Goscinny aurait eu 100 ans cette année
Pour ce Zoom Zoom Back, focus sur Goscinny, scénariste de bande dessinée, né il y a 100 ans, et décédé en 1977, avec la dessinatrice Catel qui publie le deuxième volet de son « Roman des Goscinny », sa biographie dessinée de l'auteur d'Astérix et Obélix avec Uderzo, de Lucky Luke avec Morris...
Catel consacre deux tomes à sa biographie illustrée du génial auteur de BD. Elle publie aujourd'hui le second : Goscinny : un Gaulois éternel, paru aux éditions Grasset. Ici, elle retrace la naissance du journal Pilote et le parcours de celui qu'elle considère comme son « père spirituel ».
Comment Astérix est né sur un coin de table
Catel raconte que le petit Gaulois n'était pas le premier projet de René Goscinny et d'Albert Uderzo pour le lancement du journal Pilote, en 1959. Le duo avait d'abord envisagé une adaptation du Roman de Renart, avant de découvrir qu'un autre dessinateur s'en était déjà emparé. Il a donc fallu trouver une idée en urgence. La dessinatrice évoque cette genèse improvisée : « Et de pastis en pastis est arrivé Astérix. » Les auteurs se tournent alors vers les Gaulois, plus par instinct que par érudition - mais Goscinny se documente ensuite très sérieusement, lisant les mémoires de César et de nombreux ouvrages d'archéologie pour maîtriser son sujet avant de le parodier. Le 29 octobre 1959, le premier numéro de Pilote sort en kiosque avec, en couverture, les débuts d'Astérix le Gaulois - une date confirmée par les archives du magazine.
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Un scénariste au parcours singulier, devenu rédacteur en chef malgré lui
Né à Paris de parents juifs originaires d'Europe de l'Est, René Goscinny grandit en Argentine puis aux États-Unis, où il perd une partie de sa famille dans la Shoah. Catel insiste sur cet éloignement, loin de l'image du « Français moyen » qu'incarne pourtant Astérix : « Il ne connaît pas grand-chose à la vie des Gaulois » au départ, mais s'imprègne du sujet par un travail de fond considérable.
C'est en France qu'il rencontre Uderzo, alors qu'il envisageait initialement de rester dessinateur avant de se consacrer entièrement à l'écriture. Devenu rédacteur en chef de Pilote, il impose une ligne éditoriale exigeante, et refuse de céder aux sondages de lecteurs, comme lors de l'arrivée du dessinateur de science-fiction Philippe Druillet, mal accueilli au départ, devenu depuis une référence.
Ce tempérament jugé autoritaire mais timide explique aussi son incompréhension face à Mai 68 : selon le témoignage du dessinateur Cabu rapporté dans l'émission, Goscinny « ne comprenait pas » que de jeunes auteurs contestent son autorité éditoriale, lui qui avait pourtant permis à toute une génération de dessinateurs - Gotlib, Cabu, Reiser - de percer.
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Goscinny et Claire Bretécher : une confiance qui a changé la bande dessinée
Catel revient aussi sur la place accordée par Goscinny aux femmes dans un milieu très masculin. C'est lui qui fait entrer Claire Bretécher à Pilote et qui l'encourage à créer un personnage inédit, une princesse aussi laide que déplaisante nommée Cellulite. Catel cite les mots que lui aurait adressés Goscinny : « Votre Cellulite est unique en son genre, à mon sens seule une femme est légitime pour dessiner une héroïne aussi grotesque. » Bretécher deviendra l'une des rares dessinatrices de l'époque à représenter des femmes de l'intérieur plutôt que comme simples objets de désir. Catel évoque enfin une autre blessure de Goscinny, plus douloureuse : les accusations de racisme ou de chauvinisme visant Astérix, qu'il ne supportait pas, lui qui avait précisément conçu son œuvre comme une parodie universelle plutôt que comme une célébration identitaire.
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