rapidement pu tomber dans le pastiche (du Tom Cruise de Magnolia par exemple) ou dans la caricature de la figure imagée du gourou. Au contraire, il réussit à donner du corps à son Mathieu Vasseur, une identité dont l’acteur est familier puisque c’est la troisième fois qu’il l’incarne après L’homme idéal et Boite noire, déjà réalisés par Yann Gozlan. Un simili-univers partagé Gozlan-Niney qui brouille d’ailleurs quelque peu les lignes entre fiction et réalité.
C’est sans aucun doute volontaire puisque le « Je sais pourquoi vous êtes là » de Matt semble finalement s’adresser autant à ses adeptes qu’aux spectateurs de Gourou. Il est évident que les shows du coach veulent briser le quatrième mur, sans franchir le pas officiellement, comme pour mieux nous plonger dans les entrailles de cette secte qui ne dit pas son nom (la promo en a d’ailleurs joué). Malheureusement, la démarche est purement artificielle – puisqu’elle n’ira pas bien plus loin – et surtout engluée au cœur d’un scénario ultra-bancal.

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Dans les vingt premières minutes de Gourou, le réalisateur Yann Gozlan (qui a co-écrit le scénario avec Jean-Baptiste Delafon) promet un thriller politique. Mathieu Vasseur est devenu si influent que son cas inquiète les autorités qui envisagent des mesures pour réglementer le coaching et anticiper d’éventuelles dérives sectaires. C’est un bras de fer qui s’amorce entre les deux camps, mais rapidement, la question politico-légale du coaching est très vite reléguée en arrière-plan. Ce n’est pas si grave, vu que les réflexions sur le sujet enfonçaient des portes ouvertes, sauf que l’alternative n’est pas meilleure.
Gourou délaisse ainsi son thriller politique pour un thriller parano-psychologique. Contre-plongée, plans débullés, néons aveuglants… Gozlan joue de sa mise en scène pour créer le trouble sans oublier de balancer quelques séquences terriblement bruyantes pour créer une atmosphère étouffante (un passage énervé chez le personnage d’Anthony Bajon). Problème ? C’est d’une banalité affligeante et beaucoup trop long. Même s’il y a parfois un peu de tension, le film s’enfonce dans une intrigue vue et revue, tourne en rond, voire se perd carrément en chemin.

Car derrière l’esbroufe visuelle, il n’y a en vérité pas grand-chose (voire rien) à se mettre sous la dent devant Gourou. Hormis Mathieu Vasseur, aucun personnage n’a un semblant de développement (pauvre Marion Barbeau) et tout est écrit avec de gros sabots (pitié le gourou américain de Holt McCallany). Mais le pire réside dans le message du film sur les gourous-influvoleurs, terriblement ambigu. Matt est bien antipathique, mal-aimable et égocentrique aux yeux des spectateurs, mais il n’évolue pas vraiment aux yeux de ses propres adeptes de fiction.
Que doit-on alors en tirer ? Que ces gourous sont des narcissiques prêts à tout pour la gloire, quitte à écraser ce(ux) qui les entoure ? Que le pouvoir rend fou et qu’il serait temps d’ouvrir les yeux ? Que les réseaux sociaux sont la plaie du monde contemporain ? Que la réussite vaut bien tous les maux du monde ? Que les adeptes de ces charlatans sont naïfs (et qu’on ne peut rien y faire) ? C’est difficile à dire et c’est problématique d’être aussi flou (ou maladroit) sur ses propres intentions. À croire qu’en jouant la carte de la manipulation méta, Gourou s’est pris à son propre piège mental.
Rédacteurs :
Un thriller parano banal, brouillon et moralement douteux.
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