Festival d'Avignon "off" : quand le théâtre s'empare de la défense de la biodiversité
La question environnementale est l'une de celles qui inspirent le plus de pièces présentée au coeur de ce Festival d'Avignon. Parmi elles, "La Plaidoirie des Forêts" et "Pourquoi les gens qui sèment" abordent la question sous l'angle politique pour l'une, judiciaire pour l'autre.
Par Julien Baldacchino Publié le lundi 20 juillet 2026 à 07:30
Avec plus de 1 700 spectacles qui se jouent, cette année, dans le festival "off" d'Avignon, il y a forcément des points de connexion qui se dessinent entre des pièces, des thèmes qui rassemblent plusieurs auteurs et autrices. C'est le cas particulièrement cette année de la question écologique, et en particulier, de la protection de la biodiversité.
Chaque jour, dans "La Plaidorie des Forêts", se rejoue un procès, celui de militants écologistes accusés d'être entrés avec effraction et d'avoir tagué les murs d'une entreprise. Celle-ci, pour s'agrandir, doit arracher un arbre... or cet arbre est un chêne vieux de 400 ans. Petit à petit, ce procès se transforme en plaidoyer pour la défense de cet arbre et de son histoire, de ses racines, dans tous les sens du terme.
"Un miroir avec la société"
"Le réel rejoint énormément la pièce, il y a une sorte de miroir avec la société, on est dans le théâtre et en même temps on est dans le réel", explique Françoise Cadol, qui a écrit, met en scène, et qui interprète la pièce, et qui voit, particulièrement pendant cet été marqué par des catastrophes climatiques, un écho très fort du sujet de la pièce. "On se pose des questions ensemble avec le public, et on pose des questions, sans y apporter de réponses, qui concernent la condition humaine", ajoute Rémi Bichet, lui aussi interprète et metteur en scène. "Et ça parle bien sûr de l'arbre, mais plus globalement de la biodiversité, du vivant : on ne peut rien sans tout ça", complète Françoise Cadol.
À écouter
France Inter
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Autre pièce, autre style... mais toujours une certaine représentation du pouvoir. Dans "Pourquoi les gens qui sèment", il n'est plus judiciaire, mais exécutif : la pièce raconte l'histoire d'amour entre un préfet et une militante écologiste... dans un département où une lutte contre les mégabassines, qui n'est pas sans rappeler celle de Sainte-Soline, fait rage.
"Eviter l'écueil qui consiste à tracer une ligne entre les bons et les mauvais"
En adoptant tour à tour le format de la réunion publique, du point presse ministériel, et même de l'interview (où l'on reconnait sans difficulté un pastiche de France Inter), la pièce nous fait vivre de l'intérieur les dilemmes qui habitent chacun des personnages : "Je voulais surtout éviter l'écueil qui consiste à tracer une ligne entre les bons et les mauvais", explique Sébastien Bizeau, auteur de la pièce. "On souffre d'une polarisation du débat qui, de part et d'autre, renvoie celui d'en face au camp des mauvais, des opposants. L'enjeu, c'est de montrer que de chaque côté on a des êtres humains, faits de plein d'injonctions qui peuvent s'opposer, et de se demander comment on peut apprendre à réentendre l'autre."
Ces deux pièces sont engagées sans pour autant choisir à notre place le camp dans lequel on souhaite se placer. Elles interrogent, posent des questions, et nous laissent, en tant que public, y réfléchir. Mais dans un cas comme dans l'autre, grâce à une écriture fine et une mise en scène ancrée dans le réel, elles portent chacune à leur manière une lueur d'espoir.