Francis Perrin sur Philippe Bouvard : « Il était le plus fidèle des amis et m’a soutenu dans toutes les épreuves »
Francis Perrin, Philippe Bouvard et Jacques Ballutin.
© Erez Lichtfeld/BALTEL/SIPA / SIPA
Philippe Bouvard s'est éteint à l'âge de 96 ans ce lundi 24 août. Le comédien Francis Perrin, longtemps sociétaire des « Grosses Têtes » et ami, se souvient.
Paris Match : Philippe Bouvard a beaucoup compté dans votre carrière. Quelle a été votre réaction à sa disparition ?
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Francis Perrin : J'étais bouleversé, bien sûr. Même si je m'y attendais un petit peu… Mais quelle vie extraordinaire ! Disparaître à 96 ans ! Pour moi, c'est une tranche de vie qui s'en va, mais qui restera l'un de mes plus beaux souvenirs, l'une des plus belles rencontres de ma vie.
Non seulement on a travaillé ensemble pendant plus de 15 ans, mais on est surtout devenus et restés amis. C'était un homme d'une fidélité extraordinaire, toujours présent. Il m’avait dit : « Si vous avez un problème, Francis, vous m'en parlez et je serai là. » Il l’a toujours été, même dans les moments les plus difficiles de ma vie. Je n'oublierai jamais son élégance, sa discrétion et sa pudeur, qui contrastaient parfois avec l'image qu'on pouvait avoir de lui. C'était sa nature profonde, et c'est tellement rare de rencontrer des gens comme ça.
Comment l’aviez-vous rencontré ?
C'était le premier journaliste qui m'avait interviewé quand je suis sorti du Conservatoire avec mes premiers prix, au moment de mon entrée à la Comédie-Française. Je pense qu'il avait décelé un potentiel chez le jeune comédien que j'étais. Il m'a tout de suite invité dans « Les Grosses Têtes » dès les débuts. J'ai eu la chance d'y croiser Jean Yanne, Jacques Martin, Jean Dutourd... Des gens extrêmement brillants. La force de Philippe, c'était de savoir mettre en opposition et en complicité des personnalités différentes pour en tirer des émissions brillantes. Mais il fallait toujours être à la hauteur !
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Comment ça ?
Parce que les autres sociétaires, c'étaient des pointures, comme on dit. Il fallait avoir le sens de l'improvisation, de la répartie, et rester dans le personnage qu'il nous avait taillé. Car selon la personnalité de chacun, il savait formidablement bien nous mettre en valeur.
Mais justement, vous, l’ancien pensionnaire de la Comédie-Française, qu’alliez-vous faire aux « Grosses Têtes » ?
C'est précisément ce qu'il aimait, ce contraste. Quand je racontais des histoires drôles ou que je dérapais un peu, il lançait : « Enfin, monsieur le directeur du théâtre Montansier, rendez-vous compte ! » On en jouait beaucoup. Je crois pouvoir dire qu'il y avait entre nous une admiration mutuelle qui ne s'est jamais démentie.
« Quand on a du talent, c'est merveilleux. Quand on peut le partager avec les autres, c'est encore mieux »
Vous avez participé aux « Grosses Têtes » pendant quasiment quinze ans, sans jamais vous lasser ?
Jamais, d’autant qu’après, il y a eu les versions filmées pour la télévision, avec cette rencontre extraordinaire qu’a été Sim. Bouvard a su créer notre duo complètement déjanté et en même temps d'une grande complicité.
Si vous deviez garder un souvenir en particulier de ces années, quel serait-il ?
Les sketchs avec Sim, justement. Une fois, je jouais un sommelier et j'avais bu un magnum entier... Philippe croyait au départ que c'était du jus de raisin, mais c'était du véritable vin ! Ça a fini en moment de folie complète, en direct. Ce jour-là, il m'a pris pour un véritable fou, mais on le faisait pour aller à fond dans le délire, et pour lui faire plaisir. On était ravis quand on le faisait rire, on avait l'impression d'avoir rempli notre mission.
Aviez-vous encore de ses nouvelles ?
Il y a quelques temps déjà, avec Jean-Pierre Foucault, nous étions allés le voir chez lui, dans le Sud. J'ai d’ailleurs une très belle photo de nous trois en train de rire. C'était la dernière fois. Je l'ai eu au téléphone il y a quelque temps aussi. Même s’il avait des problèmes d’audition, son esprit était toujours aussi vif.
C'est une triste perte, vous savez… Mais quelle belle vie, bien remplie ! C'était un homme de talent… Quand on a du talent, c'est merveilleux. Quand on peut le partager avec les autres, c'est encore mieux.