Fougueuse et flambeuse, "Mimi" Ullens n'avait pas les codes du milieu du baron...
Le Pigeon noir, Uccle. Il est presque 20 heures ce 28 mars 2023 lorsqu'elle franchit la porte du restaurant gastronomique au bras de son époux, le baron Guy Ullens. Nous sommes la veille du drame. Pour l'occasion, "Mimi", comme tout le monde sans exception la surnomme, a revêtu ses plus beaux atours. Impossible de ne pas se retourner sur elle. Elle resplendit. Tout le monde la regarde, cela lui plaît. Et à son mari aussi. Bien sûr, elle porte une robe signée La Maison Ullens, sa boutique de prêt-à-porter de luxe. Et balance, sans filtre, sans fard, au couple d'amis, Maurice Lippens et son épouse, qu'ils retrouvent ce soir-là : "J'ai un scoop : La Maison Ullens, cette fois, je la liquide".
EN DIRECT - Procès UllensCela fait des mois déjà que plusieurs amis proches du couple tentent de raisonner Mimi en l'invitant à se débarrasser au plus vite de son affaire de textiles, dont les finances sont dans le rouge, et qui lui aura coûté au total près de… 60 millions d'euros. Mais elle est comme ça, Mimi. Elle suit ses idées, a un culot "monstre" (elle a réussi à faire porter plusieurs de ses robes par Melania Trump) et de l'instinct. Beaucoup d'instinct. Et souvent, ça passe…
Élevée à la dure, battante
Myriam Lechien est née à l'automne 1952 à Cologne. À la maternité, elle ne pèse qu'un kilo et 250 grammes. Les médecins sont sceptiques, mais la petite fille se bat. Son père, Paul, colonel dans l'armée belge, est stationné en Allemagne. Avec sa mère Monique de Drijver, sa sœur et son frère, elle mène une vie stricte, sans excès, sans artifice. Alors qu'elle n'a que cinq ans, ses parents l'envoient dans un internat en Belgique. Elle poursuit ensuite ses études à Namur, puis à Liège.
Libre dans sa tête, indépendante et ambitieuse, Myriam ne craint pas de prendre des risques. Elle lance, à l'âge de 24 ans, sa petite entreprise de services de livraison de salades avant de la revendre quelques années plus tard. Elle a deux enfants, Gilles et Virginie, et divorce deux fois. En 1991, elle ouvre sur l'avenue Louise à Bruxelles Sweetly, une pâtisserie spécialisée dans les gâteaux haut de gamme qui livre aux restaurants.
Elle a dix idées à la minute, travaille quatorze heures par jour. Les commandes affluent, à tel point que même les escaliers de son appartement sont recouverts de petits gâteaux… Elle donne tout, ne lâche rien. Comme toujours. Car Myriam est connue pour cela : c'est une battante. Elle le prouvera encore des années plus tard, en début des années 2000, lorsqu'elle luttera contre un cancer du sein qu'elle surnommera "Nestor".
Assassinat de la baronne Ullens - Un membre du jury remplacé avant la lecture de l'acte d'accusationD'amour et de… crème fraîche
Et puis… vint ce jour où tout a basculé. Son "coup de foudre", comme elle le qualifiera plus tard dans la presse, avec le baron et richissime Guy Ullens de Schooten tandis qu'elle recherche de nouveaux investisseurs pour sa société. Pour rappel, la fortune de Guy Ullens vient de sa mère issue de la famille Wittouck et propriétaire de la Raffinerie tirlemontoise. Pour Mimi, c'est l'amour de sa vie, l'homme qui va lui permettre de réaliser tous ses rêves, y compris les plus fous. Leur liaison, passionnelle, est d'abord clandestine. Car Guy est marié et père de quatre enfants. "Nous avons tenté de résister durant 18 mois jusqu'au jour où nous sommes tombés dans un bac de crème fraîche, ça n'était plus possible de faire autrement. C'est à ce moment que nous nous sommes déclaré notre amour", racontera-t-elle des années plus tard à la télévision française.
"Guy et Mimi, c'était vraiment les amoureux de Peynet. Ils étaient fous l'un de l'autre", raconte un ami proche du couple. Je les vois encore, à l'arrière de ma voiture, en train de s'enlacer comme deux tourtereaux. Ils ne se gênaient pas". Et ce même ami de raconter : "Guy était fasciné par Mimi, par son culot absolument incroyable… qui va d'ailleurs augmenter avec le temps. Plus ses arrières étaient assurés, plus elle prenait des risques. Elle avait des idées originales, lui avait la fortune pour les mettre en œuvre".

La création, en 1993, d'un orphelinat et d'une école au Népal ou encore le lancement, en 2004, de la Fondation Mimi visant à venir en aide aux femmes atteintes d'un cancer en font partie. Dans le milieu caritatif, Myriam entretient l'image d'une femme "au grand cœur".
