Evenepoel, van Aert, Seixas, son amour pour le Canada, Greg Van Avermaet se confie avant les Mondiaux : "Remco a encore une marge de progression"

Le débit de parole est encore plus rapide que d'habitude. Enthousiaste à l'idée de parler des championnats du monde dont il est l'ambassadeur, Greg Van Avermaet ne cache pas sa fierté et son bonheur de retourner, dès mardi, au Canada, un pays avec lequel il a tissé un lien affectif au fil de ses dix participations aux Grands Prix de Québec et de Montréal. "J'ai pu monter plusieurs fois sur le podium à Québec et je me suis imposé à deux reprises à Montréal, ça a, je pense, contribué à ma popularité de ce côté-là du Canada", lance-t-il avant de nous accorder un long entretien.

Greg, vous venez de ramener de Nice une médaille de vice-champion du monde d'Ironman 70.3 dans votre catégorie (40-44 ans)…

Je suis très content, même si, l'an dernier, j'avais été champion du monde. Mais la course avait alors eu lieu en novembre, ce qui m'avait laissé davantage de temps pour me préparer.

Vous avez réalisé une remontée spectaculaire à vélo, passant de la 150e place à la première. Comment avez-vous vécu cette course ?

La natation est clairement mon point faible, même si j'ai un peu nagé quand j'étais jeune. Je suis donc sorti de l'eau très loin des premiers. Ensuite, j'ai réussi à remonter tout le monde à vélo pour prendre la tête. Et je suis resté premier jusqu'au 18e kilomètre de la course à pied.

Greg Van Avermaet vient de prendre la 2e place des Mondiaux de semi-Ironman dans sa catégorie d'âge.
Greg Van Avermaet vient de prendre la 2e place des Mondiaux de semi-Ironman dans sa catégorie d'âge. ©DR
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Combien d'heures vous entraîniez-vous chaque semaine pour préparer ce rendez-vous ?

Entre 15 et 20 heures par semaine, avec beaucoup plus de vélo que de natation ou de course à pied.

guillement

Je considère cette nomination comme une reconnaissance de mes performances au Canada au fil des années.

Vous avez également été choisi comme ambassadeur des championnats du monde au Canada. Qu'est-ce que ça représente pour vous ?

Beaucoup de choses. Je suis belge et je ne pense donc pas être le premier choix évident pour devenir ambassadeur d'un championnat du monde aussi loin de chez moi. C'est un véritable honneur. Je considère cette nomination comme une reconnaissance de mes performances au Canada au fil des années. J'y ai souvent participé et je suis monté à de nombreuses reprises sur le podium, avec notamment deux victoires à Montréal. J'ai également développé une relation très forte avec l'organisation et son patron. Je pense que c'est aussi pour cette raison qu'ils m'ont choisi.

Vous avez donc un lien particulier avec le Canada depuis votre première participation en 2012 ?

Oui, absolument. Lors de ma première course à Québec, j'avais terminé deuxième. C'était un peu un nouveau monde pour moi et je m'y suis immédiatement senti bien. L'ambiance était très détendue, l'organisation impeccable et l'hôtel quasiment sur place. Les deux parcours me convenaient également très bien. J'y suis donc toujours retourné avec l'envie de réaliser une bonne performance et j'en suis presque toujours reparti satisfait.

Qu'est-ce qui explique, selon vous, cette ambiance si particulière à Québec et Montréal ?

L'organisation joue un rôle énorme. On dort à l'hôtel, on n'a pas besoin de prendre un bus pour rejoindre le départ. On peut se déplacer facilement, aller en ville, prendre un café ou simplement se promener. Les transferts et les contraintes que l'on connaît souvent en Europe sont beaucoup moins présents. Cela donne presque l'impression d'être en vacances, tout en étant là pour une compétition. On se retrouve une heure avant la course et, une fois celle-ci terminée, on est très rapidement de retour à l'hôtel. Cette atmosphère différente, liée aussi au fait d'être sur un autre continent et loin de chez soi, plaît énormément aux coureurs.

Quel est votre meilleur souvenir canadien ?

À vélo, je pense évidemment à mes deux victoires à Montréal, en 2016 et 2019. Mais, plus globalement, ce sont mes douze podiums sur les deux courses. Mon meilleur souvenir reste peut-être l'amitié créée avec l'organisation. Être aussi loin de chez soi et être reconnu par beaucoup de personnes au bord du parcours est assez particulier. Au fil des années, on tisse des liens et cela finit par marquer une personne.

Vous avez aussi découvert certaines traditions culinaires québécoises…

Je suis surtout un grand fan de bagels. J'en ramène souvent en Belgique. Le sirop d'érable est évidemment incontournable et j'ai aussi goûté à la poutine. Mais pour un cycliste professionnel, ce n'est pas vraiment l'idéal sur le plan nutritionnel (il sourit). Je n'en ai donc jamais abusé !

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Vous avez même reçu un maillot de l'équipe de hockey sur glace de Montréal à votre nom. Dans quelles circonstances ?

C'était lors de mes adieux en 2023. J'avais disputé mes dernières courses au Canada et l'organisation m'avait offert ce maillot personnalisé. Ce sont des petits détails comme celui-là qui comptent énormément pour les coureurs. C'est aussi une des raisons pour lesquelles ils aiment autant venir au Canada : ils peuvent véritablement profiter de l'expérience et s'amuser un peu en dehors de la compétition. J'avais trouvé très sympathique qu'ils pensent à me mettre à l'honneur lors de cette fête.

