Franchises médicales : le gouvernement va bien augmenter le plafond annuel… au détriment des grands malades
Par Le Nouvel Obs avec AFP
Publié le 24 août 2026 à 20h09
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L’exécutif a décidé de fixer ce plafond à 140 euros, contre 100 euros précédemment. JEAN-MARC BARRERE / HANS LUCAS VIA AFP
Il persiste. Le gouvernement va bel et bien augmenter le montant maximum des franchises médicales qui restent à la charge des assurés, même si la hausse sera finalement moins forte que celle annoncée en juillet.
Lundi, le gouvernement a soumis pour consultation à l’Assurance maladie un projet de décret qui porte à 140 euros par an ce plafond annuel des franchises (de 1 à 4 euros) payées par les assurés sociaux sur chaque boîte de médicaments, chaque consultation médicale, acte paramédical ou encore transport sanitaire… Ce plafond était fixé à 100 euros par assuré depuis 2005.
Pour l’exécutif, qui a finalement renoncé à doubler à 200 euros ce plafond comme il le souhaitait en juillet, ce seuil de 140 euros correspond à une simple prise en compte de l’inflation depuis 2005.
Les assurés en affection de longue durée pénalisés
« Le gouvernement a pris acte des réserves et opposition formulées par les conseils des caisses de Sécurité sociale, les représentants des professionnels de santé et des patients à l’encontre de son projet initial de doublement » du plafond global, a indiqué le cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.
Avec le nouveau plafond à 140 euros, qui entrerait en vigueur le 1er octobre, « l’impact moyen pour les assurés payant ces franchises et participations forfaitaires est estimé (…) à moins d’un euro par mois », car tous les malades n’atteignent pas le plafond annuel, et à « deux euros par mois » pour les assurés sociaux en ALD (en affection longue durée), a-t-il argumenté. Parmi ces derniers, certains atteindront évidemment le plafond annuel. « Les quelque 18 millions de Français exonérés de ces franchises (femmes enceintes notamment) le resteront », a-t-on précisé de même source.
Une hausse à venir tous les ans
Mais le syndicat Unsa a vigoureusement dénoncé la nouvelle mesure, qui va au-delà selon lui d’une simple actualisation liée à l’inflation. « Selon nos calculs, une stricte prise en compte de l’inflation aurait élevé le plafond à (…) 131,85 euros au total, et non 140 euros », a indiqué le secrétaire général du syndicat, Laurent Escure.
Plus généralement, la décision du gouvernement d’indexer désormais chaque année le plafond en fonction de l’inflation « instaure un mécanisme automatique et pérenne d’augmentation du reste à charge des patients », une « logique inacceptable », a-t-il estimé.
Alors qu’approchent les débats budgétaires de l’automne, le gouvernement fait feu de tout bois pour tenter de contenir la progression des déficits sociaux. Globalement, le déficit de la Sécurité sociale pour 2026, initialement prévu à 19,4 milliards, « risque d’être aggravé », et « nous devons faire face à nos responsabilités et tenir nos dépenses », a estimé lundi la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, au micro de franceinfo.
Des coupes de toute part
Samedi, le gouvernement a publié au Journal officiel un décret limitant les remboursements de l’Assurance maladie sur les médicaments « dont le service médical rendu n’est pas majeur et qui ne sont pas irremplaçables et coûteux ». Pour les produits au service médical rendu « modéré » (laxatifs par exemple), la participation des assurés (ou de leur mutuelle) passera à 85 % ou 95 %, contre 70 à 75 % actuellement.
Pour les produits à l’intérêt médical « faible » (par exemple la Betadine, le Gaviscon, les bains de bouche…), la participation des assurés sera encore plus forte, à 93 ou 97 %, contre 80 à 90 % actuellement.
Le gouvernement justifie ces diminutions de prise en charge par la nécessité de maintenir une couverture forte pour les médicaments innovants, notamment en oncologie, auxquels l’Assurance maladie consacrera près de 16 milliards d’euros en 2027.
L’exécutif a également publié un décret relevant à 50 % la participation des assurés et des mutuelles pour les soins dentaires (40 % jusqu’à maintenant). Une mesure vivement contestée par les chirurgiens-dentistes de France qui en réclament lundi « le retrait » et « envisagent notamment un recours pour excès de pouvoir ».
Par Le Nouvel Obs avec AFP