Face à la pénurie d’infrastructures sportives, des clubs obligés de céder leurs créneaux d’entraînement certains vendredis à Draguignan
À Draguignan, ce n’est pas un secret, il manque des infrastructures sportives. Mais surtout, il semble manquer une vision. La rentrée sportive aurait pu être celle des ambitions, des nouveaux licenciés et des performances à venir. Elle démarre plutôt sous le signe des arbitrages, des frustrations et des créneaux que l’on déplace. La raison est connue : les équipements sont saturés. Ce qui l’est moins, c’est la réponse apportée à une situation qui, pourtant, n’a rien de nouveau.
Plus de douze ans. C’est le temps écoulé sans aucune construction d’un nouvel équipement sportif majeur par la Ville ou l’Agglo (le gymnase Chabran ayant été réalisé par la Région). Douze années durant lesquelles les associations ont continué à se développer. Le nombre de licenciés a augmenté. Les disciplines se sont multipliées. Les clubs se sont structurés. Certains obtiennent aujourd’hui des résultats qui dépassent largement le cadre local. Le Draguignan Var handball (DVHB), appelé désormais Les Dragons, en est l’exemple le plus emblématique.
Le club avait pourtant annoncé, il y a plusieurs années déjà, son ambition de rejoindre le niveau professionnel. Une réussite sportive qui aurait dû être perçue comme une chance pour le territoire. Mais le haut niveau a ses exigences. Un gymnase adapté. Des créneaux. Une organisation à la hauteur.
Un club peut gagner ses matchs. Une municipalité, elle, doit gagner la bataille de l’anticipation. Et sur ce terrain-là, les questions sont nombreuses. Car la difficulté n’est pas apparue au cœur de l’été. La pénurie actuelle était prévisible. Le maire, Richard Strambio l’avait reconnue, lui-même, lors de la campagne municipale au premier trimestre 2026 (lire ci-contre).
Depuis le printemps, le DVHB est en proligue. Mais de l’autre côté, rien n’a suivi… (1) Résultat, pour cette rentrée, plusieurs clubs sont sommés de céder des créneaux au sein de la Maison des sports et de la jeunesse (MSJ), certains vendredis, afin de permettre au club de handball de disputer ses rencontres en deuxième division (2).
Au total, douze soirées devraient être sacrifiées sur l’autel d’une équation devenue insoluble : faire entrer davantage de sport dans des équipements qui n’ont pas grandi au même rythme. Le plus étonnant n’est peut-être pas la décision. Mais plutôt la méthode. Car, selon certains représentants d’associations, l’information ne leur a été communiquée que très tardivement : la veille de la rentrée sportive. Les clubs n’auraient même pas été consultés en amont.
« Les matchs du DVHB ne sont plus le samedi soir mais le vendredi soir. Du coup, c’est tout pour le handball », confie un entraîneur. Seule solution a priori pour les structures associatives concernées, déplacer leurs cours les soirs de match à un autre moment, lorsque cela est possible, en fonction des disponibilités de la MSJ.
« Nous espérons encore pouvoir maintenir certains entraînements le vendredi après-midi, mais rien n’est sûr. Nous attendons une réponse des élus », indique un autre représentant de club sportif. « C’est contrariant. »
Difficile, en effet, dans ce contexte de s’organiser… D’autant plus que le prochain match à domicile des Dragons a lieu vendredi prochain.
1. Contactée à plusieurs reprises, la municipalité a indiqué que ni le maire, Richard Strambio, ni l’adjoint aux sports, Bernard Bonnabel, ne pouvaient répondre à nos sollicitations.
2. Les soirs de matchs à domicile, la MSJ ne devrait plus être accessible aux autres disciplines, à l’exception de la boxe qui bénéficie d’un accès direct au boulevard Général-Leclerc.
Nouvel équipement en centre-ville ?
Il y a plus de six mois, pendant la campagne électorale, le candidat Richard Strambio avait promis la création d’une nouvelle infrastructure en centre-ville. Une promesse séduisante. Mais une promesse qui appelle désormais des questions très concrètes. Où sera-t-elle construite ? Quand les travaux commenceront-ils ? Quel sera son coût ? Quelle capacité aura-t-elle ? Et surtout : pourquoi, alors que la saturation est manifeste depuis plusieurs années, aucun calendrier précis ne semble pouvoir être présenté ?
Le paradoxe dracénois
La commune possède un tissu associatif sportif dynamique, des clubs capables de performer, des bénévoles prêts à donner de leur temps. Elle possède aussi des jeunes qui veulent pratiquer. Mais elle affiche des infrastructures vieillissantes et manque cruellement de place. La Ville veut-elle réellement accompagner cette dynamique ou simplement la gérer au jour le jour ? Car gérer l’urgence, c’est demander à un club de libérer une soirée. Anticiper, c’est prévoir l’évolution des effectifs et des niveaux de compétition. Après les discours, place aux actes !