Gabriel, Louise, Emma, Noah... Votre prénom est-il dans la liste de cette étude de l’Insee ?
Fini le temps où quelques prénoms dominaient largement les naissances : de Jean et Marie à Gabriel, Louise ou Emma, les choix des parents français se sont considérablement diversifiés en 80 ans, avec des modes plus éphémères et une multiplication des prénoms rares, selon une étude de l’Insee publiée mercredi.
En 2025, les Français ont donné à leurs enfants plus de huit fois plus de prénoms différents qu’en 1946. Ainsi, les 649.000 bébés nés en France l’an passé se sont vus attribuer 65.940 prénoms différents.
A l’inverse, dans la France de l’après-guerre, les 869.000 naissances de 1946 se répartissaient entre seulement 8.007 prénoms.
« Le choix des prénoms féminins repose davantage sur des critères esthétiques »
Cette diversité concerne davantage les filles (1.131 prénoms pour 10.000 naissances en 2025) que les garçons (994 prénoms). « La transmission des prénoms masculins d’une génération à l’autre, plus fréquente, réduit leur diversité », souligne l’étude.
En revanche, « le choix des prénoms féminins repose davantage sur des critères esthétiques et une volonté de distinction, les rendant plus sensibles aux effets de mode », relève l’Insee, invoquant des « normes de genre ».
... permis par une législation plus souple
Jusqu’en 1946, seuls les prénoms inscrits au calendrier ou inspirés de personnages connus de l’Histoire étaient autorisés par une loi de 1803, freinant ainsi la créativité des parents.
Après-guerre, cette règle stricte perdure : une instruction générale de 1955 oblige ainsi aux officiers d’état civil de refuser les prénoms « de fantaisie », rappelle l’Insee.
Révisé à plusieurs reprises, notamment en 1966 puis en 1987, le texte a progressivement assoupli les règles, ouvrant notamment la voie à une plus grande diversité de prénoms, y compris d’origine étrangère.
Mais le véritable tournant intervient avec la loi du 8 janvier 1993, qui abroge celle de 1803 et consacre la liberté de choix du prénom tant qu’il ne porte pas atteinte à l’intérêt de l’enfant ou d’un tiers.
« Son effet est visible dès la fin des années 1990, période à laquelle le nombre de prénoms pour 10.000 naissances approche les 600 pour les filles et 500 pour les garçons », note l’étude.
Les prénoms intemporels en déclin...
Ils semblaient inscrits dans la durée : Marie et Jean ont longtemps dominé les choix des parents français, avant de connaître un net déclin. En 1946, Jean était attribué à 53.380 garçons, soit 12% des naissances masculines. En 2024, ils n’étaient plus que 540 à recevoir ce prénom.
Même évolution pour Marie, donné à 31.090 filles en 1946, soit 7,3% des naissances, contre seulement 510 en 2025. À l’instar de Marie et Jean, seuls 37 autres prénoms, 23 masculins et 14 féminins, ont été donnés au moins 100 fois chaque année pendant 80 ans. Parmi eux, Nicolas, Pierre, Daniel et Julien chez les garçons, Sophie, Lucie, Claire et Elisabeth chez les filles.
Qualifiés d’« intemporels » dans l’étude, ils sont pourtant de moins en moins choisis : ils représentaient 18% des naissances en 1946 contre seulement 6% en 2025.
... au profit de prénoms aux cycles courts
Au milieu du XXe siècle, un prénom pouvait rester dans le top 50 pendant plusieurs décennies. Depuis les années 1980, cette durée de popularité diminue régulièrement pour atteindre une petite dizaine d’années au début des années 2000.
« Cette accélération des cycles traduit à la fois une diversification des choix, une moindre transmission intergénérationnelle des prénoms et une sensibilité accrue aux effets de mode », constate l’Insee.
Les Kevin, Jennifer ou Jessica, très populaires dans les années 1980 et 1990, ont ainsi rapidement perdu du terrain, tandis que Gabriel, Emma ou Jade dominent les classements depuis quelques années.
Et des prénoms longtemps délaissés
Les modes reviennent parfois et certains vieux prénoms, longtemps délaissés, comme Louise, Rose, Suzanne ou Madeleine chez les filles, Louis, Léon, Lucien, Marcel ou Émile chez les garçons, ont retrouvé les faveurs des parents.
L’Insee relève aussi l’augmentation, d’abord lente puis soutenue depuis 1993, du nombre des prénoms très rares. Sur les 864.600 prénoms recensés parmi les personnes nées en France entre 1946 et 2025, 607.000 n’ont été donnés qu’une seule fois.
Une diversité encore amplifiée par les variations orthographiques : pour un même prénom, les écritures peuvent se multiplier. Ainsi, le fichier recense au moins 18 variantes d’Aaron, jusqu’à Hâron !