Forêts : pourquoi la France est "donnée" par rapport à la Belgique
C'est quelque chose de très surprenant : il suffit de passer la frontière entre la Belgique et la France, du côté de Bouillon, de Chimay ou de Beaumont, pour que le prix des forêts chute de moitié. Les experts belges le confirment. Leurs homologues français aussi.
Tel Benoît Léchenault, directeur d'Agrifrance, le pôle "propriété foncière" de BNP Paribas. "Je dis souvent à nos clients que le prix du foncier agricole français est donné, dit-il en souriant. Et ce n'est pas seulement par rapport à la Belgique. Le différentiel se vérifie aussi par rapport à l'Allemagne, au Luxembourg, aux Pays-Bas, au Danemark. Nous avons fait l'exercice il y a quelques années pour les terres de culture : la France se situe dans le bas du tableau, au même niveau que les pays d'Europe de l'Est. Et si cela vaut pour les terres de culture, cela vaut aussi pour les forêts. Même si les terres de culture sont dépendantes du droit de préemption des Safer (sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural)."
Le prix des terres agricoles en Wallonie a grimpé de 51 % depuis 2017En réalité, le grand écart de prix moyen à l'hectare entre la Belgique et la France n'est pas lié à des qualités techniques mais à l'environnement de marché. "Ils sont très différents, poursuit Benoît Léchenault. Plus petit, avec moins d'offres en Belgique. Composé de surfaces plus importantes en France. Car les deux marchés suivent les mêmes tendances."
Plus et moins de 100 hectares
Pour autant, le marché français ne se trouve pas submergé par des candidats acquéreurs étrangers. "Oui, on voit un certain intérêt d'étrangers, de Belges pour ne pas les citer mais on reste principalement sur un marché franco-français porté par des investisseurs privés." Par contre, dans le segment d'Agrifrance, à savoir des forêts de plus de 100 hectares, ce sont des institutionnels (assurances, gros groupements forestiers…) et des professionnels français et étrangers qui le regardent. "En permanence", ajoute l'expert. Que ce soit dans le Grand Est, les Vosges, en Normandie, dans les Landes, les Pyrénées, l'Ariège…
Terres agricoles : les agriculteurs achètent, les non-agriculteurs vendentEt c'est ce marché des grandes transactions qui mène la danse des prix. "On l'a constaté en 2025 (*) mais également cette année. Il y a quelque dix millions de propriétaires de forêts en France mais le marché est surtout porté par les forêts de plus de 100 hectares, avec une hausse du nombre de surfaces vendues. Alors que les prix moyens à l'hectare de ces grandes forêts ont augmenté ces dix à quinze dernières années, ils ont ralenti en 2025." Parce qu'arrivés à un sommet ? "Disons plutôt à un seuil, avec un rendement de 1 %, parfois moins, qui rend les acheteurs plus prudents", répond Benoît Léchenault.
À moins que les terribles incendies des deux étés derniers (plus d'un million d'hectares brûlés dans l'Union européenne en 2025 et déjà près de 680 000 en 2026) commencent à peser sur la perception du risque ? "Le changement climatique est pris en compte, au même titre que les caractéristiques du biotope, note Benoît Léchenault. Mais pas plus aujourd'hui qu'hier. La nouveauté, c'est qu'il y a désormais des incendies partout en Europe. Cela renforce la vigilance (dans l'analyse de la pluviométrie, dans le choix des essences…) et influence l'appétence. Et, à terme, du moins peut-on le supposer, les prix. Les acquéreurs de certaines forêts de hêtres ou de Douglas savent, par exemple, très bien que la replantation dans 30, 40 ou 50 ans devra se faire avec des essences plus adaptées…" Une sécheresse qui ne va toutefois pas automatiquement donner plus de valeur aux forêts du Nord dont les prix rattraperaient ceux de la Belgique…
-- > (*) La dernière note de conjoncture d'Agrifrance sur l'investissement en foncier rural, dans laquelle la filiale de BNP Paribas analyse le marché français des forêts tout comme ceux des terres agricoles et des vignobles, est parue mi-juin.
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