Europe. Pourquoi l'Islande a dit non à l'Union européenne ?

Les électeurs islandais qui ont refusé la réouverture de négociations d’adhésion avec l’Union européenne se sont montrés plus préoccupés par la défense de leurs droits de pêche et leur souveraineté économique que par les tensions internationales.

Luc Chaillot -

Aujourd’hui à 19:00

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L’Islande ne relancera pas les négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE) au moins dans les deux ans à venir. Les électeurs islandais ont tranché lors d’un référendum qui a montré un pays très divisé. Le non l’a emporté avec 52,8 % des voix à l’issue d’un scrutin marqué par la plus forte participation à une élection depuis 2009 (82,5 % de votants). La capitale Reykjavik a voté oui tandis que les régions rurales se sont très majoritairement prononcées contre la réouverture de pourparlers avec Bruxelles.

Les partisans du non qui avaient défilé avec le drapeau islandais l’ont emporté lors du référendum.  Photo Sipa /Marco Di Marco

Les partisans du non qui avaient défilé avec le drapeau islandais l’ont emporté lors du référendum.  Photo Sipa /Marco Di Marco

Le lobby de la pêche a pesé très lourd dans le vote pour le non. Il avait déjà joué un rôle prépondérant lorsque les négociations en cours avec l’UE avaient été interrompues en 2015 par un gouvernement eurosceptique, six ans après leur lancement en 2009, en réponse notamment à l’effondrement du système bancaire islandais provoqué par la crise financière de 2008.

De nombreux électeurs ont voté non par crainte de voir l’Islande perdre la maîtrise de ses zones de pêches très rentables qui sont un pilier de l’économie et de l’identité islandaises. Très prospère, le secteur halieutique représente près de 40 % des exportations et 7 % du PIB de l’Islande. Le souvenir des « guerres de la morue » qui ont opposé le pays au Royaume-Uni entre les années 1950 et 1970 au sujet des droits de pêche dans l’Atlantique nord est encore très vivace. À l’époque, les Britanniques avaient envoyé leur flotte de guerre pour protéger leurs chalutiers dans ces eaux très poissonneuses.

« Pas un non anti-européen »

L’Islande est déjà membre de l’Espace économique européen et de l’espace Schengen qui lui donnent accès au marché unique et à la libre circulation. Les Islandais ont choisi de ne pas aller plus loin au nom de leur souveraineté économique et nationale. « Il ne faudra pas interpréter un non comme un non anti-européen », expliquait Pascal Lamy, le vice-président de la Fondation Jacques-Delors, avant le référendum sur France 24. « Ce sera plutôt un oui au statu quo que les Islandais considèrent comme bénéfique à leur pays », ajoutait l’ancien commissaire européen pour le commerce.

Initialement prévu en 2027, le référendum avait été avancé à 2026 dans un contexte de tensions internationales liées aux menaces de Donald Trump de s’emparer du Groenland, un territoire danois proche de l’Islande dans l’Atlantique nord. Le président américain avait même confondu les deux pays à plusieurs reprises et la blague de l’ambassadeur des États-Unis comparant l’Islande au « 52e État américain » n’était pas de nature à rassurer les Islandais.

Un revers pour l’UE

Les questions de défense et de sécurité ont toutefois été reléguées au second plan pendant la campagne, même si certains électeurs estimaient qu’une adhésion à l’UE aurait apporté une protection supplémentaire à l’Islande qui est le seul membre de l’Otan à ne pas avoir d’armée.

Le vote est un coup dur pour le gouvernement de centre gauche qui espérait obtenir un mandat pour rouvrir les négociations. C’est aussi un revers pour l’UE au moment où l’élargissement connaît un nouvel élan. L’Islande aurait évidemment été la bienvenue car son statut de pays économiquement avancé et stratégiquement situé entre l’Europe et l’Amérique du Nord en faisait un candidat idéal pour rejoindre le bloc rapidement, davantage que l’Ukraine.