Facturation électronique : "la France n’a pas la législation la plu...

Maud Christophe, directrice du développement chez Voxel, à propos de la facturation électronique : "Nous avons déjà eu l’expérience au Mexique, en Italie" - Depositphotos.com, mrgao
Le 1er septembre pourrait donner une certaine vision du chaos administratif et économique d'un pays impréparé à une réforme.
En effet, la France va passer dans l'ère de la modernité, en basculant dans la facturation électronique.
Pour autant, tous les tickets ne vont pas disparaitre, car cela concerne les transactions entre entreprises.
Pour l'Etat, l'enjeu est plus ou moins simple : tracer la TVA et faire rentrer de nouvelles recettes, en évitant qu'un pan de l'activité tombe dans une zone grise.
Sauf que parfois, en France, ce genre de manœuvre peut être chaotique.
Alors qu'elles devraient être toutes prêtes, d'ici un mois et demi, à recevoir leurs factures par voie électronique, seulement 2 millions d'entreprises, sur les 11 millions que compte la France, seraient en réalité opérationnelles selon La Tribune.
Et si l'Etat a pris conscience du chaos qui s'annonce, il a aussi affirmé son intention d'être bienveillant envers les acteurs qui feront preuve de bonne foi car ils rencontreraient des difficultés techniques ou d'organisation pour se conformer aux exigences.
En revanche, l'amende pourrait être salée pour les entreprises qui n'apporteront pas les preuves pour attester de la problématique à se convertir à la réforme, la somme pouvant atteindre 15 euros par facture non ou mal transmise.
Facturation électronique : "Nous, on a déjà eu l’expérience au Mexique, en Italie"
Après presque trois décennies d’existence, la société en a vu passer des réformes de facturation électronique à travers le monde !
Aussi, pour la responsable, et alors que la date butoir du 1er septembre approche, il n’est pas encore l’heure de s’alarmer, même si certains acteurs du tourisme sont à la traîne, notamment ceux qui n’avaient pas enclenché la marche de la digitalisation.
Car, avant la France, le prochain pays à basculer dans cette nouvelle ère est… le Chili ! Derrière, d’autres pays d’Amérique latine vont suivre.
"En Europe, l’Italie a été pionnière, car elle a mis en place cette réforme en 2019, pour des questions de contrôle de la TVA et de lutte contre la corruption. En 2026, il y a eu la Pologne et la Belgique en janvier-février, puis la France en septembre, et l’Allemagne suivra en 2027, résume Maud Christophe.
Progressivement, on voit que de nombreux pays passent à cela pour des motifs variés".
A ce propos, la mise en place de la facturation électronique en Italie n’a pas été neutre.
Pour le comprendre, il suffit de regarder du côté de l'indicateur européen VAT Gap, qui mesure l’écart de conformité à la TVA. Ce dernier représente la différence entre les recettes qui seraient perçues si tous les contribuables respectaient la réglementation fiscale et les recettes effectivement perçues, selon le site de la Commission européenne.
En Italie, il est passé de plus de 19% à 15%. En France, il ne serait que de 5,6%.
Au-delà de cet indicateur et si, dans le cas de la France, l’obligation est fixée par le gouvernement, la dématérialisation devrait avoir tout de même des bienfaits pour les industriels du tourisme, car elle permet d’être à jour au niveau de sa trésorerie.
En effet, à l'heure actuelle, "dès qu’il y a un problème sur un processus papier ou manuel, l’hôtelier va envoyer sa facture à l’agence de voyages, qui va mettre deux à trois semaines avant de la traiter. Donc, s’il manque par exemple le numéro de réservation, elle va envoyer un mail ou téléphoner à l’hôtel pour qu’il renvoie la facture.
Tout cela s’étire dans le temps. Ce temps perdu, c’est de la trésorerie en moins
", explique Maud Christophe.Elle poursuit : "Nous avons déjà eu l’expérience au Mexique, en Italie, etc. Chaque pays a évidemment ses spécificités, mais ce n’est pas quelque chose de complètement nouveau pour nous.
Il y a beaucoup d’inquiétude, mais la France n’a pas la législation la plus complexe sur le sujet. Et puis nous sommes là pour accompagner et rassurer les professionnels du tourisme.
Alors, bien sûr, les grandes entreprises du secteur s’y sont déjà prises en amont ; ce sera peut-être un peu plus laborieux pour les plus petites. Et effectivement, pour les professionnels du tourisme qui travaillent encore de façon très manuelle et assez peu digitale, cette réforme leur impose de passer à une digitalisation, en plus de se mettre à jour vis-à-vis de cette nouvelle obligation,
", analyse la directrice du développement.

Facturation électronique : "Pour les PME, il n’y a pas de grand changement" selon Maud Christophe (Voxel) - Crédit photo : Voxel
Ainsi, dès le 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir des factures électroniques.
Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire devront, en plus, être en capacité de les émettre.
Les petites entreprises, qui représentent quasiment l’ensemble de l’industrie touristique à quelques exceptions près, auront un répit pour l’émission des factures jusqu’à la rentrée prochaine.
A lire : Entreprises du tourisme : que vous réserve la fiscalité en 2026 ?
"Pour les PME, il n’y a pas de grand changement. La première étape, c’est qu’elles vont être obligées de sélectionner une plateforme agréée pour la réception de factures. Pour celles qui ne l’ont pas fait, elles ont encore jusqu’au 1er septembre pour le faire.
Cette plateforme agréée va donc venir chercher toutes les factures des grands clients des agences de voyages. Elles continueront de recevoir des factures papier ou par e-mail de leurs plus petits fournisseurs
", ajoute Maud Christophe.Les PME vont pouvoir ensuite potentiellement les intégrer dans leur système comptable ou alors aller chercher ces factures sur la plateforme agréée.
En résumé, les entreprises françaises assujetties à la TVA doivent utiliser une plateforme agréée pour recevoir leurs factures d’ici à début septembre. Voxel fait bien sûr partie de cette catégorie.
A noter que la réforme va s’accompagner d’un coût supplémentaire, dans une période où le business model de certains acteurs est soumis à rude épreuve. "Les agences nous disent qu’elles ne payaient rien avant pour recevoir leurs factures et nous questionnent : pourquoi, demain, est-ce que je devrais payer ? Ce qui est totalement légitime, souligne la directrice du développement de Voxel.
Je leur conseille de partir sur une digitalisation complète de leur activité, car actuellement des personnes sont employées pour faire rentrer manuellement les factures dans le système comptable, puis les rapprocher. Tout cela a un coût très élevé pour une entreprise.
Avec la digitalisation intégrale, il est possible d’avoir un personnel vraiment dédié aux tâches à valeur ajoutée
", conclut-elle.
