« Faire avancer les choses » : pourquoi la création d’un Comité d’intérêt local peut changer la donne dans la cité de la Beaucaire à Toulon
Un Comité d’intérêt local (CIL) vient de voir le jour à la Beaucaire pour porter les doléances de ses habitants jusqu’en mairie de Toulon. Une première, loin d’être anodine dans ce grand quartier HLM de la capitale du Var. Explications.
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M.D
Mathieu Dalaine
Créé le 22 septembre 2026 • 07:15
Mis à jour le 22 septembre 2026 • 07:15
CAMILLE DODET / Nice-matin
Thé à la menthe et profusion de pâtisseries orientales. À l’issue de la réunion du Comité d’intérêt local (CIL) de la Beaucaire, mi-septembre, les organisateurs ont respecté à la lettre la tradition du « pot de l’amitié » avec leurs adhérents et les élus municipaux. Aucune fausse note pour la toute première assemblée de l’association, mais un joli moment de convivialité. « On est là pour que le quartier fonctionne le mieux possible » a lancé tout sourire la maire de Toulon Josée Massi, devant une quarantaine de personnes.
À la tête de ce CIL : Hacen Djemai, 55 ans, « né à la Beaucaire ». C’est lui qui aura la charge d’animer une structure qui n’existait pas jusqu’alors dans la banlieue de l’Ouest toulonnais. Et ce, sur le modèle de ce qui se fait aux quatre coins de la ville depuis des années. « On est venu me chercher et j’ai accepté le rôle. Les gens me connaissent bien, ici. Un CIL, ça peut faire avancer les choses ». Comment ? En contribuant notamment à faire remonter sur le bureau des décideurs les doléances des résidents de cette cité HLM de 4 000 habitants, classée « quartier prioritaire de la politique de la ville » (QPV).
Une association apolitique ?
Pour la municipalité, qui avait dépêché quelques élus pour ce rendez-vous programmé à l’espace Beaucaire (Corinne Jouve, Geneviève Levy, Ali Khalfaoui, Claudie Defianas…), c’est également l’occasion de concrétiser le concept de « démocratie de proximité » tant vanté pendant la campagne des dernières élections municipales. Autre opportunité pour l’équipe en place : trouver un relais « neutre » dans ce territoire urbain qui cumule les difficultés.
Mathieu Dalaine/Var-matin
S’il n’est pas question d’officine de tel ou tel parti, sur place, certaines associations entretiennent des liens plus ou moins assumés avec le monde politique local. À l’image du Galb (Groupement d’action des locataires de la Beaucaire), créée sous l’impulsion de la France insoumise pour lutter contre l’augmentation des charges. Ou de l’Aval (Association varoise d’action des locataires), dont l’incontournable présidente Jacqueline Matheron a longtemps servi d’intermédiaire à l’ancien maire Hubert Falco.
La question de la salle de prière
Hacen Djemai, lui, jure n’être guidé que par l’ambition « d’améliorer le cadre de vie ». Parmi les revendications des riverains : plus de propreté, une lutte accrue contre les voitures ventouses, la mise en place d’une aire de jeux pour les enfants, une amélioration de la voirie, de l’éclairage public et de l’habitat. Josée Massi a toutefois tenu à poser ce bémol devant les questions de ses interlocuteurs : « Le CIL n’est pas là pour gérer les soucis de locataires ou accompagner les demandes de logement. Pour cela, il y a le bailleur social Toulon Habitat Méditerranée. »
Frank Muller/Var-matin
Entre autres requêtes, un sujet est appréhendé avec prudence par la municipalité : la salle de prière ; l’actuelle étant jugée trop exiguë par la communauté musulmane qui la fréquente. « Aujourd’hui, on est obligé de prier dehors, même quand il pleut », déplore ce fidèle du lieu cultuel installé au pied d’une des quatre tours. « On a conscience de cette problématique », reconnaît Josée Massi. « Il ne s’agit pas de construire une mosquée mais on a identifié des locaux vides qui pourraient être adaptés. »
Reste un défi de taille pour le nouveau CIL : fédérer les habitants, dans un quartier marqué par un sentiment de déclassement et d’abandon des pouvoirs publics. Et où plus de 56 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Comment convaincre aussi la quarantaine d’associations œuvrant dans le quartier que le CIL peut désormais devenir leur porte-voix auprès de l’hôtel de ville ?
« Pour résoudre les problèmes, c’est plus simple d’avoir un interlocuteur qu’une multitude », a résumé Josée Massi. « Et tout problème a une solution ». Afin de convaincre de sa bonne foi, la maire a mis en avant plusieurs projets susceptibles de changer le visage du quartier dans les années à venir : une maison des services publics et une nouvelle école en lieu et place des anciens locaux de la CAF.
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