Florian Noack : "Chaque musique évoque immédiatement un univers reconnaissable"
Comment le thème du voyage nourrit-il votre programmation ?
On s'approprie un thème en y prenant ce qui nous parlait déjà. J'avais d'ailleurs enregistré Album d'un voyageur. Les différents langages musicaux, les musiques du monde, m'ont toujours séduit. Beaucoup de grands compositeurs s'y sont intéressés. Chaque musique évoque immédiatement un univers reconnaissable. Lorsqu'on les place côte à côte, chaque langage se définit aussi par ce qu'il n'est pas. Mon premier angle était donc géographique. Puis j'ai constaté que la musique russe était peu présente et j'ai pensé aux Tableaux d'une exposition, qui constituent eux-mêmes une sorte de voyage.
Le voyage est-il aussi une rencontre ?
Le festival est extrêmement convivial. Fany Grégoire se démène pour créer cette ambiance. Des traditions s'installent : après le bal folk de l'an dernier, nous proposons cette année une soirée salsa. Ce sont différentes manières de vivre la musique. Nous multiplions aussi les portes d'entrée : les Tableaux d'une exposition prennent la forme d'un concert-spectacle créé pour la Philharmonie de Paris ; Ça part en fugue, le podcast de Cécile Poss, sera consacré à Mozart. Il y aura aussi des contes et, pour la première fois, un concert pour les tout-petits.
Valère Burnon et ses amis enflamment FlageyComment conciliez-vous les rôles de pianiste et de directeur artistique ?
Il y a tellement de pianistes que j'admire ! Certains projets m'ont été proposés comme interprète et j'ai préféré recommander un autre musicien. C'est un vrai plaisir de se dire : "vous allez découvrir quelqu'un d'extraordinaire". Julius Drake, par exemple : j'ai écouté d'innombrables fois ses disques avec Ian Bostridge. Pour moi, c'est le plus grand accompagnateur. On peut avoir envie de participer à un projet sans ressentir le besoin de le jouer soi-même.
Vous jouez gratuitement dans votre festival ?
Oui, et je trouve cela normal. Pour les Tableaux d'une exposition, je connaissais déjà le spectacle, que j'avais joué il y a longtemps. Ma participation permettait aussi de réduire le budget total. La première année, je m'étais offert un concert pour le plaisir, en invitant des musiciens avec lesquels j'avais très envie de jouer.
Agnes Obel : "Ma fille m'a dit qu'elle ne voudrait pas faire mon métier"Comment attirer le public vers des œuvres moins connues ?
Chaque édition est un pari, même si les dernières ont très bien marché. Le thème aide à raconter une histoire autour d'un événement musical. Un nom célèbre dans notre petit milieu ne dit souvent rien à quelqu'un qui ne connaît pas le classique. Il faut donc proposer un concept ou un événement qui donne envie de venir. Au monastère de Clerlande, nous avions associé un concert à une promenade en forêt. Certains venaient pour la musique et faisaient la balade ; d'autres venaient pour la balade et assistaient aussi au concert. Je l'ai clairement constaté avec le bal folk : des personnes venues pour danser ont découvert le concert de musique ancienne traditionnelle qui le précédait. C'est une manière de faire se rencontrer les publics.
Le festival vous fait-il aussi découvrir "votre" Brabant wallon ?
Oui, mais le mérite de la recherche des lieux revient surtout à l'équipe qui m'entoure. Les personnes qui assurent l'administration du festival apportent aussi beaucoup d'idées. Ma prise de fonction a coïncidé avec mon installation à Bruxelles, il y a deux ans. Cela a participé à ma redécouverte du Brabant wallon, que je ne connaissais finalement pas si bien. J'y trouve beaucoup de plaisir.
Festival Musiq3 du Brabant wallon. Du 26.09 au 04.10. Infos & réservations : https://www.festivalmusiq3.be
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