EXCLUSIF. Matthieu Pigasse veut racheter Fibre Excellence : "Un bonimenteur de foire !" L'homme d'affaires répond à La Dépêche et dézingue le ministre de l'Economie
l'essentiel Candidat à la reprise de Fibre Excellence, le groupe en redressemennt judiciaire qui exploite les usines de pâte à papier de Saint-Gaudens et Tarascon, Matthieu Pigasse est au cœur d’un bras de fer avec l’État. Après les critiques virulentes du ministre Roland Lescure, qui a jugé que son offre "manquait totalement de crédibilité", l’homme d’affaires répond et détaille son projet industriel. Entretien exclusif.
Roland Lescure estime que votre offre "manque de crédibilité" et relève davantage d’un acte politique que d’un projet industriel. Que lui répondez-vous ?
Nous, nous ne faisons pas de politique. Nous sommes des entrepreneurs et des investisseurs. Je n’ai jamais communiqué sur ce dossier, précisément pour ne pas laisser penser que nous faisions de la politique. Notre offre est multipartisane puisqu’elle associe les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur, présidées par Carole Delga et Renaud Muselier. Elle est également soutenue par l’ensemble des syndicats. Les seuls à faire de la politique dans cette histoire, c’est l’État.
Lorsque j’écoute Roland Lescure, je vois un mélange de mépris et d’humour déplacé et malvenu sur le dos des salariés. Il y a près de 700 emplois directs et 10 000 emplois indirects en jeu. Ce sont des sujets sérieux. Nous avons demandé à plusieurs reprises à rencontrer l’État, comme les régions et les syndicats. Ces demandes ont été refusées. Je trouve honteux ce mépris sur une situation aussi grave.
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Le ministre vous accuse, en substance, de vouloir investir avec "l’argent des autres"…
C’est l’attaque d’un bonimenteur de foire. Je ne comprends pas le mépris à l’égard d’un investisseur qui s’engage et met son argent pour sauver des emplois. Roland Lescure parle de 100 millions d’euros apportés par l’État. Mais où sont-ils ? Le seul engagement financier réel est la revalorisation des contrats d’achat d’électricité, à hauteur de 8,5 millions d’euros. Tout le reste, ce sont des garanties, des prêts remboursables ou un effacement de dettes qui, en cas de liquidation, ne seraient de toute façon pas remboursées.
Notre offre est une offre collective. Il ne s’agit pas de nous. Elle réunit les 2 régions, de nombreux investisseurs, et représente un tour de table de 91 millions d’euros. Si les profits prévus par le plan d’affaires sont réinvestis durant les quinze prochaines années, plus de 300 millions d’euros seront engagés dans l’entreprise. Présenter notre projet comme reposant uniquement sur l’argent public est faux.
Votre holding apporterait pourtant entre 5 et 8 millions d’euros. Est-ce suffisant ?
Nous avons fait exactement ce qui nous avait été demandé. On nous a sollicités pour aider à sauver cette entreprise. Nous avons constitué une solution avec les deux régions, les syndicats et plusieurs investisseurs. En six semaines, nous avons bâti un nouveau plan d’affaires, un projet industriel sur dix ans et trouvé des financements qui n’existaient pas, notamment par l’affacturage et le lease-back.
Notre offre a été jugée "crédible" par le cabinet Secafi et "sérieuse et aboutie" par les administrateurs judiciaires. Elle est soutenue par les collectivités, l’intersyndicale et nos partenaires financiers. Le seul à la déclarer non crédible est un ministre avec lequel nous n’avons jamais pu échanger directement.
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Pourquoi vous engager dans un dossier aussi risqué ?
Nous avons été sollicités par la Région Occitanie et par Sophie Binet. Fibre Excellence est un acteur industriel national unique, qui représente 20 % du bois d’industrie français et fait vivre une filière de 10 000 emplois indirects. Nous sommes convaincus qu’il existe des perspectives économiques pour la pâte à papier.
Le projet consiste à sortir progressivement des produits de commodité, très dépendants des marchés internationaux, pour développer des produits à plus forte valeur ajoutée destinés aux marchés français et européen : le papier renforcé pour les emballages alimentaires, la pâte "fluff" destinée aux produits d’hygiène et, à plus long terme, la captation de CO2 biogénique.
Tous les emplois seraient-ils maintenus ?
Notre offre prévoit la reprise de l’intégralité des salariés. Les nouveaux produits offrent des marges plus élevées et peuvent donc sécuriser les emplois, voire entraîner des embauches avec l’apparition de nouveaux métiers et de nouveaux clients. Plusieurs options industrielles sont possibles entre Saint-Gaudens et Tarascon, selon les investissements et le calendrier retenus.
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Comment comptez-vous faire face à l’envolée du prix du bois et aux difficultés liées à l’énergie ?
Nous demandons d’abord une hausse de l’approvisionnement auprès de l’Office national des forêts. Il ne représente aujourd’hui que 5 % du bois utilisé par Fibre Excellence, contre 25 % il y a dix ans. L’État propose de passer à 10 %, ce qui reste insuffisant.
Nous voulons aussi renouer avec la filière bois. Une quarantaine d’acteurs ont adressé des lettres d’intention et certains fournisseurs sont prêts à entrer au capital. Il faut également redynamiser les filiales d’approvisionnement de Fibre Excellence afin de diversifier les ressources et d’accéder directement à du bois moins cher. Sur l’énergie, nous demandons que les turbines produisant de l’électricité verte bénéficient des mêmes conditions de rachat.
Êtes-vous prêt à réinjecter des fonds en cas de nouvelle crise ?
Une fois que nous sommes engagés, nous le sommes pour le long terme. Si notre projet aboutit, nous serons là dans la durée, avec le soutien nécessaire. C’est une évidence. Mais notre offre repose sur plusieurs conditions adressées à l’État. Nous avons respecté nos engagements, nous attendons maintenant que l’État bouge.