"Forts orages, vents violents, fortes chaleurs" : comment l'accumulation des sédiments pourrait rendre "inopérants" de nombreux barrages dans le monde d'ici 2060

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Radio France

Publié le 21/08/2026 07:32

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Barrage de Saut-Mortier, au niveau lac de Coiselet, dans le Jura en mai 2023. (Philippe TRIAS / MAXPPP)
Barrage de Saut-Mortier, au niveau lac de Coiselet, dans le Jura en mai 2023. (Philippe TRIAS / MAXPPP)

Selon une étude, 58% de ces installations hydrauliques à petit réservoir et 38% des grands barrages verraient leur capacité de stockage d'eau gravement réduite en raison de l'accumulation de sédiments. Cela concernerait deux milliards de personnes.

Nos barrages vont-ils céder ? Souvent composés de béton, ces réservoirs artificiels servent principalement à stocker de l'eau, contrôler les crues, irriguer des fleuves et même à produire de l'électricité. Ce rôle essentiel pourrait être menacé à l'aube 2060 selon une étude publiée le 5 juin dans la revue de recherche environnementale Nature Sustainability.

Une dizaine de chercheurs alerte sur "la sédimentation dans ces réservoirs [qui] constituent une menace pour la sécurité hydrique mondiale" et soulignent la "vulnérabilité de ces petits réservoirs" sur 550 000 barrages qui concernent plus de deux milliards de personnes dans le monde. D'ici la moitié du siècle, 58% des barrages à petits réservoirs et 38% de ceux à grande capacité pourraient "devenir inopérants" sans aucune intervention, préviennent les auteurs de cette étude.

Ces spécialistes de l'eau expliquent en effet que "les taux de sédimentation ont été sous-estimés dans plus de 75% des régions abritant des réservoirs" avec de faibles espaces de stockages lorsque les études précédentes ne considéraient que les barrages à grandes dimensions. L'accumulation de ces résidus causerait chaque décennie une perte des stocks d'eau au sein de ces réservoirs allant de 2,8% à 7,3% selon les estimations. D'ici 2060, ce sont 58,6% des infrastructures à petits réservoirs et 38,1% des grands barrages de notre planète qui seraient touchés.

Initialement pensés pour résister à la pression de l'eau, ces ouvrages hydrauliques ne sont pas conçus pour supporter les sédiments, ces dépôts de matières constitués à partir de phénomènes naturels et dont le nombre augmente en raison du réchauffement climatique et d'activités agricoles notamment. "Quand il y a de la pluie, de forts orages, des vents violents, de fortes chaleurs… Ces phénomènes météorologiques participent à ce qu'on appelle l'érosion [décomposition des roches et des sols] et c'est là qu'un ruissellement de ces sédiments s'opère, vers les cours d'eau", explique Pierre-Yves Sorel, ingénieur géologue et géophysicien auprès de franceinfo. L'ingénieur précise que "les sédiments, ces matières en suspension, se déplacent vers un endroit fermé que sont les rivières ou les barrages".

Les feux de forêts y contribuent aussi car "la végétation protège en temps normal de l'érosion, un sol nu va se dégrader beaucoup plus vite qu'un sol forestier par exemple", complète Pierre-Yves Sorel, même si ce dernier précise que l'érosion reste un processus encore long selon les conditions climatiques d'un pays à l'autre. En cas d'accumulation de sédiments dans un barrage, le "volume d'eau qui doit être stocké se retrouve réduit" jusqu'à parfois "exercer une pression au pied du barrage également", souligne le géophysicien.

Cette dégradation par les sédiments ne concerne toutefois pas tous les barrages de manière égale. Dans l'étude publiée, les chercheurs identifient 16 zones mondiales qu'ils qualifient de "critiques" comprenant, entre autres, la côte ouest américaine avec ses reliefs ou une partie de l'Asie centrale par exemple. Autrement dit, cela concerne des espaces avec des "climats plus chauds, plus extrêmes", rappelle Aude Vincent, hydrogéologue spécialiste dans la gestion et la protection des ressources en eau.

De son côté, la France semble peu impactée par le phénomène actuellement. La société EDF en charge de plus de 600 barrages dans le pays affirme auprès de franceinfo ne pas avoir relevé de problèmes particuliers sur ses installations en lien avec les sédiments. L'entreprise dit réaliser, entre autres, des "curages qui permettent de désagréger les sédiments", accompagnés d'une "surveillance des phénomènes météorologiques et de leurs prévisions" grâce à 1 100 stations de mesure réparties sur leurs sites.

Les 42 barrages gérés par Voies Navigables de France (VNF) ne sont pas non plus impactés pour le moment, confirme l'organisme public à franceinfo. "Dans la très grande majorité des cas, [la quantité de sédiments] ne représente qu’une faible part du volume utile de stockage, ces ouvrages se caractérisant par une hauteur importante et des retenues d’eau de grande capacité", précise l'opérateur national, en charge de stocker des volumes d'eau afin d'en faire une source d'eau potable et de soutenir les cours d'eau en période de sécheresse.

Même si ni la France ni l'Europe de l'ouest ne sont concernés pour le moment, Aude Vincent rappelle que l'étude fait ses projections à partir "des taux d’érosion actuels", qui peuvent évoluer au gré du réchauffement climatique et de son impact sur les conditions météorologiques. L'entretien régulier des infrastructures permet de les préserver aujourd'hui mais pas nécessairement à l'avenir. L'hydrologue souligne que la solution la plus efficace pour les sauver reste "la lutte contre le changement climatique [qui] est urgente, sinon cela ne fait que créer ou empirer des problèmes".