Au soir de sa dernière participation au GP de Montréal, Van Avermaet a reçu un maillot à son nom de l'équipe locale.
Au soir de sa dernière participation au GP de Montréal, Van Avermaet a reçu un maillot à son nom de l'équipe locale. ©Yves Perret / YP Medias

Avez-vous déjà assisté à un match de hockey sur glace ?

Non, mais je pourrais le faire la semaine prochaine. Je verrai selon mes obligations d'ambassadeur. En tout cas, c'est une expérience que j'aimerais vraiment vivre un jour.

Justement, quel est votre rôle pendant cette semaine en tant qu'ambassadeur ?

Il faut être sociable, être présent un peu partout, créer du contenu pour les réseaux sociaux et surtout susciter de l'enthousiasme autour des championnats du monde. Il faut aussi créer un lien entre les coureurs et le public. C'est finalement le rôle d'un ambassadeur : faire vivre l'événement au-delà de la course.

Selon vous, qui peut réellement empêcher Remco Evenepoel de devenir champion du monde du chrono ce dimanche ?

Ce sera difficile de le battre. Il possède énormément d'expérience, a un profil unique et semble de plus en plus dominateur dans l'exercice. Une surprise n'est jamais à exclure, mais je ne vois pas grand monde susceptible de s'en approcher s'il est à son meilleur niveau.

Son niveau affiché sur le dernier Tour de France terminé à la deuxième place vous a-t-il encore surpris ?

Je pense que tout le monde a été surpris. Pour la première fois, il n'a pas connu de journée sans pendant trois semaines. C'est un talent exceptionnel et son palmarès est déjà impressionnant pour un coureur de 26 ans. Remco bouscule les codes. Il est capable de gagner énormément de choses au cours de sa carrière et je pense qu'il peut encore marquer davantage l'histoire de son sport.

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Si tout se déroule à la perfection pour lui, Remco sera capable de gagner le Tour un jour.

Après ce qu'il a montré cet été, peut-il remporter un jour le Tour de France ?

Oui, si tout se déroule à la perfection pour lui, il sera capable de gagner le Tour un jour. On a vu à la Vuelta que Pogacar n'est pas à l'abri d'un problème. Le risque de chute est notamment de plus en plus important dans un peloton qui roule toujours plus vite.

Est-il également votre principal favori pour la course en ligne des Mondiaux ?

Oui. Il y a plusieurs candidats sérieux, mais c'est celui qui possède le plus d'atouts pour gagner.

Mathieu van der Poel estime que le parcours est peut-être trop difficile pour lui. Vous le croyez ?

S'ils sont tous les deux au sommet de leur forme, Wout van Aert et Mathieu van der Poel ont une chance de gagner. Mais sur un parcours aussi exigeant, ils devront vraiment être dans un grand jour.

Remco et Wout ont des qualités et des façons de courir différentes, ce qui peut limiter les risques de conflit.

La présence de deux leaders aussi forts que van Aert et Evenepoel peut-elle être un problème pour la sélection belge ?

Pour moi, pas du tout. Remco et Wout ont des qualités et des façons de courir différentes, ce qui peut justement faciliter les choses et limiter les risques de conflit. Remco est plutôt du genre à vouloir lancer la course très tôt, tandis que Wout peut davantage attendre et voir comment la situation évolue, tout en étant capable de terminer très fort. Ils sont donc complémentaires. Avoir deux coureurs de ce niveau sur lesquels on peut compter est forcément un atout pour une équipe.

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Un titre mondial viendrait sublimer la brillante carrière de Wout.

Que représenterait un titre mondial pour Wout van Aert ?

Maintenant qu'il a remporté Paris-Roubaix, une partie de la pression et des attentes est retombée. Il peut courir plus libéré. Il peut se dire que sa carrière est déjà réussie. Un titre mondial viendrait évidemment la sublimer.

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Et pour Remco Evenepoel, un nouveau maillot arc-en-ciel aurait-il une saveur particulière ?

Remco est suffisamment ambitieux pour vouloir en décrocher un autre. Il y tient énormément. Il est très sensible à la performance dans les grands moments, et c'est aussi ce qui fait sa force. Il veut marquer l'histoire. Je suis persuadé qu'il est incroyablement déterminé à devenir champion du monde à Montréal. Avec l'absence de Pogacar, une grande opportunité se présente à lui.

Que pensez-vous des jeunes phénomènes comme Isaac del Toro et Paul Seixas ?

C'est complètement fou de voir ce qu'ils ont déjà réalisé à des âges aussi précoces. Del Toro grandit à une vitesse fulgurante dans le sillage de Pogacar et Seixas fait déjà partie des meilleurs. C'est impressionnant. Je suis très curieux de voir jusqu'où ils peuvent progresser. Cela vaut d'ailleurs aussi pour Remco. Le fait qu'il ait commencé le vélo relativement tard me pousse à penser qu'il possède encore une importante marge de progression.

guillement

Paul Seixas ? Avec un coureur de cette trempe, tout est possible.

Le jeune Français peut-il déjà être considéré comme un candidat au titre mondial ?

Il faut évidemment faire attention à lui et ne pas le sous-estimer. Mais si tout le monde est à son meilleur niveau, je ne pense pas qu'il puisse déjà devenir champion du monde (Il marque une pause)… Cela dit, avec un coureur de cette trempe, tout est possible.

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