François Morel et Robin Renucci redonnent vie à "L'École des Femmes" : "C'est bon de rappeler ces époques qui nous permettent de réfléchir"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Mardi 1er septembre 2026, le comédien François Morel et le metteur en scène Robin Renucci. Leur adaptation de "L'école des femmes" de Molière est en tournée dans toute la France.

Article rédigé par Elodie Suigo - édité par Etienne Présumey

Radio France

Publié le 01/09/2026 13:29

Temps de lecture : 4min

La scène de "L'école des femmes", au Château de Grignan, le 20 juin 2026. (Christophe AGOSTINIS / MAXPPP)
La scène de "L'école des femmes", au Château de Grignan, le 20 juin 2026. (Christophe AGOSTINIS / MAXPPP)

François Morel et Robin Renucci sont deux figures majeures du théâtre français, mais aussi deux hommes qui, chacun à leur manière, ont consacré une grande partie de leur vie à transmettre. L'un à travers les mots, les chroniques, les spectacles, les personnages et ce regard tendre qu'il pose sur les êtres humains. L'autre, à travers la scène, la mise en scène, l'enseignement, l'éducation populaire et ce combat constant pour faire vivre le théâtre partout et pour tous. Ils se retrouvent autour de L'École des Femmes de Molière, une pièce créée en plein air devant le château de Grignan, qui poursuit aujourd'hui une grande tournée à travers la France jusqu'en janvier 2027. Près de quatre siècles après son écriture, cette œuvre continue de nous parler d'amour, de pouvoir, de liberté, de transmission, mais aussi de cette illusion très humaine qui consiste à croire que l'on peut façonner le destin de ceux que l'on aime.

franceinfo : Pourquoi L'École des femmes fait-elle toujours autant écho aujourd'hui?

Robin Renucci : Quand Molière écrit en 1662 cette pièce, il est déjà dans une permanente réflexion autour de la peur que les hommes ont des femmes intelligentes. Mais il est vraiment soucieux du fait que les hommes dominent. Il a envie de donner cette liberté à la femme et il ne sait pas trop comment le faire, sinon dans l'œuvre théâtrale. Aujourd'hui, malheureusement, le masculinisme, la toute-puissance du patriarcat, nous fait, dans une résurgence très violente, minorer la capacité que les femmes, dans certains pays, ont à accéder à la liberté. C'est bon de le rappeler et de rendre hommage à ces époques et siècles qui nous permettent de réfléchir.

La pièce parle de transmission d'une façon assez étonnante, qu'est-ce qu'on laisse à nos enfants ? Qu'est-ce qu'on leur donne comme valeurs ? Je voudrais savoir ce que vos parents vous ont donné ou vous ont transmis par rapport à ces valeurs ?

François Morel : Ils m'ont transmis l'amour qu'ils me portaient, donc je pense que ça a été essentiel. C'étaient des gens extrêmement modestes qui aimaient beaucoup leurs enfants. Mon père avait arrêté ses études à 13 ans et, donc, il tenait à ce qu'on puisse aller à la fac et qu'on puisse avoir une autre vie que la sienne. Il avait beaucoup le regret de ne pas avoir appris à lire et pour lui, ces moments de bonheur, c'était quand sa maman faisait des ménages dans un château et qu'ils étaient au grenier pour lire les Jules Verne. J'essaye d'être, peut-être, aussi à la hauteur de cette demande.

Vous avez ce point commun, Robin ? On vous a transmis cette liberté ?

Robin Renucci : Oui, je viens aussi d'une famille très modeste. Un père gendarme, donc ce n'était pas très gai de vivre dans une gendarmerie dans les années 60. J'ai eu la chance que le théâtre soit entré dans ma maison, parce que ma maman faisait un peu de couture. J'ai vu arriver dans les années 70, dans la petite ville d'Auxerre où nous habitions, des comédiens qui venaient du TNS, le Théâtre national de Strasbourg. Ils sont venus pour qu'on retouche des costumes qui étaient d'ailleurs pour La Comtesse d'Escarbagnas de Molière. Les comédiens sont rentrés dans la maison avec leur patchouli, avec leur gilet, avec des petits miroirs, de la fourrure et le monde a changé pour moi. J'ai été appelé à faire un stage d'art dramatique et c'est ça qui a transformé la chose. C'est par ma mère, peut-être, que les choses se sont faites, avec beaucoup de tendresse, d'une certaine manière, mais de rudesse aussi chez les gens simples. Et la liberté du théâtre qui arrive, à un moment, à l'adolescence.

Vous nous racontez tous les deux, depuis le début de votre parcours, l'histoire des autres. Est-ce qu'en racontant les histoires des autres, ça positionne un homme ?

Robin Renucci : Je trouve surtout que ça positionne l'acteur. François, avec toutes ces années de relation et de tendresse envers le public, tu exprimes par cet effort, par cette générosité dans le rôle, quelque chose de toi qui est en train, à mon avis, quand je te regarde, de croître et de monter d'un cran. Quand je le vois, j'entends Molière. Je me dis que Molière devrait être content parce que je vois ce qu'était le travail de Molière sur un tréteau et François est à ce niveau-là.

François Morel : Je pense que ça a été peut-être la proposition la plus ambitieuse qu'on m'ait jamais faite dans ma vie d'acteur. Quand Robin m'a proposé ça, il y a peut-être deux ans, je me suis dit, je ne peux pas refuser ça, parce que c'est l'Annapurna. Je me suis dit, ça ne va pas être simple, ça va être un peu en dehors de ma zone de confort, mais si je n'y vais pas à ce moment-là et à mon âge, ça n'aura servi à rien, ce que j'ai fait jusque-là.

Arnolphe nous fait rire et derrière ce rire, il y a quelque chose d'assez vertigineux. Il y a la peur de perdre, il y a la peur de vieillir aussi. Est-ce que c'est aussi pour ça que ce texte et ce personnage nous touchent toujours autant ?

Robin Renucci : Oui, sans doute. De toute façon, un théâtre populaire qui nous fait rire et qui nous fait en même temps réfléchir, voilà la belle chose. Au début, on rit du personnage. Il y a deux personnages qui se parlent en début de pièce et ils s'opposent dans leur conception de la femme. Chacun rit de l'autre et puis le public rit d'être un peu dans un boys band comme ça, où l'on parle des femmes. On est entre eux et, progressivement, on rit contre Arnolphe, si bien qu'à un moment, on va même le huer quand il prononce des choses en disant que la toute-puissance masculine est vraiment la suprématie. La réaction du public pour moi est fondamentale.

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