Fusillades, drogues et crime organisé : le conseil communal de Saint-Gilles appelle à une mobilisation nationale

Le conseil communal de Saint-Gilles a adopté jeudi soir, par 27 voix et une abstention, une motion de la majorité PS-Ecolo/Groen relative à la sécurité publique, à la lutte contre la criminalité organisée et au renforcement de la prévention et de la santé publique.

Le texte réclame une mobilisation coordonnée sous l'autorité du Premier ministre, ainsi qu'un renforcement du parquet, de la police judiciaire fédérale, de la Justice de la jeunesse et des places en IPPJ. Il demande également davantage de moyens pour la prévention, le travail social de rue et la réduction des risques.

Le bourgmestre Jean Spinette (PS), qui a multiplié ces dernières semaines les appels aux différents niveaux de pouvoir, a dénoncé le manque de solidarité, l'insuffisance des moyens policiers et les renvois de responsabilités. "Je voudrais que tout le monde se réveille et qu'on travaille ensemble", a-t-il déclaré. "C'est un appel à la loyauté institutionnelle", a-t-il ajouté. "Le renvoi de responsabilités entre autorités n'est plus admissible. Il est impossible pour un bourgmestre qui a une fonction d'autorité d'être laissé livré à lui-même."

Le maïeur compare la menace actuelle à celle du terrorisme, face auquel tous les niveaux de pouvoir s'étaient mobilisés. Il a également évoqué l'expérience italienne après l'assassinat des juges Falcone et Borsellino, au début des années '90, qui a conduit à considérer les organisations criminelles comme des facteurs de déstabilisation du tissu social et économique.

Ecolo-Groen a qualifié la motion d'" essentielle", estimant qu'il n'existe aucune réponse simple. Le groupe affirme entendre la peur de la population et vouloir lui apporter une réponse sérieuse, malgré des communes contraintes de "faire plus avec moins". Dans l'opposition, le PTB a soutenu le texte malgré certains désaccords, jugeant nécessaire d'interpeller les niveaux de pouvoir qui disposent des principaux leviers d'action.

Le groupe MR-Anders-Les Engagés a déposé 27 amendements. Janusz Linkowski, devenu chef de groupe jeudi, les a lus successivement. Les amendements ont notamment proposé que le bourgmestre utilise pleinement ses pouvoirs de police administrative et que le collège rende compte du fonctionnement des caméras, des contrôles intégrés et des politiques de prévention. "On ne peut pas demander aux autres ce que l'on ne fait pas soi-même", a défendu Janusz Linkowski.

Il a ainsi jugé la motion très exigeante envers le fédéral, la Région et la Justice, mais moins contraignante pour le collège. Ces propositions s'inscrivent dans l'offensive communale annoncée mercredi par le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin (MR) et le président du MR Bruxelles et Périphérie David Weytsman. Ceux-ci ont invité les sections locales à réclamer que les communes utilisent pleinement leurs compétences contre le trafic de drogue.

Jean Spinette a répondu à chaque amendement, tantôt exaspéré, tantôt amusé ou narquois. Selon lui, la motion, l'action du collège et le travail des services communaux ou des associations ont déjà répondu aux nombreuses demandes du libéral. Le PS a accusé le MR de vouloir "renvoyer la patate chaude aux communes". Ecolo-Groen a estimé que les propositions figuraient déjà dans le texte et suggéré de les transmettre au président du MR, Georges-Louis Bouchez.

Tous les amendements ont été rejetés.

Les deux élus Les Engagés s'en sont désolidarisés. "Nous n'avons déposé aucun amendement", a déclaré l'un d'eux. L'élue Anders, elle, a soutenu la motion. Seul présent des deux mandataires MR, Janusz Linkowski, qui a déposé et défendu les 27 amendements s'est, lui, abstenu. Les dissensions au sein du groupe ont donné lieu à de nouvelles tensions sur le parking de la maison communale après le conseil.