Florian Lex, impatient, râleur et adepte de la raclette, débarque en Belgique: "Deux femmes m'ont reproché de garder ma barbe quand je joue une femme"

Que ce soient des mères exaspérées, des profs à bout de nerfs ou encore ces petites situations parfois absurdes de notre quotidien, rien n'échappe à l'oeil expert de Florian Lex. Un petit monde que l'humoriste français prend un malin plaisir à caricaturer sur les réseaux sociaux, affublé de sa panoplie d'accessoires. Pourtant, si beaucoup l'ont découvert grâce aux réseaux sociaux, Florian Lex n'a pas attendu l'arrivée des plateformes pour monter sur scène. Bien au contraire.

"Ça fait quatorze ans que je suis sur scène", nous rappelle l'humoriste, qui a fait ses premiers pas au théâtre alors qu'il n'avait que trois ou quatre ans. Une passion qu'il mettra brièvement entre parenthèses, le temps de terminer ses études, avant que le naturel ne revienne au galop. Et hop, deux années de formation plus tard, son premier spectacle voyait le jour. Aujourd'hui, c'est avec Imparfaits qu'il revient sur scène. Un spectacle qui passera notamment par la Belgique, au Cirque Royal, le samedi 17 octobre prochain.

Dans ce spectacle, à l'inverse de vos vidéos, vous n'utilisez aucun accessoire…

"Non, parce que je veux que les gens voient le comédien avant les artifices. Il n'y a pas besoin de porter des perruques et des talons pour jouer une femme, pour que les gens voient une femme sur scène. En vidéo, les gens sont tellement dans la rapidité que quand je fais plusieurs personnages, c'est plus facile."

Votre spectacle s'appelle Imparfaits. En quoi êtes-vous imparfait ?

"C'est Imparfaits au pluriel parce que je parle des gens en général. On dit souvent que personne n'est parfait mais on nous renvoie toujours à un idéal de perfection avec les publicités, sur les réseaux sociaux, avec le corps parfait, la maison parfaite, la famille parfaite, etc. Alors qu'il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte que la réalité est loin d'être parfaite. Et je parle beaucoup évidemment des Français qui râlent, qui critiquent, qui sont toujours en train de juger alors qu'ils ne sont pas du tout exempts de tout ça."

Vous la ramenez tout le temps, vous râlez et vous adorez la raclette… Et vous, quelle est votre plus grosse imperfection ?

"La raclette, ça, ce n'est pas un défaut ! C'est un plaisir de la vie. (Rires) Des défauts, j'en ai plein ! Mais le plus gros, je pense que c'est d'être impatient."

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Vous vous amusez des diktats de la société et de ces petites situations du quotidien. Mais à force, n'est-ce pas fatigant d'observer constamment ce qui se passe autour de vous ?

"Non, parce que je pense que c'est quelque chose que je fais sans m'en rendre compte. D'ailleurs, quand je fais des vidéos sur les profs, l'école et tout ça, ce sont des choses que j'ai retenues quand j'étais gamin. Dès tout petit, j'ai commencé à observer les gens."

Et quand quelqu'un de votre entourage se reconnaît, est-ce qu'on vous l'a déjà reproché ?

"Jamais. Dans mon spectacle, par exemple, il y a un sketch où je parle des parents avec leurs enfants. Ça, clairement, c'est un couple d'amis. Les phrases que je dis sur scène, ce sont des phrases qu'ils ont dites. J'étais un peu stressé parce qu'ils étaient au troisième rang mais dès que j'ai commencé, ils ont vu que c'était eux. Ils se tapaient avec le bras : "C'est nous, c'est nous !" Je crois que c'est la seule fois où j'ai vraiment pris des exemples précis dans mon entourage."

Dans vos vidéos, on vous voit souvent jouer des mères ou des femmes. Qu'est-ce qui vous plaît autant dans ces personnages ?

"Déjà, je suis un homme; donc, je trouve que c'est plus drôle quand quelqu'un joue un personnage du sexe opposé. Même quand une fille joue un mec, je trouve ça plus drôle. Et surtout j'ai une admiration à faire des femmes. Je trouve qu'elles ont un phrasé, elles ont des mimiques, elles ont un pouvoir comique que les hommes n'ont pas. Du coup, c'est beaucoup plus drôle pour moi de faire ça que de jouer des hommes tout le temps."

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Les réseaux sociaux peuvent être impitoyables. En tant qu'homme, on vous voit en robe, en talons, avec des perruques… Recevez-vous des commentaires haineux allant jusqu'à remettre en cause votre masculinité ?