Six munitions, un Glock et des vêtements ensanglantés : les pièces glaçantes du procès de Nicolas Ullens"Elle faisait mousser tout ce qu'elle avait"
En 1999, au terme de 44 ans de relation et d'un divorce difficile avec sa première épouse et mère de ses enfants, Micheline Franckx, Guy demande Mimi en mariage. "Micheline et Myriam étaient deux femmes totalement opposées : la première, d'une droiture et d'une correction irréprochables, partait du principe que pour vivre heureux, il valait mieux vivre cachés", décrit cet homme influent qui a bien connu Guy et ses deux femmes. Mimi, flamboyante et flambeuse, estimait que pour vivre heureux, il fallait vivre exposés. Il lui fallait tout, et elle faisait mousser tout ce qu'elle avait ou faisait : le plus beau chalet à Verbier, la plus belle bicoque à Saint-Tropez, le plus beau yacht… et même qu'elle était la meilleure amie du prince (à l'époque) Charles. Cela énervait les gens, c'était une manière pour elle de dire : je vous emmerde. C'est ma revanche sur ce que j'ai vécu".
L'affection de Guy au centre du jeu
Myriam, devenue baronne par alliance, n'a pas les codes. Pressée, trop pressée selon certains, elle ne prend pas le temps de les apprendre, de les intégrer. Avec Guy, dans leur somptueuse demeure à Lasne, elle mène grand train. Avec ses beaux-enfants, elle entretient une relation à géométrie variable : elle voit peu l'aîné, Philippe, qui a choisi de vivre en Grande-Bretagne, loin du tourbillon familial, et a de bonnes relations avec Yves, devenu photographe, "un doux, un tendre", paraît-il. Ses rapports sont par contre houleux avec Brigitte et Nicolas qui lui reprochent, sur fond de querelles financières, de leur avoir confisqué l'amour et l'affection de leur père.
"Ce qui était frappant quand on rentrait chez eux, c'est qu'il n'y avait que des photos des enfants de Mimi accrochées au mur", se remémore cet ami de la famille. Pas des enfants de Guy. En revanche, il y avait des photos de tous les petits-enfants avec lesquels Guy et Mimi avaient d'excellentes relations". Un autre ami, du couple cette fois, raconte : "Disons que Mimi a veillé à ce que Guy prenne ses propres enfants en affection, qu'ils soient extrêmement bien traités. Guy a acheté une maison dans le quartier le plus huppé de Los Angeles à chacun des enfants de Mimi, et il a même payé des études à ses petits-enfants à elle".
De quoi faire bondir les enfants de Guy qui y voyaient là une forme de hold-up sur leur héritage. Un ami proche de Guy confie : "Un jour, j'ai osé aborder le sujet avec Guy. Il m'a répondu : "Tu sais, j'ai déjà donné un beau paquet d'argent à chacun de mes enfants. Ils ne peuvent pas se plaindre. Quant à la question du déséquilibre qu'il pouvait y avoir par rapport au traitement très avantageux qu'il accordait à ses beaux-enfants, il m'a fait comprendre qu'il n'y avait rien à voir".
"La marâtre", "celle qui a envoûté"
Il est vrai, nous raconte-t-on en coulisses, que Myriam n'a pas ménagé ses efforts dans les premières années de mariage avec Guy pour endosser, même maladroitement, son rôle de belle-mère. Mais en vain. Car elle reste, aux yeux de certains, la "briseuse de ménage", la "marâtre", la "femme vénale", "celle qui a envoûté Guy" au point de "lui faire perdre son jugement".
Un ami d'un des quatre enfants Ullens témoigne : "Tous les enfants, excepté un peut-être, se sont retrouvés en conflit avec Guy et Mimi. D'abord, parce que Mimi a fait le vide autour d'elle. Elle a pratiqué "le principe du coucou" : je ponds mes œufs et je pousse les œufs des autres en dehors du nid. C'est aussi simple que cela. Par ailleurs, elle a poussé Guy à claquer des sommes d'argent astronomiques pour leur gloire à tous les deux. Ils prenaient leur jet privé pour organiser un anniversaire à Saint-Pétersbourg à plusieurs millions d'euros alors qu'ils refusaient dans le même temps à Nicolas, un des fils de Guy, de l'aider à financer les études de ses enfants".
Ainsi, nombreux sont ceux qui relatent cet épisode de fin de soirée à Verbier, en Suisse, au cours duquel Guy et Mimi, excédés, auraient fini par "foutre à la porte" (sic) de leur chalet Nicolas, son épouse et ses enfants. Le financement des études des petits-enfants était en effet le sujet de la discorde. "Non, vraiment, s'émeut ce même ami, l'incompréhension des enfants Ullens était totale face à la dérive de leur père". Qui relève au passage : "Au cours de sa vie, Guy a toujours été sous l'emprise d'une femme : d'abord de sa mère, Madame Wittouck, puis de sa première femme, qui le tenait, de Mimi bien évidemment, et même à la fin de sa vie, il lui a fallu retrouver quelqu'un… C'est frappant".
De la peur à l'égard de son beau-fils Nicolas
Mimi, quant à elle, renonce au fil du temps à créer un climat serein avec ses beaux-enfants. La rancœur s'accentue, les disputes se multiplient. Elle est cycliquement affublée de surnoms peu élogieux. Les années passent, l'entente familiale se dégrade. Myriam confiera à des proches, notamment à plusieurs reprises à sa fille Virginie, ressentir de la peur à l'égard de son beau-fils Nicolas en raison de son agressivité verbale.
Myriam Lechien, "Mimi" la baronne, qui avait pratiquement terminé la rédaction d'un roman sur sa vie hors du commun, aura-t-elle couché sur papier ses états d'âme, ses derniers ressentis ? Le livre, lui, est toujours dans les cartons...
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.