"Des commentaires haineux et des messages haineux, j'en reçois tous les jours. Après, je n'en reçois pas tant que ça sur le fait que je sois un homme qui s'habille en femme. C'est plus les femmes, d'ailleurs, qui vont me faire des remarques. J'en ai reçu deux ce matin. Deux femmes m'ont écrit et m'ont reproché de garder ma barbe quand je joue la femme, que ce n'est pas bien de jouer une femme avec une barbe."

Quand on s'expose comme ça, on doit malgré tout se créer une sorte de carapace ?

"Oui, on se crée une carapace. Après, on reste des êtres humains. Ceux qui disent que ça ne les touche absolument pas, ce n'est évidemment pas vrai. Il y a des niveaux différents. Moi, je sais que ça ne me touche pas forcément. Après, selon notre fatigue, selon notre humeur, on peut être plus touché un jour spécifiquement. Mais il faut se dire que ce sont des gens qui sont très malheureux dans leur vie et que, nous, en faisant ça, on est très heureux. Donc, tant pis pour eux."

Vous êtes-vous déjà mis des limites en vous disant qu'un personnage risquait de provoquer davantage de commentaires ?

"Je ne me mets pas de limite par rapport aux haineux, je ne fais pas ce métier-là pour eux. Par contre, dans l'écriture de mes sketchs en vidéo, je me censure énormément. Que ce soit en personnage, en texte, en blague, etc. Et même en me censurant énormément, quand je poste mes vidéos, il y a des blagues qui vont faire débat dans les commentaires. Moi, en l'écrivant, en tournant et en montant la vidéo, à aucun moment je ne me dis : "Mais cette blague-là va faire polémique." Aujourd'hui, les gens n'ont plus trop de second degré, ils n'ont plus d'autodérision; donc, c'est très compliqué d'être humoriste aujourd'hui. Et j'ai peur que ça soit de pire en pire."

Y a-t-il malgré tout une différence entre les réseaux sociaux et la scène ? Le public a-t-il davantage de second degré en spectacle ?

"Oui parce que les gens qui viennent me voir en spectacle ont payé pour me voir. Donc, ils ont déjà une approche différente de ceux qui restent dans leur canapé à regarder des vidéos gratuites sur leur téléphone. Et, puis, un spectacle vivant, ça porte bien son nom. Il y a l'ambiance, il y a l'énergie de la salle. Il y a une blague qui, peut-être, en vidéo ne serait pas passée auprès de cette personne-là mais sur scène, elle peut être morte de rire parce qu'il y a l'univers autour, les gens autour. J'ai eu le temps d'installer le décor du sketch. Sur les réseaux sociaux, ce sont des vidéos qui durent une minute. En une minute, on doit installer le décor, installer le personnage, expliquer le sketch et finir le sketch. C'est hyper rapide."

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Aujourd'hui, même en faisant de la scène, pourriez-vous vous passer des réseaux sociaux ?

"Non. Mais il faut que les gens prennent conscience que ce qu'on fait, les humoristes, sur les réseaux sociaux, c'est bénévole. On prend notre temps pour le faire, on n'est pas payé pour le faire. Ce qui nous nourrit, c'est le spectacle. Il y a beaucoup de gens qui pensent qu'on est extrêmement bien payés pour faire des vidéos. Mais, non, pas du tout. Les réseaux sociaux nous payent parce qu'on fait des placements de produits ou des choses comme ça. Mais pas quand on fait des vidéos avec des perruques dans une cour en jouant une maman. Il existe des rémunérations sur certaines plateformes mais il faut faire de millions de vues pour en retirer quelques bénéfices."

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C'est d'ailleurs grâce aux vidéos que vous êtes arrivé dans Scènes de ménages ?

"Un jour, je reçois un message. Ils ont vu mes vidéos, ils ont adoré. Ils m'ont dit : "Est-ce que tu veux avoir un rôle dans Scènes de ménages pour jouer le rôle de Max ?" J'ai dit oui. Et ce qui est vraiment génial avec Scènes de ménages, c'est qu'il n'y a vraiment pas de barrière. Ils m'ont dit : "Est-ce que tu veux avoir ce rôle-là ?" Ils m'ont donné deux, trois caractéristiques : il a tel âge, c'est le neveu d'un tel personnage… Et c'est tout. Je suis arrivé sur le décor le premier jour de tournage. Je n'avais jamais passé de casting avec eux. Personne ne m'avait jamais vu jouer. Ils ne m'ont donné aucune indication sur le personnage. Ils m'ont dit : "Tu fais ce que tu veux.""

Florian Lex sera en spectacle au Circle Royal le 17 octobre prochain. Tickets : ici

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